Une opération d'équarrissage délicate sur la plage de Gatseau à Oléron
Ce mercredi 25 février, sous un soleil écrasant et à l'heure du déjeuner, les membres de l'observatoire Pélagis de La Rochelle ont mené une opération particulièrement délicate sur la plage de la pointe de Gatseau dans l'île d'Oléron. Il fallait avoir l'estomac bien accroché pour assister au découpage et au retrait de la peau de la carcasse d'une baleine à bec échouée depuis le 13 février. Cette intervention constituait la première étape d'une opération d'équarrissage ordonnée par les services de l'État face aux risques sanitaires présentés par l'état de décomposition très avancé du cétacé.
Une nécessité sanitaire urgente
La Direction départementale de la protection des populations (DDPP) et la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Charente-Maritime ont pris la décision d'intervenir rapidement pour retirer le cadavre du domaine public. Les risques sanitaires étaient jugés trop importants sur ce lieu fréquenté, particulièrement en période de vacances. « Les gaz, une possible contamination… Il était urgent d'intervenir », a confirmé Boris Ollivier, chef du service santé et protection des animaux à la DDPP. Même les scientifiques habitués à ce type d'intervention n'ont pu retenir un haut-le-cœur face à l'état de la dépouille.
Une logistique complexe pour un spécimen imposant
La taille, l'état du cétacé et son lieu d'échouage ne permettaient pas un remorquage pour immersion au large. L'État a donc fait appel à la société de travaux publics Colas pour ramasser la baleine découpée en quatre morceaux et la transporter jusqu'au camion de l'équarrisseur en vue de son incinération. « Au départ, on pensait pouvoir la déplacer entière, mais elle risquait de s'ouvrir en deux », a expliqué Nicolas Mirat, chef de projet chez Colas. La seule solution viable a été de tronçonner l'animal sur place.
Heureusement, la baleine à bec ne représente pas le plus gros des spécimens marins. Mesurant 5,70 mètres de long pour un poids approximatif de quatre tonnes, elle ressemble à un grand dauphin. Willy Dabin, coordinateur du réseau national échouages de Pélagis, précise que « périodiquement, des baleines à bec s'échouent sur le littoral Atlantique, en moyenne un individu par an ». Ces cétacés évoluent généralement au niveau du talus continental, plongeant dans de grandes profondeurs.
Un échouage rare et une mort intrigante
Les scientifiques ont observé que cette baleine à bec était « en bonne condition physique » avant sa mort. Son estomac a été prélevé pour analyser le contenu alimentaire, des données précieuses pour la recherche sur ces espèces. Cependant, un élément intrigue particulièrement les chercheurs : « Ce qui est intrigant, c'est qu'un deuxième spécimen, mort à une date concomitante de celui-ci, s'est échoué dans l'île de Groix, en Bretagne », poursuit Willy Dabin. Cette coïncidence suggère que les deux animaux pourraient avoir été ensemble, rendant leur mort potentiellement inhabituelle.
Malgré ces investigations, il sera impossible de déterminer avec certitude les causes du décès en raison de l'état trop dégradé de l'animal. Willy Dabin avance une hypothèse : « Cette baleine est morte assez loin en mer et a été ramenée sur nos plages par les tempêtes successives ». Les scientifiques rappellent qu'en 2021, une baleine à bec s'était déjà échouée sur les côtes françaises, dans l'île de Ré cette fois, avec une mort potentiellement liée à des essais militaires effectués dans une aire marine protégée.
Cette opération d'équarrissage, bien que nécessaire pour des raisons sanitaires, souligne la vulnérabilité de ces espèces marines et l'importance des recherches menées par les observatoires comme Pélagis pour mieux comprendre les phénomènes d'échouage et protéger la biodiversité marine.



