Yannick Jadot dresse un bilan sans concession de l'écologie politique française
Dans le cadre de son grand oral pour Sciences Po et le journal Sud Ouest, Yannick Jadot, sénateur écologiste de Paris, a procédé à un examen de conscience approfondi de l'écologie politique française. Le terme "backlash" - difficile à traduire précisément mais évoquant un contre-coup, un retour de bâton ou un ressac - décrit parfaitement la situation actuelle à laquelle est confronté le mouvement écologiste.
Le reflux après la vague verte de 2020
Après l'onde verte des élections municipales de 2020, les écologistes enchaînent les défaites électorales dans plusieurs villes symboliques : Bordeaux, Besançon, Strasbourg, Poitiers et bien d'autres. Cette série d'échecs marque un tournant brutal pour un mouvement qui semblait porté par une dynamique irrésistible il y a seulement quelques années.
Yannick Jadot, figure historique de l'écologie politique française, député européen pendant quatorze ans et candidat à l'élection présidentielle de 2022, apporte son analyse sur ce renversement de situation. Celui qui a réalisé un score historique aux européennes de 2019 avec 13,47% des voix reconnaît que l'écologie politique française traverse une période difficile.
Le réalisme contre le fondamentalisme
Le sénateur parisien se définit comme un "réalo" (réaliste), par opposition aux "fundis" (fondamentalistes), selon la terminologie empruntée aux Verts allemands. Cette distinction traverse constamment les rangs des écologistes français et constitue selon lui un clivage déterminant pour l'avenir du mouvement.
"La question morale ne suffit pas", affirme Jadot avec conviction. "On a longtemps considéré que les intérêts particuliers c'était sale. On s'est contenté d'être dans la morale. Si on ne prend pas en compte ces intérêts particuliers - se loger, les transports, le pouvoir d'achat - on perd tout le monde." Il déplore que pour ceux qui n'ont pas accès au changement, la moralisation écologiste se transforme en culpabilisation.
Sortir de l'entre-soi militant
Yannick Jadot critique vertement un discours écologiste qui se confine trop souvent à un entre-soi militant. "Le sujet ne peut pas être de flatter les militants mais de convaincre ceux qui doutent", insiste-t-il. Il met en garde contre une approche maximaliste qui voudrait tout changer immédiatement : arrêter les pesticides aujourd'hui, le nucléaire demain, régulariser les sans-papiers après-demain...
Pour le sénateur, l'écologie réaliste consiste à "embarquer la société, redonner confiance, expliciter un chemin de transformation". Il défend la nécessité des compromis : "On fait tous des compromis : en famille, au travail... Mais pour transformer une société, le truc le plus compliqué qui soit, on ne doit pas faire de compromis ?"
Les errements stratégiques à gauche
Depuis le Palais du Luxembourg, Yannick Jadot observe avec inquiétude la brutalité des débats au sein de la gauche française. Il s'étonne particulièrement de l'obsession de son mouvement à vouloir réconcilier La France insoumise et le Parti socialiste.
"Quand on ne parle que des autres, quand on devient un animateur de la gauche plus qu'un élément de recomposition, on disparaît sur le fond", analyse-t-il avec lucidité. Un message qui ne manquera pas d'interpeller Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Verts, engagée dans une stratégie de "trait d'union" à gauche.
Au-delà de l'antifascisme
Le sénateur écologiste adresse également une critique voilée à La France insoumise et son front antifasciste : "C'est une facilité de dire que le projet de la gauche c'est l'antifascisme. C'est un combat essentiel qu'il est indispensable de mener. Mais ce n'est pas un projet suffisant pour 2027."
Pour Yannick Jadot, l'enjeu crucial pour la gauche et les écologistes consiste à "construire des solutions du quotidien et un récit" qui parlent aux Français au-delà des postures idéologiques. Sans cette construction pragmatique, l'élection présidentielle de 2027 risque d'être perdue d'avance selon lui.
Le diagnostic de Yannick Jadot sonne comme un avertissement sévère pour l'écologie politique française : sans un virage vers plus de réalisme et de pragmatisme, sans une capacité à s'adresser au-delà du cercle des convaincus, le mouvement risque de s'enliser dans une marginalité politique dont il aura du mal à sortir.



