Philippe Aghion : entre orchidées et politique industrielle verte, un regard d'économiste sur l'écologie
Philippe Aghion : orchidées et politique industrielle verte

Un économiste face à l'urgence écologique

Dans un entretien intime, Philippe Aghion, économiste renommé, dévoile ses liens avec la nature et ses convictions sur la transition écologique. De ses orchidées bien-aimées à sa défense d'une politique industrielle verte, il trace un portrait personnel et professionnel riche en enseignements.

Une connexion profonde avec le vivant

Le parc national Torres del Paine, en Patagonie chilienne, reste pour lui le paysage le plus marquant, avec ses lacs glacés d'une beauté saisissante. Les odeurs végétales, proches de celles d'une pinède, le ramènent immédiatement à l'enfance, tandis que les chants d'oiseaux, notamment des mouettes, sont des sons naturels dont il ne se lasse jamais.

Les orchidées occupent une place centrale dans son quotidien. « J'en ai toujours chez moi, j'en ai besoin », confie-t-il. Son salon, où elles trônent, est la pièce où il respire le mieux. Pour se ressourcer, il retourne toujours au Jardin des plantes à Paris, préférant la montagne à la mer, la forêt ou la ville.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Prises de conscience et changements de vie

La prise de conscience écologique est survenue en ville, face à l'augmentation préoccupante de la pollution. « À un moment, on sent physiquement que quelque chose ne va pas », explique-t-il. Depuis dix ans, il a modifié ses habitudes : attention à la consommation d'énergie, renoncement quasi-total à la voiture au profit du métro et de la marche.

Ce choix s'accompagne d'une critique des politiques urbaines. « Pour faire reculer la place de la voiture, on a accordé une priorité absolue aux vélos, ce qui est très bien, mais cela s'est fait au détriment des piétons », déplore-t-il, pointant l'arrogance de certains cyclistes. Malgré ses efforts, il admet ne pas toujours trier ses déchets correctement, un geste qui lui donne mauvaise conscience.

Technologie et objets du quotidien

Chez lui, écrans et plantes coexistent : un ordinateur, une télé, un téléphone et autant d'orchidées. Son plus vieil objet technologique encore en service est un lecteur de CD, qu'il conserve précieusement. Il ne fait jamais le ménage numérique, mais reste optimiste face à l'intelligence artificielle.

L'objet qui ne le quitte jamais est son téléphone portable, tandis qu'il chérit des tableaux et objets d'art hérités de son père, un galeriste. Des chaises familiales font l'objet d'une attention particulière : « Je fais attention à ne pas m'asseoir dessus pour les préserver ».

Consommation et alimentation

Lors d'un achat, sa priorité est la simplicité et la rapidité. « Je veux réduire au maximum le temps consacré aux achats », affirme-t-il, précisant qu'il s'habille toujours de la même façon. Son dernier achat durable fut un costume pour la remise de son prix à Stockholm en décembre 2025.

En alimentation, il ne pratique pas l'exclusion totale mais tente de diminuer certaines consommations. « Je mange un peu moins de viande, notamment pour des raisons environnementales. Et j'essaie de me restreindre sur le fromage pour des questions de santé ». Le printemps n'est plus marqué par un plat spécifique, les fruits et légumes étant disponibles toute l'année.

Vision de la transition écologique

Philippe Aghion rejette l'écologie punitive, évoquant les taxes mal conçues à l'origine du mouvement des Gilets jaunes. « Ce qui m'agace aussi, c'est le côté parfois tatillon, voire délirant, de certaines réglementations, particulièrement celles imposées aux agriculteurs ».

Il soutient plutôt l'encouragement aux transports en commun et, surtout, l'innovation verte. « C'est précisément ce qu'on ne répète pas assez », insiste-t-il. Sa contradiction non résolue concerne les voyages en avion, parfois indispensables pour son travail malgré son aversion pour ce moyen de transport.

Il préfère les discours sur la politique industrielle verte aux culpabilisations. « Qu'on parle enfin de politique industrielle verte, d'innovation verte », souhaite-t-il. Se positionnant du côté du GIEC, il croit en une transition combinant innovation, régulation et changements de modes de vie.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Innovations et perspectives économiques

Pour le climat, il mise sur la fusion nucléaire et la géo-ingénierie. Le plus grand malentendu entre économie et écologie ? « L'idée selon laquelle la décroissance serait nécessaire pour résoudre la crise climatique. Il faut passer de la croissance quantitative à une croissance qualitative ».

Le moment où ses travaux ont semblé porter fruit remonte à 2012, avec la reconnaissance de l'idée de politique industrielle verte. « Avec d'autres, j'ai défendu l'idée qu'il fallait deux jambes : la taxe carbone, qui est le bâton, et la politique industrielle verte, qui est la carotte ».

Regard sur les générations futures

Il ne jalouse pas la jeunesse, s'inquiétant plutôt pour elle. « Nous, nous avons mangé le pain blanc. Je me fais surtout beaucoup de souci pour elle », face aux défis économiques et environnementaux à venir. Aux jeunes, il conseille de se méfier des populistes, sans vouloir leur faire la leçon.

Son souhait le plus cher ? « Que, par l'économie, j'ai contribué à améliorer les choses, à rendre le monde un peu meilleur ». Une ambition qui résume son engagement pour une écologie pragmatique et innovante.