Geoffroy de Lagasnerie, philosophe Insoumis, publie un manifeste antidémocratique
Lagasnerie publie un manifeste antidémocratique

Un philosophe Insoumis attaque frontalement les fondements démocratiques

Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et soutien de Jean-Luc Mélenchon, publie un manifeste de 200 pages intitulé L’Âme noire de la démocratie (Flammarion, 2026) dans lequel il développe une critique radicale de la démocratie et défend des positions ouvertement autoritaires. L'une des figures de la gauche radicale, habitué des amphithéâtres marxistes, y affirme sans ambages : « Oui parfois, en tant que progressistes, nous pouvons, et même nous devons être antidémocrates ».

Une remise en cause systématique de la souveraineté populaire

Dès les premières pages, Lagasnerie exprime son insupportable face au consensus démocratique. Celui qui déclarait déjà sur France Inter être « contre le paradigme du débat » et prôner le « rétablissement de la censure » franchit ici un nouveau cap. Après avoir défendu l'abolition du droit pénal et le déboulonnage de l'institution familiale dans ses précédents ouvrages, le philosophe s'attaque désormais aux bases mêmes du système démocratique.

Son appétit pour « choquer le petit‑bourgeois » semble sans limites. On imagine difficilement le tollé qu'aurait provoqué un intellectuel proche du Rassemblement national tenant des propos similaires contestant la légitimité démocratique. Pourtant, Lagasnerie cultive délibérément cette « rebellitude » qui le caractérise.

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La justice contre la démocratie : un projet épistocratique

Quel idéal propose donc l'intellectuel Insoumis ? La justice plutôt que la démocratie. Selon lui, une décision ne serait légitime que si elle est « plus juste, plus humaine, plus rationnelle, si elle intervient sur le monde pour en corriger le fonctionnement inégalitaire ». Reste la question fondamentale : qui décide de ce qui est juste ? La réponse implicite semble être : lui-même et ceux qui partagent ses convictions.

Fidèle à la tradition Insoumise, Geoffroy de Lagasnerie ressuscite l'idée d'un permis de voter, naguère proposée par Aymeric Caron. Il fait ainsi l'éloge de l'épistocratie : le vote comme droit soumis à prérequis et tests de connaissances. « Comme conduire, voter peut heurter autrui si on le fait sans compétence », affirme-t-il, se positionnant naturellement comme un expert en la matière.

Vers un ministère de la Vérité ?

Le problème des débats démocratiques, selon Lagasnerie, c'est que la droite ment plus que les autres. Il esquisse donc l'idée d'interdire les gens de droite : « Pourquoi ne pourrait‑on pas imaginer que lorsqu'un homme politique ment, invoque de faux chiffres (...), lui ou son mouvement puisse être éloigné du champ médiatique ou politique ? »

Cette proposition, qui évoque irrésistiblement le ministère de la Vérité d'Orwell dans 1984, montre à quel point l'auteur s'éloigne des principes démocratiques fondamentaux. Pourtant, Lagasnerie concède en fin d'ouvrage : « J'ai bien conscience qu'un projet critique de la démocratie peut susciter inquiétude et crainte. De quoi avoir peur ? » La réponse historique est pourtant claire : de ceux qui, de Robespierre à Staline, ont tenu des discours similaires avant d'instaurer des régimes répressifs.

Un soutien actif du parti Insoumis

Ce qui donne un poids particulier à ce pamphlet, c'est que son auteur n'est pas un simple intellectuel isolé. Geoffroy de Lagasnerie assume depuis longtemps son statut de soutien du parti de Jean-Luc Mélenchon. Le 15 janvier dernier, il était l'invité de marque du meeting de Sonia Chaouche, candidate Insoumise sur la liste de Sophia Chikirou aux municipales parisiennes.

Accompagné de ses acolytes Édouard Louis et Didier Eribon, ainsi que d'Assa Traoré, Lagasnerie a pu fustiger à loisir la « gauche domestiquée » – comprenez le Parti socialiste. Celui qui s'autoproclame détenteur de la vérité a conclu son intervention par une sentence définitive : « On ne pourra jamais se tromper en étant du côté de Sonia Chaouche et de Sophia Chikirou ».

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Le drame de cette position intellectuelle réside dans le gâchis que représente cette vivacité d'esprit mise au service de théories autoritaires plutôt qu'à la défense du peuple. Face à cette virtuosité mise au service de l'arbitraire, on ne peut que songer au conseil de Schopenhauer dans L'Art de ne pas lire : « Rappelez-vous que celui qui écrit pour des fous trouve toujours un public étendu ». La vie est effectivement trop courte pour de tels égarements antidémocratiques.