Un revirement stratégique américain au Moyen-Orient
Le président américain Donald Trump avait pourtant affirmé le 20 mars qu'il n'enverrait des troupes « nulle part ». Dix jours seulement après cette déclaration, un impressionnant déploiement militaire se met en place. Selon les informations du Washington Post, deux groupes de Marines, représentant environ 5 000 soldats, voguent actuellement vers le golfe Persique. Dans le même temps, 2 000 parachutistes de la prestigieuse 82e division aéroportée se préparent à suivre ce mouvement.
Un renforcement massif des effectifs
Les médias Axios et le Wall Street Journal révèlent que l'administration Trump envisage désormais un déploiement supplémentaire de 10 000 soldats au Moyen-Orient. Cet important renfort viendrait s'ajouter aux effectifs déjà présents dans la région, avec pour objectif déclaré de porter le « coup final » à l'Iran. Washington aurait informé ses homologues israéliens et régionaux que les États-Unis préparaient activement des opérations terrestres.
Le Pentagone se préparerait ainsi à « des semaines d'opérations » sur le territoire iranien, selon des sources bien informées. L'idée d'une invasion à grande échelle n'est cependant pas sur la table, ce terme faisant peur à Washington. Le total des troupes envisagé reste bien inférieur aux 150 000 soldats déployés en mars 2003 pour envahir l'Irak, un pays pourtant beaucoup plus petit que l'Iran tant en superficie qu'en population.
Des opérations ciblées plutôt qu'une invasion massive
Les responsables américains, s'exprimant sous couvert d'anonymat, décrivent plutôt des raids « menés par une combinaison de forces spéciales et de troupes d'infanterie conventionnelles ». Cette approche ciblée viserait à limiter l'engagement américain tout en frappant des objectifs stratégiques.
Plusieurs scénarios d'attaque contre des îles stratégiques
Le Pentagone travaillerait activement sur plusieurs scénarios d'intervention, selon le média américain Axios. La cible la plus médiatisée depuis des semaines reste l'île de Kharg, principal centre d'exportation de pétrole iranien et véritable poumon économique de la République islamique. Environ 90% du brut du pays transite par cette île, ce qui en fait un objectif de premier ordre.
Le 14 mars dernier, l'armée américaine a déjà mené des frappes aériennes de grande envergure contre des dizaines de cibles militaires sur l'île de Kharg. Les infrastructures pétrolières ont toutefois été épargnées, « par décence » selon les propres mots du président américain.
D'autres îles dans le viseur américain
La seconde cible potentielle serait l'île de Larak, positionnée stratégiquement à l'endroit le plus étroit du détroit d'Ormuz. L'Iran utilise cette position pour surveiller et contrôler le trafic maritime dans ce passage crucial pour le commerce mondial du pétrole.
Des discussions auraient également porté sur Abu Musa et les îles Tounbs, des bases avancées iraniennes équipées de missiles, de drones et de capacités de pose de mines. Ces territoires avaient été arrachés aux Émirats arabes unis par Téhéran en 1971.
Enfin, l'île de Qeshm, la plus grande du golfe Persique, abriterait des missiles antinavires et des drones dans des tunnels fortifiés. Washington envisagerait également, pour l'île de Kharg, un blocus naval visant à asphyxier économiquement l'Iran sans exposer des soldats américains au sol, une option jugée moins risquée.
Une option nucléaire extrême
À l'autre extrême du spectre des possibilités, le Pentagone aurait proposé à Donald Trump une option pour pénétrer en profondeur en Iran. L'objectif serait de saisir les 440 kilogrammes d'uranium hautement enrichi que Téhéran conserverait dans ses installations nucléaires. Plutôt que d'envoyer des commandos des forces spéciales, le président américain pourrait préférer avoir à nouveau recours à des bombes anti-bunker comme à l'été 2025.
Une mission aux risques considérables
Selon une source militaire, les objectifs envisagés pourraient être atteints en « semaines, et non en mois ». Une autre source évoque cependant un délai potentiel de « quelques mois ». Michael Eisenstadt, directeur du programme d'études militaires et de sécurité du Washington Institute for Near East Policy, interrogé par Axios, met en garde contre les « risques considérables » d'une telle mission.
Selon cet expert, une mission terrestre judicieuse pourrait consister à « démanteler » certains sites militaires côtiers iraniens qui menacent la navigation commerciale et militaire. « Il est préférable de ne pas maintenir les troupes stationnées au même endroit pendant une période prolongée », a déclaré cet ancien militaire qui a servi en Irak, en Israël et en Jordanie.
La réponse menaçante de l'Iran
Un haut responsable iranien a mis en garde les États-Unis contre une éventuelle invasion terrestre, affirmant que son armée « attend » une telle « invasion terrestre ». Il a promis que les troupes américaines seraient « brûlées vives » en cas d'intervention. Cette déclaration intervient alors que des diplomates régionaux se réunissaient dimanche au Pakistan, dans l'espoir d'ouvrir des pourparlers directs entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre qui dure depuis un mois.
Un débat public américain enflammé
Cette escalade militaire potentielle enflamme le débat public américain déjà mouvementé. Au cours du mois écoulé, 13 soldats américains ont été tués au combat : six dans un accident d'avion en Irak, six lors d'une attaque de drone contre le port de Shuaiba au Koweït, et un lors d'une attaque contre la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite.
Plus de 300 militaires américains ont été blessés par des drones et des missiles iraniens lors de représailles visant des installations américaines dans au moins sept pays du Moyen-Orient. Parmi ces blessés, au moins dix seraient dans un état grave selon des sources officielles. Les quinze dernières victimes datent d'une attaque de six missiles balistiques et 29 drones lancée vendredi 27 mars contre la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite.
Divisions politiques et mécontentement populaire
Alors que les démocrates sont presque unanimes dans leur opposition à la guerre en Iran, les républicains qui soutiennent Trump au Congrès sont profondément divisés sur la possibilité d'opérations terrestres. La population américaine, toujours marquée par le traumatisme de la guerre en Irak, manifeste son mécontentement de manière croissante.
Samedi 28 mars, huit millions de personnes ont défilé à travers les États-Unis pour protester contre la politique étrangère et anti-immigration de Trump. Ce chiffre représente un million de participants de plus que lors de la dernière journée « No Kings » qui s'était tenue en octobre 2025.
Un enjeu crucial pour l'administration Trump
À sept mois des élections de mi-mandat, Donald Trump, dont la popularité est au plus bas depuis son retour à la Maison-Blanche avec seulement 40% d'approbation, a tout intérêt à mettre fin au plus vite au conflit au Moyen-Orient. Que ce soit par la force militaire ou par la voie diplomatique, la résolution de cette crise représente un enjeu crucial pour l'avenir politique de l'administration américaine.
Dimanche soir, le président américain n'avait toujours pas arrêté sa décision finale concernant l'ampleur et la nature de l'intervention militaire envisagée contre l'Iran. Les prochains jours seront déterminants pour l'évolution de cette crise internationale majeure.



