Débarquement sur Tromelin : une expédition aérienne au cœur de l'océan Indien
C’est mon tour ! Je vais être débarqué sur Tromelin en début de matinée avec les autres chanceux de la rotation du « Marion-Dufresne » qui ont obtenu le ticket grand chelem : la descente à chaque escale. La veille, nous avons reçu de Jean-Sébastien, le pilote, la formation minimale pour monter et descendre d’hélicoptère sans se prendre les lacets dans les pales ni accrocher sa casquette aux patins. Ou l’inverse. C’est dire si nous sommes fin prêts.
Une logistique aérienne millimétrée
Les rotations de l'hélicoptère depuis un pont du Marion-Dufresne sont orchestrées avec précision. Faut que ça tourne ! L’heure de vol est comptée et l’enjeu des escales est de réussir le maximum de rotations, d’hommes et de matériels, en un minimum de temps. Question financière mais aussi, surtout, de fenêtre météo dans un planning serré de mission.
Avant le premier vol d’hier, l’hélico, rangé depuis La Réunion dans le hangar jouxtant la piste, sanglé, pales démontées tel une grosse libellule amputée, a retrouvé sa splendeur aérienne. Mikaël, son mécano attitré, a rééquipé la bête en lui goupillant les ailes en un tour de rotor à la mano.
L'embarquement et la traversée
Dans la coursive jouxtant l’aire d’envol, les débarquants forment des groupes de cinq à l’appel de leurs noms. Un groupe passe la porte, et tandis que le moteur vrombit de l’autre côté de la cloison, le suivant se prépositionne. Ça défile ainsi par tranche de sept minutes, puis vient notre tour : la porte s’ouvre, on pénètre, on s’équipe du gilet de sauvetage de rigueur, on retire sa casquette, on serre son sac à dos sur le ventre et l’on attend le signal pour s’enfiler, un à l’avant, quatre à l’arrière, dans la bulle volante brièvement posée.
La vue du ciel est splendide. Le « Marion-Dufresne », dans son intégralité, claque sa robe tricolore sur un fond d’océan outremer cobalt à l’horizon incliné puis la longue bande sableuse tachetée de vert mousse se déplie, se déploie, bordée de turquoise et d’écume.
Arrivée sur une île en forme d'huître plate
Nous fondons en quelques minutes sur l’une des extrémités où nous attend le comité d’accueil local et nos prédécesseurs. On s’extirpe vite de l’habitacle et consigne nous est donnée, après remise des gilets de sauvetage, de tourner le dos au re-décollage immédiat pour éviter les piqûres au visage des grains de sable propulsés alentours par l’appareil.
Tromelin, une île en forme d’huître plate. « Tromelin. J’y suis ! » Et je sais déjà en me disant cela que je me le redirai en arrivant sur chaque île de cette expédition dont le nom, au gré des récits lus et entendus, résonne familièrement. La simple évidence qui s’impose à l’esprit à l’instant où y poser le pied transforme instantanément un lieu de projection imaginaire en réalité foulée. C’est encore plus manifeste pour un lieu insulaire puisque parfaitement circonscrit et spécifique : « Oh ! c’est l’eau c’est l’eau qui vous sépare et vous laisse à part » chante Voulzy.
Une possession française disputée
Bien que revendiquée par l’île Maurice sur la base d’une interprétation insidieuse du traité de sa propre cession à l’Angleterre par la France en 1814, Tromelin demeure une possession française depuis sa découverte en 1722. Tromelin a la forme d’une huître plate de 1,6 km de long pour 600 m de large orientée nord-est sud-ouest.
La base Serge-Frolow et son environnement
Au nord-est – la charnière de l’huître – se trouve la base Serge-Frolow, du nom du météorologue qui y établira la première station et une présence humaine – et française – pérenne en 1954. Celle-ci est reliée à l’autre extrémité, partie large où nous sommes arrivés, par une ancienne piste d’atterrissage qui scinde l’île par le milieu sur toute sa longueur.
Cette piste n’est plus utilisée depuis des années en raison de la présence massive d’oiseaux vivants hors des hommes. Ou presque puisque seuls sont présents à demeure 4 « hivernants », terme désignant tout personnel en mission longue durée sur un district quelle qu’en soit la durée. En l’occurrence, sur Tromelin, les missions ne sont que de 3 mois, tant les conditions sont éprouvantes. Et sous 37° bien frappés, en remontant la longue piste vers la base, nous allons découvrir tout un monde à plume si peu farouche et merveillieux.



