Soulac-sur-Mer lance un réensablement massif contre l'érosion côtière
Soulac lance un réensablement massif contre l'érosion

Soulac-sur-Mer prépare une opération de réensablement massive contre l'érosion

Depuis plusieurs jours, la plage centrale de Soulac-sur-Mer présente un spectacle inhabituel pour les promeneurs. D'imposantes canalisations d'acier, mesurant 12 mètres de long et 60 centimètres de diamètre, s'alignent sur le sable sur une distance de 800 mètres. Des équipes de soudeurs venues du Portugal travaillent activement à assembler ces tubes, créant ainsi une base logistique impressionnante qui intrigue les habitués du front de mer.

Un chantier hors norme pour lutter contre l'érosion

Cette installation spectaculaire constitue la première étape d'un chantier exceptionnel, prélude à une opération de réensablement massif prévue pour début avril. À Soulac, le sable est devenu une ressource stratégique dans la lutte contre l'érosion côtière qui menace ce littoral atlantique.

Derrière ces préparatifs, c'est une bataille de longue haleine qui se joue. Après la démolition de la résidence Le Signal en 2023, devenue trop exposée aux assauts de l'océan, la pression s'est déplacée vers le sud de la station balnéaire. Le boulevard de l'Amélie n'est désormais séparé de la mer que par un cordon dunaire fragilisé, avec parfois seulement une cinquantaine de mètres entre la route et l'eau.

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Une érosion qui s'accélère

L'hiver dernier, l'océan a encore grignoté le trait de côte, avec un recul estimé à une dizaine de mètres par endroits. Année après année, l'érosion gagne du terrain, pouvant atteindre des pertes de 20 à 30 mètres. La Communauté de communes Médoc Atlantique, responsable de la gestion du trait de côte, cherche désormais à changer d'échelle dans la défense de ce littoral vulnérable.

L'an dernier, 120 000 mètres cubes de sable avaient déjà été déplacés par camions pour renforcer la dune. En février dernier, une intervention d'urgence a été nécessaire sur 250 mètres de dune au niveau de l'Amélie, avec 10 000 à 12 000 mètres cubes de sable transportés en catastrophe. Ces mesures temporaires visaient à tenir jusqu'à l'opération XXL qui se prépare actuellement.

Une technique innovante et expérimentale

Cette fois, le sable ne proviendra pas de la plage centrale mais de l'estuaire de la Gironde. Deux dragues de l'entreprise danoise Rohde Nielsen doivent arriver le 7 avril pour prélever 200 000 mètres cubes dans le chenal d'entrée, avant de les acheminer au large de Soulac. La particularité locale réside dans les fonds trop plats et l'exposition à la houle, qui empêchent les navires de s'approcher suffisamment près de la côte.

Impossible donc d'utiliser les techniques classiques employées ailleurs sur le littoral atlantique. D'où ce dispositif sur mesure qui rend le chantier exceptionnel. La première conduite, dite immergée, est actuellement assemblée par une entreprise portugaise. Soixante-sept tubes d'acier sont soudés les uns aux autres pour former une structure de 800 mètres pesant 240 tonnes à vide.

Un calendrier précis et des conditions critiques

Si les conditions météorologiques le permettent, cette canalisation sera tirée vers la mer à marée descendante ce week-end, puis pivotée grâce à un remorqueur venu du Portugal pour être positionnée perpendiculairement à la plage, au niveau du Signal. Cette manœuvre particulièrement délicate nécessite une petite houle, peu de vent et un courant limité.

En parallèle, une seconde conduite sera installée en haut de plage, au pied de la dune. Longue initialement de 900 mètres, elle sera prolongée au fil du chantier pour acheminer le mélange d'eau et de sable jusqu'aux secteurs à recharger, principalement sur les plages du sud de la station.

Une opération d'ampleur inédite

Pour Vincent Mazeiraud, l'ingénieur qui supervise l'opération pour la Communauté de communes, le premier moment clé se joue ce week-end avec l'immersion de la conduite. Le deuxième viendra avec l'arrivée des dragues danoises début avril et les premières projections de sable.

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L'objectif est ambitieux : déposer 200 000 mètres cubes de sable en à peine trois semaines, soit presque le double des volumes réalisés l'an dernier en deux mois par camion. Le chantier doit se dérouler jusqu'au 24 avril pour la phase d'apport, avant un mois supplémentaire de régalage (mise à niveau du sol). L'ensemble devra être achevé début juin.

Par son ampleur, sa technicité et son caractère expérimental, cette opération constitue une première sur le littoral atlantique. D'un coût de 3,5 millions d'euros, financés en grande partie par des fonds européens, la Région et l'État, elle doit déterminer si cette stratégie industrielle de réensablement peut offrir un répit durable à une côte qui ne cesse de reculer face à la puissance de l'océan.