L'Espagne, un modèle énergétique à suivre en Europe ?
Ces dernières semaines, de nombreux articles ont mis en lumière le cas de l'Espagne, présentant le pays ibérique comme l'un des meilleurs élèves européens, aux côtés de la France, pour contenir la hausse vertigineuse des prix de l'électricité. Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez n'a pas manqué de brandir les énergies renouvelables comme un rempart solide contre les effets déstabilisateurs de la crise énergétique, elle-même engendrée par les tensions au Moyen-Orient.
Une réalité plus complexe que les déclarations politiques
Si cette affirmation possède une part de vérité, elle demeure toutefois très simplifiée et mérite d'être nuancée. En effet, le système électrique espagnol reste structurellement dépendant de sources d'énergie traditionnelles, notamment du gaz naturel, mais aussi, et c'est moins souvent souligné, de l'énergie nucléaire. Cette double dépendance soulève des questions cruciales sur la véritable nature de la transition énergétique en cours.
Les récentes tensions sur les approvisionnements et la volatilité des marchés ont brutalement relancé, au sud des Pyrénées, un débat longtemps considéré comme clos : celui de la place de l'atome dans le mix énergétique national. Face à cette situation, les propriétaires des centrales nucléaires encore en activité sur le territoire ont officiellement demandé la prolongation de leur exploitation.
Un gouvernement qui change de position face au nucléaire
Longtemps farouchement opposé à cette idée, le gouvernement espagnol semble désormais adopter une posture plus ouverte et pragmatique. « Sans l’énergie nucléaire, le système électrique espagnol serait intrinsèquement plus instable, significativement plus cher, plus dépendant des importations et, paradoxalement, plus émissif en gaz à effet de serre », affirme avec conviction Manuel Fernandez Ordoñez, directeur du développement commercial pour la gestion des déchets radioactifs et le démantèlement chez Tecnatom.
Ce docteur en physique nucléaire enfonce le clou en ajoutant : « Il n’existe, à mes yeux, aucun argument rationnel et technique solide pour justifier l'arrêt prématuré de l’exploitation de nos centrales nucléaires. Elles représentent une source d'énergie bas-carbone, pilotable et essentielle pour assurer notre sécurité d'approvisionnement pendant la phase de déploiement massif des renouvelables. »
Ce revirement potentiel illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les pays européens. D'un côté, l'impératif climatique pousse à accélérer le déploiement des énergies solaire et éolienne. De l'autre, les impératifs de stabilité du réseau, de compétitivité économique et de souveraineté énergétique remettent en selle des technologies décarbonées mais controversées, comme le nucléaire. L'exemple espagnol montre que la voie vers la neutralité carbone est semée d'arbitrages complexes entre idéologie, pragmatisme et contraintes physiques des réseaux électriques.



