L'intercommunalité rochelaise a obtenu une dérogation inédite pour continuer à distribuer l'eau puisée dans la Charente malgré les pics de pollution liés, de mai à juillet, au traitement de la vigne contre le mildiou. Les toutes premières taches, très rares, ont été observées sur le vignoble en Charente et en Charente-Maritime. Mais à ce stade (28 avril), le risque de développement du mildiou est jugé faible à très faible.
Une surveillance accrue du mildiou
À l'Agglo de La Rochelle, on a pris l'habitude de scruter de près les paragraphes consacrés au champignon ravageur de la vigne au sein du Bulletin de santé du végétal qu'édite chaque semaine la Chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Et pour cause. Les traitements appliqués par les viticulteurs du cognac ont une incidence directe sur la qualité de l'eau distribuée par Hélo, la régie de l'eau de l'intercommunalité rochelaise. En lessivant les sols, les pluies ont en effet tendance à entraîner la molécule commercialisée par le groupe agrochimique Bayer dans la Charente. Un fleuve où la collectivité rochelaise puise 70 % de l'eau consommée par une partie de ses abonnés.
Qui est concerné ?
Sont concernées les habitants d'Aytré, Châtelaillon-Plage, Clavette, Croix-Chapeau, La Jarrie, La Rochelle, Périgny (sauf zone industrielle), Saint-Rogatien, Saint-Christophe (hameau de Puyvineux) et Salles-sur-Mer (hameau de Grolleau). Le reste de la ressource vient de captages en Aunis.
Des dépassements de seuil ponctuels
Le seuil de qualité, fixé à l'échelon national par l'Agence nationale de sécurité sanitaire, est de 0,1 microgramme de fosétyl par litre. Et, à au moins trois reprises ces dernières années, il a été ponctuellement dépassé entre mai et juillet, période privilégiée d'utilisation du fongicide par la viticulture. En 2022, l'association Avenir Santé Environnement avait fait analyser l'eau du robinet et découvert, le 12 juillet, une concentration de 0,18 microgramme par litre. Sensibilisée, la collectivité avait ensuite relevé une non-conformité de 0,43 en 2024, puis de 0,11 en 2025.
Rien d'alarmant souligne néanmoins Guillaume Krabal, le seuil qui interdirait de distribuer l'eau se situant à 9 000 microgrammes. « Il faut rassurer tout le monde, l'eau reste tout à fait potable. » D'autant que la molécule n'est officiellement pas classée cancérogène, ni mutagène, ni reprotoxique.
Une dérogation limitée à trois ans
La collectivité ne peut pas se passer, à ce jour, de l'eau de la Charente qu'elle puise et potabilise depuis son usine de Coulonge, à Saint-Savinien. Faute de captages en nappes phréatiques suffisants. Par ailleurs, le mildiou revient chaque année menacer le vignoble en amont du fleuve. La collectivité a donc dû demander une dérogation au régime général, limitée à trois ans. Le « seul territoire en France » dans ce cas, dixit Caroline Sandner, responsable de la qualité à Hélo et hydrologue de formation. Dérogation obtenue.
Un plan d'actions exigé
L'arrêté préfectoral du 27 mars élève ainsi le seuil de qualité à 1,5 microgramme (soit 15 fois plus que précédemment). Mais à la condition d'engager un plan d'actions pour revenir au seuil initial de 0,1 microgramme. Dans un délai de trois ans ? Vraisemblablement non.
Guillaume Krabal estime qu'il faudra encore « deux à trois ans » avant de lancer la modernisation du site de Coulonge (sachant que la technique qui éliminerait facilement le fosétyl demeure à découvrir), avec création d'une réserve d'eau. Cette « bassine » permettrait de faire face aux pollutions ponctuelles de la Charente, aux hydrocarbures par exemple, mais pas seulement.
Pourquoi Eau 17 n'est pas concerné
La concentration en fosétyl semble diminuer naturellement au fil des heures. Ce qui semble expliquer qu'Eau 17, qui alimente le reste du département et puise au même endroit, ne connaît pas de dépassements de seuil. Son eau chemine en effet sur plusieurs kilomètres avant d'atteindre l'usine de production de Saint-Hippolyte. Le syndicat dispose, en outre, d'une réserve où l'eau peut séjourner et se débarrasser ainsi du fosétyl en trop. L'importance des investissements en vue à Coulonge, de l'ordre de plusieurs millions d'euros, nécessite de valider scientifiquement l'hypothèse.
Dialogue avec la filière cognac
Parallèlement, le programme Re-Sources, mené en lien avec Eau 17 et l'établissement public territorial de bassin Charente, vise à inciter les agriculteurs des bords de fleuve à engager ou à accélérer leur transition écologique et un dialogue s'est ouvert avec les maisons de cognac. « L'image du cognac, ça compte pour elles comme pour toute la filière, même si le contexte économique mondial est compliqué en ce moment. »
En attendant, la veille s'organise. Depuis la mi-avril et jusqu'en juillet, les analyses de l'eau en sortie d'usine de production, par un laboratoire indépendant, sont quotidiennes. Pour un coût de 30 000 euros qui s'ajoute aux 250 000 euros déjà budgétisés sur l'ensemble de l'année.



