Fusion nucléaire : la quête française d'une énergie propre et illimitée
« Dans notre réacteur, on va faire scintiller une étoile. » Cette déclaration prophétique de Yann Gérard, président de GenF, résume l'ambition démesurée de cette start-up fondée en janvier 2025 avec le soutien de Thales. L'objectif ? Maîtriser la fusion nucléaire pour offrir à la France une énergie propre, sûre et quasi illimitée, capable de remplacer les réacteurs à fission actuels.
Une équipe d'experts au service d'un projet révolutionnaire
Yann Gérard, ingénieur diplômé de Polytech Paris-Saclay, a d'abord développé des lasers pour les télécommunications chez Alcatel avant de rejoindre l'industrie de la défense chez Thales. Il est aujourd'hui entouré d'une équipe d'exception : Hervé Besaucèle, docteur en lasers de haute puissance et directeur technique ; Sylvain Ledru, polytechnicien et ingénieur nucléaire diplômé des Mines ParisTech ; et Gaëlle Netzer, ingénieure de l'Insa Lyon avec vingt-cinq ans d'expérience internationale en innovation industrielle.
Ensemble, ils portent le projet Taranis : un démonstrateur de réacteur à fusion de 1 000 mégawatts électriques qui vise une mise en service autour de 2050. La méthode repose sur le confinement inertiel, où des lasers ultrapuissants bombardent une capsule de deutérium et de tritium pour atteindre 100 millions de degrés et déclencher la fusion.
Des infrastructures uniques en Europe
Installée au Barp près de Bordeaux et sur le plateau de Saclay, GenF bénéficie d'un accès privilégié au Laser Mégajoule du CEA, infrastructure unique en Europe permettant de simuler des conditions comparables à une explosion nucléaire. « Une compétition mondiale est en cours, et nous voulons que la France joue dans la cour des grands », affirme Yann Gérard, conscient du défi face aux start-ups américaines et aux investissements chinois. Le premier prototype est attendu en 2035.
Recyclage des terres rares : une révolution enzymatique
Marie Perrin a résolu un casse-tête qui obsède les chimistes depuis des siècles : le recyclage efficace des terres rares, ces 17 métaux présents dans nos smartphones, écrans LED et éoliennes. Sa solution révolutionnaire ? Utiliser des enzymes naturelles pour manipuler ces métaux si similaires au niveau atomique qu'ils sont pratiquement impossibles à distinguer.
Un héritage scientifique et un moment eurêka
Née à Houston en 1997 dans une famille de scientifiques, Marie Perrin a été inspirée par le livre La Guerre des métaux rares de Guillaume Pitron. C'est en 2023, dans son laboratoire suisse, qu'elle vit son « moment eurêka » : sa méthode permettait de séparer l'europium de l'yttrium avec une pureté quasi absolue et une efficacité 100 fois supérieure aux procédés industriels actuels.
Pour tester son procédé, elle a récupéré de vieilles ampoules fluorescentes dans les poubelles de son campus, véritables mines urbaines de terres rares. Contre toute attente, la séparation s'est révélée extrêmement efficace malgré la présence d'une vingtaine d'éléments différents.
Une start-up au service de l'économie circulaire
Avec sa start-up REEcover créée en 2023, Marie Perrin ambitionne de transformer ces poudres aujourd'hui abandonnées en ressources précieuses. Son procédé très sélectif permet d'envisager des unités modulaires chez les recycleurs plutôt que de gigantesques usines. Objectif : une entrée sur le marché en 2030 pour contribuer à l'objectif européen de faire provenir 25 % de la demande en métaux critiques du recyclage d'ici à 2030.
Woodoo : réinventer le bois pour révolutionner la construction
Timothée Boitouzet, architecte devenu chimiste, est convaincu que le bois marquera l'architecture du XXIe siècle. Après avoir travaillé avec les plus grands cabinets d'architecture mondiaux, il a fondé Woodoo en 2017 avec une conviction : le bois peut remplacer l'acier et le béton armé à condition de le modifier à l'échelle moléculaire.
La création d'un super-bois décarboné
Le procédé de Woodoo consiste à retirer la lignine des bois de moindre qualité comme le peuplier et à la remplacer par un liant biosourcé issu de déchets agricoles avant de compresser l'ensemble. Le résultat ? Un « super-bois » aussi rigide que le métal, décarboné et capable de remplacer le béton armé.
Une ambition mondiale face à l'urgence climatique
Avec 50 salariés, deux usines dans l'Aube, 84 brevets et des partenariats avec Bouygues Construction, Woodoo voit grand. « On veut devenir la plus grosse société de matériaux de construction du monde », lance Timothée Boitouzet. Une ambition cruciale quand on sait que le secteur du BTP représente environ 21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l'ONU.
Panorama des autres innovations greentech françaises
Ces trois projets phares s'inscrivent dans un écosystème français d'innovation particulièrement dynamique dans le domaine des technologies vertes :
- Renature : création d'un matériau souple et biodégradable à partir de sous-produits agroalimentaires pour remplacer le cuir animal
- Dittoclean : dépollution des eaux industrielles grâce à des films par ultrasons novateurs
- Marie Kobylarski (CEA) : transformation des déchets de Nylon en nouveaux matériaux à haute valeur ajoutée
- Bloomineral : transformation du CO₂ capturé en minéraux solides pour le stockage durable du carbone
- Mycelium : reforestation par drones plus rapide et précise que les méthodes traditionnelles
- PuRE Carbon Capture : technologie modulaire de captation de CO₂ pour les installations industrielles
- Archismart Solar : centrales solaires photovoltaïques clés en main pour les toits des bâtiments tertiaires
Ces innovations démontrent la capacité de la France à développer des solutions concrètes pour répondre aux défis environnementaux et climatiques, positionnant l'hexagone comme un acteur majeur de la transition écologique mondiale.



