En déplacement à Paris début mai, Michaël Delafosse a les yeux rivés sur son téléphone. Le maire (PS) de Montpellier scrute les alertes météo, alors que l’Hérault a été placé en vigilance orange pluies inondations. Mais l’édile affiche sa sérénité : « Fin décembre, il est tombé en trois jours l’équivalent de deux mois de précipitations. Il y a eu quelques dégâts matériels mais aucune victime. Ici, entre les épisodes cévenols et les feux de forêt, nous avons la culture du risque. »
Une culture mise au défi de s’adapter au changement climatique. Selon Météo France, le nombre de jours très chauds à Montpellier est passé de un à cinq tous les dix ans avant 1980 à cinq par été en moyenne depuis 2016, dont 16 jours en 2025. Dans l’hypothèse d’une hausse moyenne des températures en France de 2,7 °C en 2050 et de 4 °C en 2100, l’organisme prévoit pendant la saison estivale des vagues de chaleur supérieures à deux mois et un tiers de précipitations en moins, allongeant les périodes de sécheresse de mi-juin à fin octobre.
Les épisodes cévenols ne disparaîtront pas pour autant, bien au contraire. « À chaque degré supplémentaire, l’atmosphère peut contenir 7 % de vapeur d’eau de plus, précise Florence Vaysse, référente Languedoc et Roussillon pour Météo France. Mais rien n’est complètement joué. Si l’on atteint la neutralité carbone, on pourra s’adapter. » Montpellier en prend-elle le chemin ? « Depuis le dernier mandat, nous avons changé de paradigme », affirme Michaël Delafosse. Urbanisme, énergie, agriculture, Le Point fait le tour des sujets chauds.
Rénover les logements
Préparer la ville à la montée des températures et des risques climatiques passe d’abord par l’urbanisme. « La Zac Montpellier Sud sera celle de l’adaptation au changement climatique, assure l’adjoint à l’urbanisme durable, Laurent Nison. L’objectif est de désimperméabiliser près de la moitié du sol. Et nous allons challenger notre aménageur et les promoteurs pour avoir des programmes exemplaires. » Hors Zac, ville et métropole agissent par des aides à la rénovation thermique.
D’abord pour les propriétaires modestes de logements individuels. Un programme d’intérêt général subventionné pour deux tiers par l’Agence nationale de l’habitat a ainsi permis de rénover 1 695 logements. Une « stratégie complète qui a également été mise en place pour les copropriétés avec un diagnostic facilité », souligne Clara Gimenez, vice-présidente de la métropole déléguée au logement. Plus de 3 000 logements ont ainsi bénéficié d’une « rénovation thermique d’ampleur ».
L’objectif est aussi de rénover la totalité du parc social, dont 4 %, soit 1 700 logements, est classé de E à G. « Il y a encore trop de passoires thermiques dans les quartiers populaires », fustige l’opposante LFI Nathalie Oziol, qui regrette « un manque de concertation avec les habitants ». Pour le colistier de Mohed Altrad, Salim Jawhari, « il aurait mieux valu investir massivement dans la rénovation énergétique des bâtiments au lieu de dépenser une fortune pour planter huit arbres sur la place de la Comédie ».
Rafraîchir la ville
Opération « marche à l’ombre ». La ville veut créer des « rues-jardins » grâce à la désimperméabilisation des sols et à la plantation d’arbres : 50 000 ont été plantés pendant le premier mandat et 10 000 le seront pendant le second « dans les espaces privés appartenant par exemple à des institutions », annonce l’adjoint à la nature en ville et à la biodiversité Stéphane Jouault. Michaël Delafosse promet aussi de « créer des grands corridors de fraîcheur avec plusieurs coulées vertes » : le long du Verdanson, à l’espace Lavalette et le long de l’aqueduc, des Arceaux jusqu’à Alco. « Quand il fait chaud, il faut avoir des espaces publics qui jouent un rôle de refuge, d’agrément, de respiration, plaide le maire. D’où l’importance de travailler la présence de l’eau, de créer des fontaines. C’est l’enjeu du projet de ligne d’eau à Antigone : créer une ambiance qui rafraîchit, comme la coulée verte du Lez. Ou encore du grand parc de la Mosson, qu’on réaménage ».
Et de citer en exemple le réaménagement de la place Max-Rouquette lors du précédent mandat. « C’est toujours très minéral, conteste Salim Jawhari. Je ne laisserai pas mes enfants y jouer en plein été ! » « La place bénéficie de l’ombre portée de l’aqueduc, et les arbres plantés donneront plus d’ombre dans 20 ans », défend de son côté Laurent Nison.
