Levens : sangliers et loups, un casse-tête pour la commune
Levens : le défi des sangliers et du loup

À Levens, la cohabitation avec les sangliers devient un défi quotidien

Dans certains quartiers de Levens, le face-à-face avec les sangliers est devenu quotidien. Un casse-tête sécuritaire et sanitaire qui oblige la mairie à repenser sa gestion des déchets. Les bêtes chavirent les containers. Poubelles éventrées, jardins labourés… La présence du sanglier au cœur des habitations devient une source de tensions et de désordre quotidiens.

« Il y en a de plus en plus et ils viennent dans le village, ils n'ont peur de rien et ils foutent le bazar », peste François, le pas lourd à cause d'une blessure à la jambe. « Le matin, on va regarder l'étendue des dégâts autour de nos containers. On en parle entre voisins, on a alerté la mairie, ils s'en occupent. Les sangliers sont tout le temps autour de nos maisons, c'est emmerdant pour les poubelles et c'est pas rassurant », grogne l'octogénaire.

Un mystère pour la mairie

Au village, c'est un sujet de conversation récurrent. De nombreux Levensois en sont persuadés : si les sangliers sont de plus en plus proches des humains, c'est pour fuir le loup. Deux spécimens auraient été identifiés : « Un gros mâle » et un « plus petit », selon les habitants. « Le plus petit, ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu », glisse une habitante qui sort de la supérette. Une autre jure : « Ma voisine a vu le loup presque d'aussi près que d'ici à l'autre côté de la route ».

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Le sujet s'est même invité au dernier conseil municipal. Antoine Véran, prend la mesure de l'exaspération et du défi pour lui et ses élus : « On est vraiment embêtés », confesse le maire de Levens qui appelle ses administrés à la vigilance. Et de s'interroger sur la soudaine audace des sangliers : « Pourquoi les sangliers se déchaînent sur les containers cette année ? C'est un mystère ! Il y a de l'herbe, il y a de l'eau, on ne comprend pas ».

S'il confirme la présence d'un prédateur, « a priori un gros mâle, plutôt urbain, il tourne entre les maisons, plusieurs habitants l'ont bien vu », il nuance le lien de cause à effet : « C'est certain que ça pèse dans le comportement des sangliers, mais cela n'explique pas tout. »

L'analyse du maire

L'analyse d'Antoine Véran est précise. C'est un sujet qu'il connaît bien. « Le loup a ennuyé les sangliers plus que de raison, donc ils se réfugient entre les maisons. Et ils traînent dans l'habitat », décrypte-t-il. Il s'inquiète de l'arrivée des portées : « ça y est les femelles ont eu leurs bébés et les sangliers s'unissent pour les protéger, donc ça va se corser pour la population, il faut éviter de s'approcher, au risque de se faire charger », dit-il. Se corser aussi avec le loup : « Il va essayer d'attraper les petits. »

Barricader les poubelles

Pour tenter de régler le problème, la commune a décidé de barricader ses points de collecte. L'enjeu est sécuritaire et sanitaire : « Les sangliers travaillent pour eux et pour le renard. Ils renversent les poubelles et c'est un animal très intelligent. Il ne renverse que les poubelles grises, pas celles du tri sélectif, sauf quand quelqu'un a mal trié et que l'animal sent de la nourriture dans le container jaune », détaille le maire. « Le sanglier mange sur place, mais le renard lui jamais, il emmène ce qu'il prend ailleurs, donc ça peut mettre des détritus partout, ça peut couvrir une grande surface », ajoute-t-il. « Un container plein ça peut faire 200 kg, si vous voyez comme ils arrivent à les envoyer en l'air », assure Antoine Véran.

Les quartiers de la piscine, du village et de L'Ordalena sont en première ligne. Les battues étant impossibles près des habitations, le louvetier intervient ponctuellement : « Il y a trois semaines, il a tué une femelle de 85 kg et, d'ailleurs, il a vu le loup aussi ». Un premier test de barrières est en cours à L'Ordalena, malgré une vraie contrainte pour les agents : « Les rippers, ça leur complique la vie, mais ils sont super, ils jouent le jeu ». Des containers de surface scellés ont été commandés. Un défi logistique pour le maire : « Ce sont des camions spéciaux qui font la récolte, il ne faut pas de câble en aérien, parce qu'ils utilisent des grues, on a trouvé un emplacement, on va faire un test ».

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Le point de vue du berger

Vincent de Sousa veille sur un troupeau de près de 200 brebis. Il est aussi agriculteur. Son quotidien est un équilibre fragile, la prédation est une menace constante, même si elle semble faire une pause. « Depuis 10 mois c'est assez calme, révèle-t-il. J'ai quelque brebis qui ont disparu, mais ça reste acceptable. » Mais le loup n'a pas quitté les collines. « En tout cas, en ce moment, ils ne mangent pas mes moutons », assure le berger de Pointe Rouge. « Ils s'attaquent à des petits ruminants chez des particuliers, ça a été le cas il y a 15 jours, trois semaines. Ce sont eux qui morflent en ce moment, moi j'ai trois chiens de protection », confie Vincent de Sousa.

Quant aux rumeurs sur la présence d'un gros mâle près du village, l'éleveur rit : « Je ne vois pas comment on peut savoir si c'est un mâle ou une femelle. Le loup est un animal extrêmement furtif. Une fois que vous l'apercevez, et déjà vous avez de la chance, le temps de cligner des yeux, il a disparu. À part s'ils copulent, je ne vois pas comment on peut en être sûr ».

Le sanglier préoccupe aussi le berger. Il se refuse cependant à lier la présence du loup à la prolifération de ces animaux. « C'est multifactoriel », jure-t-il. D'ailleurs, « cet hiver je n'avais pas de trace de loups au Férion, mais j'avais des sangliers », précise-t-il. « Il y a sûrement une incidence du loup, mais il y a aussi le fait que les sangliers pullulent dans le département. Une femelle, en 18 mois, c'est fois 10 ! Il faut ajouter à cela le fait qu'il y a une baisse de pression de la chasse, les chasseurs sont de plus en plus vieux et comme il y a de plus en plus de gens anti-chasse, ils ont peur de se faire engueuler. Et les sangliers sont trop près des maisons, ça freine les battues ».

Enfin, il dénonce une dérive : le nourrissage volontaire des animaux sauvages. « C'est strictement interdit », peste-t-il. Le sanglier n'a donc plus peur de l'humain. « Je connais une personne qui les nourrit tous les jours, s'il y avait des agents assermentés pour lui tirer un carton rouge, peut-être qui ne le ferait plus », conclut le berger.