Yannick Jadot sonne l'alarme sur l'avenir des Écologistes
Invé aux Rencontres Sciences Po Bordeaux-« Sud Ouest » ce jeudi, le sénateur écologiste Yannick Jadot a lancé un appel pressant à un changement de ligne politique pour son parti. Il a qualifié la situation actuelle d'« immense gâchis » au regard des bilans positifs des maires sortants, tout en mettant en garde contre une nationalisation excessive des situations locales contrastées.
Le ressac après la vague verte de 2020
Six ans après l'élection de plusieurs maires écologistes dans des villes comme Bordeaux, Poitiers et Strasbourg, ces bastions sont tombés. « C'est un immense gâchis au regard des très bons bilans de nos maires sortants », a déclaré Jadot, tout en précisant : « Attention toutefois à ne pas nationaliser des situations locales contrastées. »
Le sénateur a rappelé qu'en 2020, l'écologie était perçue comme un projet attractif répondant à l'enjeu essentiel de la qualité de vie. « Or, depuis deux ans, son image s'est très dégradée », a-t-il constaté avec amertume.
Une ligne politique devenue confuse et illisible
Interrogé sur les raisons de cette dégradation, Yannick Jadot a pointé du doigt la confusion qui règne au sein des Écologistes. « Beaucoup considèrent que la ligne des Écologistes est devenue assez confuse, illisible et parfois complaisante à l'égard des outrances de Jean-Luc Mélenchon », a-t-il expliqué.
Il a illustré son propos en citant l'exemple de Bordeaux, où le maire Pierre Hurmic refuse l'alliance avec La France Insoumise (LFI), tandis que la direction nationale des Écologistes maintient une position beaucoup plus ambiguë vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. « Reconnaissons qu'il n'est pas facile de convaincre à l'échelle locale », a-t-il concédé.
Le sénateur a été particulièrement critique envers ce qu'il appelle « l'écologie radicale, confuse, parfois complaisante » qui, selon lui, éloigne l'électorat traditionnel du parti.
L'absence de rôle de la direction nationale
Yannick Jadot a précisé qu'il n'avait pas attaqué Johanna Rolland, la maire de Nantes, ni Grégory Doucet, celui de Lyon, pour leurs accords techniques avec LFI. « Ce qui me choque, c'est l'absence de rôle de la direction des Écologistes avec sa posture unioniste », a-t-il insisté.
Il a ajouté : « Et ce, quel que soit le discours des uns et des autres. Dès lors, pourquoi voter pour les Écologistes ? Dans notre pays, c'est l'écologie réaliste qui a toujours fait des voix. »
Un appel à changer radicalement de ligne politique
Concernant la responsabilité de la secrétaire nationale Marine Tondelier dans les défaites récentes, Jadot a refusé de lui imputer l'échec. « Ce serait trop facile. Il faut impérativement changer de ligne politique », a-t-il martelé.
Il a critiqué ce qu'il appelle « l'unionisme » qui, selon lui, crée de l'illusion et de la confusion avec les valeurs de la gauche, notamment sur des questions comme l'antisémitisme et l'Europe. « Pour exister, on ne peut pas se projeter sur la seule question de l'antifascisme, c'est un combat important, mais ça ne peut être le récit de 2027 pour la France », a-t-il affirmé.
Rejet de la primaire ouverte et appel à une nouvelle approche
Interrogé sur une éventuelle primaire ouverte à gauche, Yannick Jadot a catégoriquement rejeté cette option. « Non. C'est une paresse que de prétendre résoudre les problèmes politiques avec un processus. La primaire ne résout rien », a-t-il déclaré.
Il a proposé une approche inverse : « Commençons par une plate-forme de propositions. Partons des Français et de ce qu'ils attendent. Il nous faut un récit alternatif et mobilisateur. Et à la fin de l'été, prenons l'incarnation la plus efficace pour porter ce projet. »
L'écologie ne doit pas être « la psychothérapeute de la gauche »
Questionné sur ses propres ambitions présidentielles, le sénateur a répondu avec prudence. « Ce n'est pas ma première intention. Mais je ne me résous pas à ce que l'écologie réaliste disparaisse de la présidentielle », a-t-il affirmé, avant d'ajouter cette formule choc : « L'écologie ne doit pas être la psychothérapeute de la gauche. »
Vers une écologie du quotidien
Face au constat que l'urgence écologique a reculé dans l'opinion publique, Yannick Jadot a refusé de considérer la bataille comme perdue. « Non. Des priorités ont dépassé l'écologie, mais l'écologie ne disparaît pas », a-t-il assuré.
Il a souligné que les Français veulent plus d'action pour le climat, l'eau et l'alimentation, ce qui nécessite selon lui un changement d'approche fondamental. « L'écologie politique doit s'inscrire dans le vécu et assumer les intérêts particuliers de nos concitoyens », a-t-il plaidé.
Le sénateur a donné des exemples concrets : « Occupons-nous de la rénovation des logements, c'est du pouvoir d'achat, de la santé, du travail pour les artisans de la souveraineté énergétique et une réponse au réchauffement climatique. »
Il a conclu par cet appel à la transformation : « Il faut passer d'une écologie d'en haut, légitimement morale, à une écologie du quotidien. Assumons aussi le débat sur la sécurité, sur l'identité. »