Désimperméabiliser les écoles
À l’heure de la récré de l’école Heidelberg à la Mosson, garçons et filles s’éparpillent aux quatre coins de la cour Aventure, les uns sous les arbres, les autres dans des cabanes, d’autres dans l’aire de jeux pour les billes. Avec ses copeaux de bois qui recouvrent 84 % de l’espace, son potager et ses huit nouveaux arbres qui donnent un peu de fraîcheur l’été, la nouvelle cour séduit les enfants. « C’est magique ! s’enthousiasme un grand de CM1. Il y a plus d’endroits pour jouer. Et avec les copeaux de bois, on se fait moins mal quand on tombe. »
« En 2020, nous avons commencé le mandat en plein épisode de chaleur, raconte la pédiatre Tasnime Akbaraly, adjointe déléguée à la vie éducative, à la réussite scolaire et à la petite enfance. Nous étions d’autant plus conscients de la nécessité de désimperméabiliser les cours d’école, dont le revêtement de béton ou de bitume crée l’été de véritables dômes thermiques. » Près d’un quart des écoles (23) a déjà fait l’objet de ces aménagements sur le premier mandat, et trois autres sont programmées. Quant aux bâtiments souvent vétustes et mal isolés, ils ont fait l’objet de plus de 20 millions d’euros d’investissement pour leur rénovation thermique dans le cadre du Plan école 2030. « Tant mieux pour les écoles qui ont été rénovées, estime Nathalie Oziol. Mais il faut accélérer, notamment dans les quartiers populaires. »
Décarboner les transports
Gratuité des transports publics, construction de la ligne 5 de tramway, prolongement de la ligne 1 jusqu’à la gare Sud de France, réalisation de 138 km de pistes cyclables, restrictions à la circulation des voitures dans le centre-ville… En matière de décarbonation des transports, l’équipe Delafosse estime avoir mis les bouchées doubles. « La voiture représente 45 % des déplacements dans la ville contre 58 % en 2019, et 51 % dans la métropole, contre 70 % en 2019 », précise la vice-présidente déléguée aux mobilités, Julie Frêche. Les parts de la marche, du vélo et des transports en commun ont eux bondi de près de 30 %. « Le prix de la gratuité des transports, c’est que les usagers ont de moins en moins de bus et de trams », critique Nathalie Oziol. « Faux, rétorque Julie Frêche. Nous sommes passés de 12,9 millions à 14 millions de kilomètres par an de transports en commun.
Michaël Delafosse, qui confirme l’impossibilité financière de créer une ligne 6 de tramway dans le mandat en cours, promet de développer le réseau de bus tram électriques, avec le prolongement ou la création de plusieurs lignes dans la métropole. Insuffisant aux yeux de Salim Jawhari, qui estime que « les bus trams créés sont de simples bus. De véritables bus trams auraient coûté trois fois plus cher ! »
Parallèlement au déploiement des transports en commun, le maire soutient le contournement ouest de Montpellier (COM) mis en chantier par Vinci. Un projet dont Nathalie Oziol dénonce « le prix environnemental et pour la santé ». « Le COM est sur une voirie qui existe déjà, et il supprimera de la circulation dans les quartiers ouest de Montpellier et les communes à l’ouest de la métropole », assure Julie Frêche.
Être un laboratoire du renouvelable
« Sur l’électrification, Montpellier a incontestablement une longueur d’avance. » Ce n’est pas le maire qui le dit mais Frédéric Fort, délégué territorial Hérault d’Enedis. Depuis 2020, l’entreprise a quintuplé le nombre de points de recharge électrique dans la métropole, avec 1 227 bornes dont 600 gérées par l’opérateur français e-Totem et accessibles par les usagers de la TAM à des tarifs préférentiels. « Leur nombre augmente de 30 % par an en moyenne, contre 15 % sur le reste du territoire national », ajoute Frédéric Fort.
Quant au solaire, il représente 10 % de la consommation électrique de la métropole, contre 6 % à Toulouse. Une performance due à la mise en place en 2022 d’un cadastre solaire qui propose des diagnostics techniques et financiers et a permis d’équiper 11 000 toitures et parkings.
Pour développer les grandes centrales photovoltaïques au sol, la métropole a défini dans son PLUi 96 zones d’accélération des énergies renouvelables (ENR). Un dispositif qui a la vertu de raccourcir les délais d’instruction, mais qui se heurte parfois à d’autres protections de l’environnement. Entre Lattes et Villeneuve-lès-Maguelone, l’installation d’une ferme photovoltaïque sur l’ancienne décharge du Thôt est ainsi bloquée par la loi Littoral. « Une loi que je défends, mais en l’occurrence l’État en a une lecture un peu rigide », soupire Michaël Delafosse.
Seuls deux permis de construire, à Grabels et Saint-Jean-de-Védas, ont été à ce jour déposés. En parallèle, la métropole ambitionne de tripler d’ici à 2030 les réseaux de chaleur qui raccordent aujourd’hui deux millions de mètres carrés de logements et de bâtiments tertiaires, avec 66 % d’ENR – l’objectif étant d’atteindre 75 %.
Économiser l’eau
Loin de subir le stress hydrique des Pyrénées-Orientales, Montpellier n’en prépare pas moins l’avenir. Selon les projections de la Régie des eaux et du BRGM, la source du Lez pourrait subir l’impact du changement climatique dès 2040. « Aujourd’hui, en période de sécheresse, on doit déjà limiter nos prélèvements dans la nappe. On se tourne alors vers l’eau du Rhône (le réseau BRL) mais en 2040, celle-ci sera aussi sous pression. Nous ne pouvons pas attendre d’être au pied du mur », souligne Grégory Vallée, directeur de la Régie des eaux.
