L'escargot de mer géant Rapana envahit les eaux de Charente-Maritime
Venu d'Asie, le gastéropode invasif Rapana venosa est en train de coloniser les eaux riches et tempérées de la Charente-Maritime. Les pêcheurs et éleveurs de moules, confrontés à cette menace, envisagent de le cuisiner pour limiter sa prolifération. Arnaud Charlopin, un marin de Port-des-Barques, a découvert ce mollusque il y a cinq ou six ans lors d'une pêche dans l'estuaire charentais. « C'était parmi quelques seiches et autres poissons, un mollusque plus gros qu'une tête de bébé, avec une coquille orange nacrée. Il pesait plus de 1,3 kg », raconte-t-il.
Une menace pour les coquillages autochtones
Le Rapana venosa, déjà observé dans la baie de Quiberon à la fin des années 1990, réapparaît désormais dans les pertuis bordant les îles d'Oléron et de Ré. Ce prédateur vorace menace les moules, pétoncles, vannets et jeunes huîtres. « Où Rapana passe, les coquillages trépassent », résume Arnaud Charlopin. Les scientifiques de l'Ifremer ont confirmé ce danger après cinq années d'études. « Cette espèce invasive ingère quotidiennement 3,6 % de son poids. Si elle continue de se multiplier, un sérieux problème se posera », avertissent-ils.
Une prolifération rapide et inquiétante
La population de Rapana est estimée à près de 10 000 individus dans la région. « Aujourd'hui, j'en pêche facilement une dizaine à chaque marée », s'inquiète Arnaud Charlopin, vice-président du Comité départemental des pêches maritimes. « C'est comme pour le frelon asiatique, lorsque les autorités prendront conscience du danger, il sera trop tard ». Les biologistes ont identifié que ce gastéropode est comestible, mais un vide juridique empêche sa commercialisation tant qu'il n'est pas officiellement déclaré comestible par le ministère de l'Agriculture.
Vers une valorisation culinaire
Malgré les obstacles réglementaires, des pêcheurs et restaurateurs explorent des solutions. « Certains me demandent même sa coquille pour en faire des bijoux », note un pêcheur. Arnaud Charlopin a goûté sa chair : « Ébouillantée, taillée en lamelle et flambée au wok, elle est plus iodée que la seiche et plus fine que le bulot ». Une demande a été faite à la DGCCRF pour accélérer sa reconnaissance comme nouvel aliment. « Vu le nombre de dossiers, cela risque de prendre du temps, mais la procédure devrait être simplifiée car le Rapana est déjà commercialisé en Belgique, Italie ou Portugal », explique Émilie Roche, chargée de mission au Comité départemental des pêches.
Origine et dispersion de l'espèce
Originaire de la mer du Japon, le Rapana a voyagé comme passager clandestin, probablement via des naissains d'huîtres importés d'Italie dans les années 1990. Il a également été repéré dans le bassin d'Arcachon et l'étang de Berre. Sa capacité d'adaptation et sa reproduction rapide en font une menace écologique majeure pour les écosystèmes marins français.



