Une alliance technologique pour sauvegarder les océans
Face à la pression croissante des activités humaines et du changement climatique sur les milieux marins, l'université de Montpellier lance un programme inédit baptisé ADNeIA. Ce projet ambitieux, doté d'un budget de 1,28 million d'euros sur deux ans, vise à révolutionner la surveillance et la protection de la biodiversité marine grâce à l'ADN environnemental (ADNe) et l'intelligence artificielle.
L'ADN environnemental : une révolution méthodologique
L'ADNe représente une avancée majeure par rapport aux méthodes traditionnelles d'observation marine. Contrairement aux comptages en plongée ou aux prélèvements par filets, cette technique capture les traces génétiques laissées par la faune et la flore dans l'eau, offrant une vision plus complète et moins intrusive des écosystèmes.
David Mouillot, chercheur principal du projet, explique : "L'avantage mais aussi le problème de l'ADNe, c'est qu'elle génère des données massives. Pour chaque échantillon, nous avons un million de séquences générées. C'est ingérable en termes de taille de données et d'extraction d'informations."
L'intelligence artificielle à la rescousse
C'est précisément pour traiter ces masses de données que l'intelligence artificielle intervient. "On a besoin d'être à la page en IA, elle nous épate tous les jours", poursuit le professeur Mouillot. "En assistant les ingénieurs, le codage est très efficace, mais aussi pour homogénéiser, synthétiser et organiser les données massives et hétérogènes."
L'observation marine présente des défis particuliers : "Ceux qui font de la forêt, c'est plus simple, les arbres ne bougent pas, les cycles de vie sont plus longs. En biodiversité marine, c'est fluctuant, les observations sont compliquées."
Des objectifs ambitieux pour la conservation
Le projet ADNeIA poursuit plusieurs objectifs clés :
- Mieux inventorier la biodiversité marine
- Comprendre ses dynamiques écologiques
- Modéliser son évolution face aux activités humaines
- Fournir des outils d'aide à la décision aux gestionnaires
David Mouillot souligne : "On sera meilleurs sur les espèces rares, comme les requins, les raies, redécouvrir des habitats d'espèces méfiantes. Pour certaines, nous avons un manque de connaissance criant alors que ce sont des priorités de conservation."
Un calendrier de missions ambitieux
Trois missions principales sont planifiées :
- Un premier chantier à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) dès avant l'été 2026, dans la réserve marine, à la recherche des espèces rares et menacées selon le classement de l'UICN
- Un programme en mer ciblant les grands canyons sous-marins à 300 mètres de profondeur au niveau du Cap-Corse à l'été 2027
- Des missions dans le canal de Mozambique et en Indonésie probablement l'année suivante
Des robots autonomes pour la collecte
Pour mener à bien ces recherches, l'entreprise savoyarde Spygen, partenaire du projet, a développé des robots sous-marins autonomes (AUV) capables de :
- Collecter les échantillons d'ADNe
- Mesurer les paramètres environnementaux
- Cartographier les grands fonds marins
Ces robots filtreurs d'ADNe représentent une innovation majeure pour l'exploration marine durable. Le projet bénéficie également du soutien de l'Agence nationale de recherche (ANR), soulignant l'importance stratégique de cette initiative pour la recherche océanographique française.
Cette alliance entre technologies de pointe et recherche fondamentale ouvre de nouvelles perspectives pour la protection des écosystèmes marins, particulièrement vulnérables face aux pressions anthropiques et climatiques.