La mise en place en 2023 d’une tarification éco-solidaire qui augmente le prix de l’eau potable avec la consommation, a déjà permis de réduire celle-ci de 5,14 %. La régie qui enregistre 15 % de fuites sur son réseau investit en outre 10 millions d’euros annuels pour renouveler ses réseaux, « un chantier sans fin, qui représente à peine 1 % du réseau par an, tant celui-ci est ancien », admet Grégory Vallée.
Alors pour ne pas gâcher la ressource, la métropole développe la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), un chantier encore balbutiant et soumis à une stricte réglementation. Dans le cadre des travaux d’extension de la station d’assainissement Maera (165 millions d’euros), un pilote est en cours de création grâce aux financements du projet européen Life Rewa, auquel la Région Occitanie contribue à hauteur de 25 %.
D’un montant de 1,8 million d’euros, il vise à mettre en service début 2027 un conteneur mobile d’eau recyclée à partir des eaux usées de cinq stations (Lattes, Villeneuve-lès-Maguelone, Fabrègues, Cournonterral et Saint-Georges d’Orques). « Des bornes de distribution seront installées à destination des services de voirie, d’entretien des espaces verts, de lutte contre les incendies ou encore des agriculteurs », ajoute Anne-Bénédicte Wommelsdorf, coordinatrice des projets de REUT de la régie des eaux. Le conteneur traitera 110 000 mètres cubes par an. Une goutte d’eau comparée aux 33 millions de mètres cubes traités par Maera.
Atteindre la souveraineté alimentaire
La métropole structure depuis plusieurs années des circuits courts, en proposant aux agriculteurs locaux des débouchés via la restauration scolaire – dont l’objectif est d’atteindre 100 % de bio ou de local à la fin du mandat – et les maisons de l’alimentation solidaire qui permettent aux habitants des quartiers prioritaires d’acheter des produits bio et locaux à des tarifs accessibles – trois ont été créées et cinq autres doivent ouvrir pendant le mandat.
En 2022, la collectivité a aussi lancé avec l’Agence de l’eau le programme Fibani (Filières à bas niveau d’impact). Son but : développer des cultures sans pesticides ni engrais azotés et peu consommatrices d’eau. Treize agriculteurs sont engagés dans ce programme sur une trentaine d’hectares pour tester des productions de légumineuses (lentilles, pois chiches, petit épeautre) dont huit tonnes ont été achetées par les cantines sur l’année 2024-2025.
« On expérimente aussi de nouvelles cultures compatibles avec le changement climatique, comme les agrumes », souligne Marie Massart, adjointe à la politique alimentaire. Dans l’agriparc du Mas Nouguier, 169 arbres représentant une vingtaine de variétés ont ainsi été plantés. Deux autres agriparcs sont en projet aux Bouisses et à Grammont, où seront aménagés des jardins familiaux. La métropole prévoit d’en créer mille sur le mandat.
Les communes du littoral en première ligne
En 2040, les trois quarts des Héraultais habiteront à moins de 15 kilomètres des côtes. Et pourtant, le littoral subit de plein fouet l’accélération de l’érosion, à l’origine du recul du trait de côte et du risque accentué de submersion. En 2023, les intercommunalités de Montpellier, de Sète, du Pays de l’Or et Terre de Camargue se sont réunies en Entente du golfe d’Aigues-Mortes, pour protéger leur littoral et aider les élus, partagés entre injonctions de l’État et intérêts économiques.
4 500 : c’est le nombre d’emplois liés aux énergies renouvelables dans la métropole. Berceau des ENR depuis la pose par la Compagnie du vent en 1991 de la première éolienne de France dans l’Aude, elle compte aujourd’hui 170 entreprises dans cette filière, dont le producteur d’électricité décarbonée, Elements, qui a réalisé la plus grosse levée de fonds d’Occitanie en 2025. Cette année-là, la métropole a constitué un cluster des ENR pour peser davantage au niveau national. Elle dispose aussi du premier incubateur dédié au secteur en France : Henera, créé en partenariat avec EDF et SLB.
En octobre 2025, l’Inrae et la Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie ont lancé avec Agropolis International et les agences de l’eau Adour-Garonne et Rhône Méditerranée Corse, une démarche inédite : Corae (Consultation recherche agriculture alimentation environnement). Objectif : mieux articuler la recherche aux problématiques du territoire, où l’agroalimentaire, premier employeur de la région, subit à la fois déprise économique et dérèglement climatique. La concertation associe acteurs économiques, chercheurs, élus mais aussi citoyens, dans l’espoir de dépasser les postures. Pesticides, irrigation, stockage de l’eau, tous les sujets sensibles sont abordés. Un forum de restitution est prévu le 7 octobre.



