La Colombie, troisième exportateur de charbon au monde et producteur de pétrole, affiche une ambition paradoxale : devenir un fer de lance de la lutte contre le réchauffement climatique. Le gouvernement de Gustavo Petro a présenté un plan de sortie des énergies fossiles, suscitant à la fois espoirs et scepticismes.
Un pays sous dépendance fossile
Avec des réserves de pétrole estimées à 2 milliards de barils et une production de charbon de 60 millions de tonnes par an, la Colombie tire une part significative de ses revenus des hydrocarbures. Le secteur représente environ 40 % des exportations et 10 % du PIB. Cette dépendance rend la transition délicate, d'autant que des régions entières vivent de l'extraction minière et pétrolière.
Les annonces du gouvernement Petro
Le président Gustavo Petro, premier chef d'État de gauche en Colombie, a fait du climat une priorité. Il a annoncé l'arrêt des nouveaux permis d'exploration pétrolière et gazière, ainsi qu'une stratégie de diversification économique. L'objectif est de réduire la part des énergies fossiles dans l'économie tout en développant les énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne.
Le plan prévoit également une transition juste pour les travailleurs du secteur, avec des programmes de reconversion professionnelle et de soutien aux communautés locales. Des investissements dans l'hydrogène vert et l'électrification des transports sont également au programme.
Des défis économiques et sociaux
La sortie des fossiles n'est pas sans conséquences. Les recettes fiscales liées au pétrole et au charbon financent une part importante du budget de l'État. Le pays doit trouver de nouvelles sources de revenus pour financer ses politiques sociales et environnementales. Par ailleurs, les régions minières comme La Guajira ou le département de Cesar risquent de subir un choc économique.
Les syndicats et certaines entreprises du secteur se montrent prudents, voire hostiles. Ils soulignent que la transition doit être progressive pour éviter une crise sociale. Le gouvernement mise sur une croissance verte et l'attraction d'investissements étrangers dans les énergies propres.
Un exemple pour l'Amérique latine ?
La Colombie n'est pas le seul pays de la région à vouloir sortir des fossiles. Le Chili et le Costa Rica ont également des ambitions fortes. Mais la Colombie, par son poids économique et sa dépendance, pourrait servir de test. Si elle réussit, elle deviendrait un modèle pour les autres nations productrices de pétrole et de charbon.
Les organisations environnementales saluent l'initiative, mais appellent à des mesures concrètes. Le chemin est long : selon les experts, la Colombie pourrait mettre plusieurs décennies à se sevrer des énergies fossiles. Le gouvernement promet une feuille de route précise d'ici la fin de l'année.



