Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur des pôles et envoyé spécial du président de la République pour la Conférence des Nations Unies sur l'océan (UNOC) qui s'est tenue à Nice du 9 au 13 juin 2025, vient de publier, chez Stock, Quand l'océan s'éveillera, coécrit avec l'océanographe française Marina Lévy. Dans cet ouvrage, il décrypte les nouveaux défis stratégiques maritimes et lance un appel à protéger les océans des conflits.
Un lien charnel avec la mer
Interrogé sur son lien particulier avec la mer, Poivre d'Arvor explique : « Cela vient peut-être de la navigation, du fait de passer du temps ailleurs qu'à terre et de vivre les choses différemment face à un obstacle physique impressionnant, qu'on maîtrise mal. Nager est aussi pour moi l'expérience de plénitude la plus extraordinaire. » Il ajoute se baigner dès que possible, par tous les temps, et même au pôle Nord à 1 °C.
Les origines du livre
Le livre est né de ses visites des mers du monde entier au cours des quatre dernières années. « J'avais besoin du regard d'une scientifique pointue pour comprendre la 'machine océan'. Ce que nous avons essayé dans ce livre, c'est de montrer que quand on ne comprend pas l'océan, on ne comprend pas le monde », déclare-t-il, citant des tensions géopolitiques dans le détroit d'Ormuz, la mer Noire ou la mer de Chine.
Un livre pour les décideurs et le grand public
L'ouvrage s'adresse d'abord aux décideurs, mais aussi aux acteurs économiques qui exploitent les ressources océaniques sans les préserver. « Chacun se fait son image de l'océan », note l'ambassadeur.
Les héritages du sommet de Nice
Poivre d'Arvor se félicite que la conférence se soit tenue sur le port de Nice, au bord de l'eau, ce qui a marqué les 69 chefs d'État présents. Le principal héritage est l'action : « Sans ce rendez-vous à Nice, les États n'auraient jamais ratifié le traité sur la haute mer, que certains, à New York, appellent le traité de Nice. » Il espère que le maire de Nice, M. Ciotti, sera fier que sa ville soit considérée comme celle qui a permis la ratification de ce traité couvrant 50 % de la surface du globe.
Malgré l'opposition américaine, des accords majeurs ont été conclus sur la sécurité des marins, la lutte contre la pêche illégale, le traité plastique, la protection des grands fonds marins, et l'élévation du niveau de la mer. 3 000 scientifiques étaient présents. « Nice restera le lieu où tout a commencé », affirme-t-il.
La suite : une COP Océan à New York
La prochaine étape est la COP Océan à New York le 11 janvier. L'enjeu est de construire une gouvernance de l'océan et de choisir une ville siège pour l'agence des Nations Unies. Candidats : Xiamen (Chine), Valparaiso (Chili), Bruxelles (Belgique). Poivre d'Arvor aurait aimé que ce soit Nice, mais « il aurait fallu une expression d'un élu ». Il promet que la mise en place des règles de gouvernance de la haute mer et des aires marines protégées est en marche.
L'océan, théâtre de rivalités
Interrogé sur une possible privatisation des passages stratégiques comme le détroit d'Ormuz, il répond fermement : « Le détroit d'Ormuz est une zone de haute mer où la circulation doit par définition rester libre. Ce n'est pas négociable. Vouloir le privatiser, le bloquer ou y créer des péages constitue une très grave atteinte au droit international. »
Un optimisme mesuré
Malgré un constat alarmant, Poivre d'Arvor refuse le fatalisme. « Aujourd'hui, un cadre juridique se met en place et l'océan est relativement gouverné. Ceux qui ne voudront pas respecter les règles seront considérés comme des délinquants. » Il reconnaît qu'il manque encore un cadre répressif international, mais reste optimiste : « Je pense qu'il est beaucoup plus simple de régler les problèmes de l'océan que de régler ceux du climat. »



