Supercoop Bordeaux fête ses 10 ans : un modèle coopératif entre résilience et défis économiques
Supercoop Bordeaux : 10 ans de supermarché coopératif

Supercoop Bordeaux : dix ans d'aventure coopérative et de résilience alimentaire

Le 15 mars 2025, les Ami.e.s de Supercoop ont célébré les dix ans de la création de l'association porteuse de ce projet innovant. Retour sur une aventure qui mêle entreprise sociale et résilience alimentaire, avec un regard sur les archives de l'époque.

Un supermarché pas comme les autres

Il ne faut pas se fier aux apparences. Même si le bâtiment, situé entre Carle-Vernet à Bordeaux et Terres-Neuves à Bègles, présente un aspect plutôt impersonnel, à l'intérieur, c'est une petite ruche d'activité. Supercoop est un supermarché coopératif et participatif de 280 mètres carrés. Ici, les sociétaires sont les clients exclusifs, et l'état d'esprit du modèle économique et social est affiché dès l'entrée.

« Avec une part sociale à 100 euros payée une fois pour toutes, je suis copropriétaire du magasin, et comme Supercoop doit être à la portée de tous, je peux commencer avec 10 euros », explique un membre. « Une fois toutes les quatre semaines, j'assure trois heures de service au magasin pour le faire fonctionner, à tour de rôle, je fais l'accueil, la caisse, la réception des commandes, la mise en rayon… »

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Inspirations new-yorkaises et parcours fondateur

La fondatrice, Anne Monloubou, s'est inspirée de la Park Slope Food Coop, fondée en 1973 à Brooklyn, New York. « J'étais une jeune maman bordelaise et j'adhérais à une Association pour le maintien d'une agriculture paysanne. J'aimais bien l'idée du système alternatif, je l'ai fait pendant dix ans. Mais j'avais envie d'un service plus simple, une offre plus complète. Une amie m'a parlé de la Park Slope Food Coop. J'ai trouvé cela extraordinaire. »

Quinze jours d'imprégnation dans le collectif new-yorkais en juillet 2014 l'ont convaincue. « J'ai été séduite par l'atmosphère de ruche qu'il y avait, avec une belle énergie de partage. Cela m'a convaincue, c'était concomitant avec une envie de changement professionnel », raconte Anne Monloubou, alors architecte paysagiste.

Elle a quitté son travail, suivi un master de commerce à la Kedge Business School, et affiné l'étude de faisabilité durant deux ans. « Ils me regardaient avec des yeux ronds car c'était un projet qui n'était pas vraiment rentable. Depuis, l'économie circulaire s'est beaucoup développée. »

Développement et implantation

En mars 2015, l'association a débuté son activité d'épicerie par un groupement d'achats sur Internet. En novembre, Supercoop s'est installé dans l'ancienne trésorerie de Bègles avant de se poser à Bordeaux en 2018. « On défrichait, prenant les conseils de la coop new-yorkaise et de la Louve à Paris, le premier supermarché coopératif en France créé en 2016 », résume le président Jean-Paul Taillardas.

Chiffres clés et modèle économique

Supercoop compte aujourd'hui 1 950 coopérateurs dont 600 actifs de tous profils, trois salariés et un alternant. 25 % sont Béglais, 50 % de Bordeaux-Sud et Nansouty, et 70 % sont des femmes. Environ 60 supermarchés du même genre, sans fédération ni label, ont essaimé depuis en France, plutôt en ville, comme Chouette Coop à Toulouse ou la Cagette à Montpellier.

Le supermarché propose 3 000 références de produits, dont 20 % de fruits et légumes, privilégiant le bio, le local et les circuits courts. Une marge unique de 23 % est pratiquée sur le prix de vente. La société coopérative travaille avec 104 petits producteurs, de la laiterie urbaine Ohlaitlait à proximité au producteur sicilien Galline Felici pour les agrumes.

Au 31 mars 2025, le chiffre d'affaires frôlait le million d'euros, avec un budget à l'équilibre. « Notre panier moyen est à peine plus cher que le panier de courses standard. C'est un gros boulot de gestion, il faut beaucoup de motivation », souligne Jean-Paul Taillardas.

Défis et perspectives

« C'est un modèle économique difficilement rentable, complète Anne Monloubou, car notre objectif est de faire de petites marges. Mais on rend aussi un service social en permettant à des personnes qui ont peu de revenus de faire des courses de qualité. Ce qui tirerait Supercoop d'affaire, c'est le volume des coopérateurs. C'est un modèle économique qui demande beaucoup de monde pour être rentable. Le risque, c'est l'essoufflement. »

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De nouvelles réunions d'information sont annoncées en avril. Supercoop devra bientôt déménager car le magasin est installé dans le périmètre Euratlantique et sera démoli. Les demandes du président pour un nouveau lieu sont de rester dans Bordeaux Sud où se trouve la moitié des coopérateurs et d'être près d'un axe bien desservi par les transports.