Eau de La Rochelle : le TFA, plus petit des PFAS, détecté à des taux préoccupants
Eau de La Rochelle : le TFA, un PFAS méconnu, sous surveillance

Le « plus petit des PFAS », dont les effets sur la santé sont encore méconnus, présente des taux de concentration allant jusqu’à 3 microgrammes par litre dans les eaux brutes de l’agglomération de La Rochelle. Un chiffre difficile à cerner tant la réglementation est balbutiante sur le sujet.

Une réglementation récente pour les PFAS

Depuis le 1er janvier 2026, la présence de 20 substances chimiques, les fameux PFAS aussi appelés polluants éternels, doit être recherchée dans les eaux de consommation partout en France. Bonne nouvelle pour l’agglomération de La Rochelle, très touchée par d’autres pollutions comme le fosétyl : l’eau semble préservée du côté de ces 20 PFAS connus pour leur toxicité. Pour une eau conforme, la somme de ces PFAS ne doit pas dépasser 0,1 microgramme par litre, un seuil jamais approché depuis le début des mesures officielles.

Peut-on pour autant conclure à l’absence de ces PFAS dans l’eau délivrée aux habitants du territoire rochelais ? Pas si vite. Depuis deux ans, le service des eaux de la Communauté d’agglomération de La Rochelle recherche également la présence de l’acide trifluoroacétique, un PFAS hors de la liste citée précédemment, plus communément appelé TFA.

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Le TFA, un polluant omniprésent

« Des échanges avec l’ARS nous ont incités à faire ces prélèvements », explique Serge Ceaux, le directeur du service. Le suivi régulier mis en place révèle une présence indéniable de la substance. Suivant les points de contrôle à la sortie des captages, les eaux brutes – pas encore mélangées avant d’être distribuées – présentaient en 2025 des concentrations oscillant entre 1,23 et 3,07 microgrammes par litre.

Le TFA est un PFAS à courte chaîne, composé de seulement deux atomes de carbone, ce qui lui vaut le surnom de « plus petit des PFAS ». Produit de dégradation, il se forme après la décomposition de certains PFAS industriels ou de pesticides fluorés. Fin 2025, une étude de l’Anses a révélé sa présence dans la très grande majorité des échantillons d’eau du robinet en France, avec une valeur moyenne de 1,15 microgramme par litre. En 2024, le laboratoire Eurofins a détecté du TFA dans 97 % de ses échantillons d’eau potable. Seules quatre villes sur 63 échantillons présentaient une concentration supérieure aux 2,5 microgrammes mesurés à La Rochelle, avec un maximum de 3,7 en Moselle.

Quels risques pour la santé ?

« On n’a pas beaucoup d’informations en termes de toxicité, malheureusement », pose Pierre Labadie, chimiste au laboratoire Epoc (CNRS/Université de Bordeaux) et spécialiste des PFAS. « Il est assez mal connu sur le plan général », confirme David Boels, toxicologue et enseignant chercheur au CHU de Nantes. Il se veut toutefois rassurant : « Il n’y a pas de risque aigu sur la santé humaine, on n’est pas aujourd’hui dans une alerte sanitaire majeure. »

Des suspicions existent quant à une incidence sur le foie et la reproduction, mais les données proviennent d’études animales, chez le rat notamment. Le TFA est considéré comme moins toxique que les PFAS à chaîne longue, sans signal cancérogène ou mutagène. Cependant, sa persistance et son accumulation dans l’environnement suscitent des inquiétudes. « Il va y avoir pour l’homme une exposition chronique tout au long de la vie, c’est un sujet de préoccupation qui doit absolument être investigué », insiste David Boels.

Une réglementation européenne hétérogène

Face au manque de connaissances sur la toxicité du TFA, la réglementation varie en Europe. La France s’est basée sur l’Allemagne pour fixer une valeur sanitaire de 60 microgrammes par litre, seuil au-delà duquel l’eau est considérée non conforme. Aux Pays-Bas, le seuil d’alerte est de 2,2 microgrammes par litre, un indicateur dépassé par certaines eaux brutes rochelaises.

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Début 2025, le ministère de la Santé français a évoqué « la définition d’une trajectoire de réduction vers une concentration inférieure à 10 microgrammes par litre », sans calendrier précis. En parallèle, l’Europe travaille à une harmonisation : « L’Agence européenne de sécurité des aliments travaille sur la définition d’une valeur guide sanitaire pour le TFA, ça devrait arriver pour l’été 2026 », explique Thierry Pichard, expert en traitement des eaux et membre de l’Astee.

Vivre avec le TFA

En attendant, la recherche du TFA dans les eaux de consommation sera obligatoire au 1er janvier prochain. À la Communauté d’agglomération de La Rochelle, on s’active. « Ce qu’on peut faire aujourd’hui, c’est ce qu’on a commencé à faire depuis 2024, analyser sa présence, expose Guillaume Krabal, vice-président en charge de l’eau. Est-ce qu’il y en a plus à tel endroit ? Comment peut-on diluer certaines arrivées d’eau pour que le taux distribué soit le plus faible possible ? Il faut comprendre où il se trouve, comment il arrive… »

La pollution au TFA des eaux des captages de l’Aunis – la concentration est moindre dans l’eau de la Charente – trouve sa source principalement dans l’utilisation de pesticides fluorés, passés ou présents. « Il est possible que ce qu’on constate en ce moment soit issu de la dégradation de ce qui a été utilisé il y a une quarantaine ou une cinquantaine d’années », souligne Serge Ceaux. Même si l’on interdisait demain ces pesticides, les concentrations de TFA ne bougeraient pas dans les eaux brutes rochelaises pour les prochaines années. Il va falloir vivre avec ce polluant éternel, presque indestructible. Une technologie existe pour s’en débarrasser, mais elle est beaucoup trop coûteuse et énergivore pour être envisagée comme solution.

Les communes alimentées par ces captages (ainsi que par l’eau de la Charente, où la concentration est moindre) sont La Rochelle, Aytré, Périgny, Saint-Rogatien, Châtelaillon-Plage, Bourgneuf et Montroy.