Face à l'érosion côtière qui menace leurs plages et leurs infrastructures, les communes du littoral proche de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, multiplient les initiatives pour sauvegarder leur trait de côte. Selon un rapport du Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), près de 30 % du littoral de la région Occitanie est concerné par un recul du trait de côte, avec des conséquences directes sur l'économie touristique et la sécurité des biens.
Des actions concrètes face à l'érosion
Dans la commune de Canet-en-Roussillon, la municipalité a investi 2,5 millions d'euros dans un projet de réensablement et de fixation des dunes. « Nous avons installé des ganivelles (barrières en bois) et planté des oyats pour stabiliser le sable », explique Stéphane Loda, maire de Canet-en-Roussillon. « Ces techniques douces permettent de limiter l'impact des tempêtes tout en préservant l'écosystème. »
À Sainte-Marie-la-Mer, la commune a opté pour une solution plus innovante : la mise en place de récifs artificiels. « Nous avons immergé des blocs de béton spéciaux à 200 mètres du rivage pour casser la houle », indique Pierre Roig, adjoint au maire chargé de l'environnement. Ces structures, conçues par des ingénieurs, favorisent également la biodiversité marine, avec un retour de poissons et de crustacés constaté après deux ans.
Des financements et une coordination régionale
Les communes bénéficient de subventions de l'État et de la région Occitanie dans le cadre du plan « Littoral 2050 ». Ce plan, doté de 50 millions d'euros pour l'ensemble de la région, vise à financer des projets de protection et d'adaptation au changement climatique. « Sans ces aides, nous n'aurions pas pu réaliser ces travaux », souligne Stéphane Loda. « L'érosion est un phénomène accéléré par la montée des eaux, et il faut agir vite. »
La coordination entre communes est également un enjeu clé. Un syndicat mixte, le Syndicat Mixte du Littoral Catalanais (SMLC), a été créé en 2020 pour mutualiser les expertises et les moyens. « Nous travaillons avec les scientifiques du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) pour modéliser l'évolution du trait de côte à l'horizon 2050 », précise Marie-Claude Barrière, présidente du SMLC. « Cela nous permet de prioriser les actions et d'anticiper les zones les plus vulnérables. »
Des résultats visibles mais un combat de longue haleine
Les premières initiatives portent leurs fruits. À Canet, le réensablement a permis de regagner 50 mètres de plage sur certaines zones. Cependant, les élus restent prudents. « Il ne faut pas croire que nous allons stopper l'érosion définitivement, mais nous pouvons la ralentir et nous adapter », tempère Stéphane Loda. « L'objectif est de protéger les habitations et les activités économiques, tout en laissant une place à la nature. »
Le littoral des Pyrénées-Orientales attire chaque année des millions de touristes, générant 1,5 milliard d'euros de retombées économiques. La préservation des plages est donc cruciale pour l'économie locale. « Si nous perdons nos plages, nous perdons notre attractivité », conclut Pierre Roig. « C'est pourquoi nous investissons autant. »



