Le chantier lancé en mai dernier dans les salins de Frontignan pour mettre en place un parcours partagé d’interprétation vient de s’achever. L’inauguration est prévue début juillet. C’est un chantier discret, mais le résultat est là. Les salins de Frontignan disposent désormais d’un parcours muséographique en plein air, fruit d’une collaboration entre Sète Agglopôle Méditerranée (SAM), gestionnaire du site avec l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID), et le Conservatoire du littoral, qui en est le propriétaire.
Un site naturel classé d’exception
Niché entre le bois des Aresquiers et l’étang d’Ingril, ce site de 280 hectares, classé en 1989, abrite une richesse naturelle rare : zones humides, lagunes, landes, pelouses sèches, espaces boisés et 340 espèces végétales et animales recensées. Avec l’achèvement du chantier, les salins de Frontignan viennent désormais s’ajouter à la longue liste des lieux de mémoire. « Les lieux de mémoire, ce sont d’abord des restes », écrivait l’historien Pierre Nora. En la matière, les salins de Frontignan correspondent parfaitement à ce concept historique forgé par le spécialiste, puisque des vestiges de l’activité salinière y demeurent. « Leur présence au cœur de cet espace naturel et culturel en fait d’ailleurs un site spécifique », souligne Florence Dessales, chargée de mission au Conservatoire du littoral.
De musée traditionnel à parcours d’interprétation
Pour valoriser ce patrimoine naturel et culturel, la première idée est de créer une maison de la nature. Mais le projet se heurte rapidement à la réalité du terrain : absence de réseaux pour l’eau, l’électricité ou encore l’assainissement, accès impossible en voiture, coût élevé, contraintes réglementaires… Et, à plus long terme, le changement climatique risque de transformer en îlot la zone où se trouvent les bâtiments. Il faut donc revoir la copie. Comme il n’est pas envisageable de démolir les bâtiments, ce qui reviendrait à effacer l’histoire des lieux, la solution retenue est plus sobre, à savoir un parcours extérieur d’interprétation, ponctué de huit dispositifs scénographiques comprenant des tables d’orientation rotatives, des pupitres pédagogiques et des terrasses de lecture du paysage. « On voulait quelque chose d’original pour inviter les visiteurs à ralentir, observer et mieux comprendre ce territoire singulier », explique Sandrine Lafont, responsable des espaces naturels à l’agglomération de Sète. Pas de QR code ici : le parti pris est résolument contemplatif.
Les bâtiments gardent la mémoire
Les trois bâtiments du site, inscrits aux Bâtiments de France, ont été conservés sans affectation particulière. Leur rôle est avant tout mémoriel et paysager. C’est la raison pour laquelle sur leurs façades ont été reproduites des silhouettes de personnages en fer forgé évoquant l’activité salinière. Toutefois, « l’un peut servir d’espace d’observation et un autre a été conservé partiellement avec son ancien hangar, et parce qu’il y a le cœur hydraulique de l’exploitation salinière », indique la chargée de mission du Conservatoire du littoral.
Un projet qui laisse sur sa faim pour le président de la LPO Occitanie
Si Pierre Maigre, président de la LPO d’Occitanie, se réjouit des travaux faits sur les bâtiments existants à partir de 2018 pour éviter qu’ils ne s’écroulent, il regrette qu’ils ne soient pas mieux intégrés dans le projet muséographique des salins de Frontignan. « Il est dommage que les deux bâtiments rénovés ne servent qu’à la nidification des pigeons de ville. Si je comprends les contraintes de réglementation, il aurait été possible de réserver au moins le rez-de-chaussée d’un des bâtiments pour des expositions. Pour moi, c’est une occasion manquée », commente-t-il.
Une perspective chronologique pour réfléchir à l’avenir
La muséographie extérieure s’inscrit aussi dans une perspective chronologique en donnant à voir le passé, le présent et le futur du site. Il invite ainsi à réfléchir à l’avenir du site, notamment face au changement climatique. « On a conçu la scénographie pour que les gens s’interrogent sur ce qu’était le site, comment il a été façonné par l’homme et ce qu’il deviendra », résume Sandrine Lafont. Le tout pour un budget de 95 800 € TTC, financé conjointement par l’agglomération de Sète et le Conservatoire du littoral. Le site est déjà ouvert au public.



