L'agrivoltaïsme, longtemps perçu avec méfiance par le monde agricole, est désormais soumis à un cadre réglementaire strict qui offre des garanties. Une commission départementale, composée de représentants de l'État, du monde agricole, de collectivités et d'associations, doit se prononcer sur chaque projet. Cette évolution marque un tournant dans la perception de cette pratique, qui suscitait des craintes d'artificialisation des terres agricoles.
Des exemples de « fermes alibi » à l'origine de la défiance
Avant l'encadrement réglementaire, les représentants du monde agricole craignaient un effet d'aubaine et un prétexte supplémentaire à la consommation de terres agricoles. Le cas de la « ferme alibi » de Bourgneuf-en-Mauges (Maine-et-Loire), avec ses 5,5 hectares de serres inexploitées pendant des années, a souvent été cité en contre-exemple. Ces serres ne produisaient plus que de l'électricité, mais un nouvel exploitant y a pris place depuis l'hiver 2025, selon Ouest-France.
Dans le Var, au Plan-du-Pont à Hyères, 5 hectares de serres sont également longtemps restés inexploités. « L'exploitant précédent avait malheureusement fait face à de graves difficultés personnelles », relate Edwin Allibert, chef de projet chez Reden. « Un nouveau repreneur y est en place depuis quelques mois, et se développe progressivement, notamment en y cultivant des asperges et des fraises. »
Un cadre juridique précis depuis 2023 et 2024
« Depuis la loi de 2023 relative à l'accélération de la production des énergies renouvelables puis un décret en avril 2024, un cadre juridique et technique très précis régit le développement de l'agrivoltaïsme », observe Xavier Prudhon, directeur adjoint de la DDTM du Var. Ce cadre impose aux projets d'être portés par des agriculteurs actifs et implantés, et de respecter au moins un de ces quatre critères techniques : accroissement du potentiel agricole, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas, amélioration du bien-être animal. Les installations doivent être entièrement démontables, et les entreprises doivent déposer un cautionnement pour financer la remise en état en cas de défaut. Un suivi technique annuel est également imposé.
Les projets doivent aussi être validés en CDPENAF, « un véritable garde-fou, une bonne chose car cela offre des garanties au monde agricole », indique Edwin Allibert. « À ce jour, trois projets dans le Var ont été présentés à la CDPENAF, mais ne sont pas encore validés, ils doivent encore être travaillés », précise Xavier Prudhon, qui y siège.
Une perception positive après le retour d'expérience
Sylvain Audemard, président de la chambre d'agriculture du Var, reconnaît avoir été réticent il y a quelques années. « Il n'y avait pas de cadre, on était alors submergés de projets dans tous les sens, on voyait tout et n'importe quoi. Des projets alibi dont l'objectif était de produire de l'électricité, et non pas de faire de l'agriculture », explique celui qui est aussi vigneron à Besse. Depuis la loi cadre de 2024, « et avec un retour d'expérience de quelques années pour les pionniers », le sujet est vu sous un angle positif. « Sans avis favorable de la CDPENAF, rien ne peut se faire. Il faut donc que le projet agrivoltaïque soit utile à l'agriculture, et non l'inverse. Avec le recul, on voit que certaines choses fonctionnent très bien, notamment en arboriculture et en maraîchage. Il y a une petite perte de production en volume sous les serres, mais compensée par une protection face aux aléas et le bien-être des salariés agricoles. Cela permet aussi de se lancer dans de nouvelles cultures, comme l'avocat ou les agrumes. »
Reden a pris la mesure de l'image négative renvoyée par ces exemples. L'entreprise a « mis en place un service interne constitué d'ingénieurs agronomes, pour bien conseiller les exploitants, mais aussi pour aider à la reprise d'exploitation en friche. Service qui d'ailleurs n'est pas très utile dans le Var car la chambre d'agriculture y est très dynamique », précise Edwin Allibert.
Alors qu'une évolution structurelle de l'agriculture varoise est en vue, basée sur le développement d'une alimentation locale et une diversification de la filière viticole, l'agrivoltaïsme pourrait désormais se développer sereinement, avec des garanties pour le monde agricole.



