Arrivée à Crozet : Un Moment d'Émotion et de Découverte Saisissante
Au matin du huitième jour, les ballottements et le ronflement sourd du moteur ont définitivement cessé. Aucun doute possible, nous venons d'atteindre l'archipel de Crozet. Derrière le hublot, la silhouette sombre et rocheuse de l'île de la Possession se découpe avec netteté. Après une douche rapide, je rejoins en quelques marches énergiques mes compagnons de voyage sur la coupée, cette coursive extérieure qui donne accès à la passerelle d'embarquement. Accoudés au bastingage, ils observent déjà un tableau absolument saisissant.
Le Spectacle Étourdissant des Manchettes Royaux
Devant nous, à quelques encablures seulement, s'entrouvre la baie du Marin dans l'échancrure de deux falaises majestueuses qui s'y adoucissent en pentes herbeuses. Au faîte de celle de gauche, les bâtiments de la base Alfred-Faure s'alignent en un long ruban clair, ponctué de petits carrés sombres qui sont les fenêtres. Mais c'est tout autour du navire Marduf que le spectacle devient véritablement étourdissant.
À six mètres sous nos pieds, dans l'eau d'ardoise, des centaines de manchettes royaux barbotent et virevoltent avec une grâce surprenante. Ils tirent le cou vers leur public, couinent et criaillent avec insistance, plongent et foncent comme de soudaines torpilles. Cette sarabande « tohu-bohuesque » semble être une fête organisée en notre honneur, dévoilant ainsi une des caractéristiques les plus surprenantes et réjouissantes de ces manchettes : leur insatiable et joyeuse curiosité.
La Rencontre Tant Attendue avec les Créatures de Xavier Gorce
Les voilà enfin ! Ce moment sera sans doute pour moi le plus marquant de tout ce voyage. Cet instant précis où je rencontre, dans leur état naturel et en multitude éperdument libre et bordélique, mes créatures chéries. Je m'accorde le droit d'imaginer que, dans leur langue, elles crient, débordantes d'amour filial, « papa, papa, papa ! ». À ce moment-là, je souris bêtement autant que je me marre intérieurement.
Le froid devient soudainement mordant, je le sens distinctement. Je rentre rapidement m'équiper pour mieux revenir ensuite. L'attente du transport en hélicoptère ne sera pas trop longue : je glisse d'un bord et d'un pont à l'autre, de poupe en proue pour me distraire, comme un gosse fasciné au zoo, par la danse aquatique des manchettes, le survol élégant des « alba » – comme on dit ici en écourtant leur nom – ou les manœuvres de livraison de gazole.
Accueil Républicain et Retrouvailles Familiales Émouvantes
Jean-Séb', comme il l'avait fait ailleurs, nous déposera sur la base par groupe de cinq personnes. Nous commençons à nous rôder à l'exercice, tout comme lors de la séance de biosécurité de la veille, destinée à parer à l'invasion possible de l'île par un grain de quinoa mal cuit et agressivement invasif. On a pu constater ses ravages dans la cuisine bobo.
L'accueil sur la drop zone est réalisé dans les règles strictes de l'art républicain : le discro – chef de district de Crozet – Paul, « tricolorement » écharpé, autorité suprême de la base et représentant de l'État, nous salue individuellement, tels des diplomates étrangers, d'une poignée de main solennelle et d'un amical « Bienvenue à Crozet ! ».
Derrière lui, certains résidents se sont costumés avec créativité, qui en cochon rose vif, qui en manchette d'opérette colorée. L'accueil des PAX – les visiteurs ponctuels – et des nouveaux hivernants est aussi une fête potache et un moment d'émotion intense : une panthère grise se détache du groupe de carnaval pour bondir dans les bras de Serge, un des arrivants du vol suivant. C'est Lou, en poste depuis sept mois, qui retrouve son père venu lui rendre visite et découvrir son morceau de vie lointaine. L'étreinte père-fille m'émeut profondément.
Organisation et Découvertes sur la Base
Une fois les débarquements humains effectués, Paul se fendra, dans la salle à manger et autour d'un café chaud, d'un mot d'accueil chaleureux, d'informations organisationnelles détaillées et de consignes de sécurité essentielles. Ceux qui dormiront sur place vont ensuite installer leurs affaires en chambre tandis que deux balades accompagnées sont déjà proposées pour la fin de matinée.
- Visite de la manchotière de la baie du Marin au pied de la base.
- Découverte des « alba » qui couvent sur les hauts rivages pentus alentour.
Un tableau vinyle permet d'inscrire son nom dans l'une des deux colonnes du matin. Damned ! je me suis fait doubler par Lisa : sous l'intitulé « BDM », mon nom sera le deuxième, mais l'excitation reste intacte.



