Tchernobyl: la radioactivité dans les Pyrénées-Atlantiques vient des essais nucléaires
Tchernobyl: la radioactivité dans le 64 vient des essais nucléaires

Un communiqué de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), publié à l'occasion des 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl, indiquait il y a quinze jours que l'une des zones de rémanences les plus élevées de l'Hexagone était située dans les Pyrénées-Atlantiques. En réalité, cette radioactivité infime n'est pas liée à l'accident mais plutôt aux essais américains et soviétiques. Voici les explications.

Des zones de rémanences radioactives identifiées

Le communiqué méritait quelques précisions. À l'occasion des 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl, l'ASNR a fait état de zones de rémanences radioactives (ZRE) plus prononcées dans plusieurs régions françaises. Les Vosges, l'Alsace, la vallée du Rhône, le Puy-de-Dôme, l'est de la Corse, les Alpes-de-Haute-Provence sont concernés, tout comme les Pyrénées-Atlantiques. Une présence de radioactivité « plus élevée qu'ailleurs » est évoquée dans les sols, herbages et denrées de type lait, fromages et viandes bovines provenant de ces ZRE. Les forêts sont plus particulièrement concernées. Les champignons, les viandes de gibiers et, dans une moindre mesure, les baies ont en effet la particularité de conserver des niveaux élevés de césium 137 durant des années, voire des décennies après les dépôts radioactifs, contrairement aux denrées issues de l'agriculture et de l'élevage dont les teneurs en césium 137 ont très régulièrement diminué depuis 1986.

Dans son communiqué, l'ASNR faisait directement référence à l'incendie de la centrale ukrainienne mais il évoquait également les « essais atmosphériques d'armes nucléaires (de 1945 à 1980) ». La livraison du rapport détaillé doit éclairer les cas particuliers dans quelques semaines mais il convient d'ores et déjà d'indiquer que les concentrations relevées dans le département des Pyrénées-Atlantiques n'ont pas de rapport avec la tragédie du 26 avril 1986.

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Résidus de la course à l'atome

« Le Césium 137 relevé dans les départements de l'Est de la France est lié à Tchernobyl mais ces retombées sont très faibles pour les Pyrénées-Atlantiques, éclaire Philippe Renaud, spécialiste radioactivité de l'agence. En revanche, le 64 est l'un des départements les plus touchés par les retombées d'essais nucléaires américano-soviétiques dans les années 1960. »

Au plus fort de la Guerre froide, les deux grandes puissances se livraient à un concours de virilité nucléaire à coups d'essais tous azimuts. « De 1945 à 1963, des centaines de bombes américaines et soviétiques ont été tirées depuis des tours, des ballons, des roquettes, ou des barges en mer », rappelle Philippe Renaud. « Cet apport de radionucléides artificiels, massif et planétaire, a été plus important dans l'hémisphère Nord et plus particulièrement entre 40° et 50° de latitude nord, bande latitudinale dans laquelle se trouve la France métropolitaine. » Les essais chinois et français qui ont suivi ont eu moins de retombées.

La plupart des tests américains sont réalisés dans le désert du Nevada, les Soviétiques au Kazakhstan. La plus puissante bombe américaine a explosé en 1954 au-dessus de l'atoll de Bikini, au milieu du Pacifique. Il dégagea une puissance de 15 mégatonnes, soit 1 000 fois plus que les bombes d'Hiroshima et Nagasaki, mais quatre fois moins que la plus puissante bombe soviétique. La Tsar Bomba, qui explosa en 1961 au-dessus d'un archipel situé au nord de la Sibérie, avait une puissance de 57 mégatonnes. L'ensemble des rejets ont circulé dans l'atmosphère et fait le tour de la planète.

Propagation pluviale

« L'essentiel des dépôts radioactifs se sont produits lors des pluies, précise encore Philippe Renaud. Plus les régions sont arrosées, plus les dépôts radioactifs sont importants. » La barrière naturelle des Pyrénées et sa propension à fabriquer une météo capricieuse ont fait le reste. « Il est clair que dans le 64, les précipitations moyennes sont élevées, notamment sur les reliefs que nous avons explorés : les hauteurs d'Oloron, Lescun ou la vallée d'Aspe. »

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« Tout cela relève plus de la curiosité scientifique qu'autre chose, rassure le scientifique. S'il y a eu un questionnement à avoir en termes de santé publique, c'était dans les années 1958 à 1961 et en 1963. » Les relevés de l'ASNR apportent néanmoins deux bonnes nouvelles. Les quantités sont infinitésimales et ne représentent pas de danger pour la santé publique. « S'il y a eu un questionnement à avoir en termes de santé publique, c'était en 1958 et de 1961 à 1963. Notamment et surtout sur l'iode 131 qui a été transporté sur toutes les denrées. Même sur les zones les plus touchées de l'Est de la France, les niveaux sont très faibles aujourd'hui. »

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la présence de césium 137 a reculé depuis la dernière étude locale, en 2013. « Une diminution des concentrations de césium 137 et de strontium 90 est observée depuis plusieurs décennies, lit-on sur le communiqué de l'ASNR. Cette diminution, à des vitesses variables, est notamment constatée pour le césium 137 dans les sols, le lait et la viande bovine. » Elle est un peu moins rapide dans les milieux forestiers.