L'Italie défie la transition écologique européenne en réclamant la suspension du marché carbone ETS
Italie : Meloni veut suspendre le marché carbone ETS pour baisser les factures

Rome remet en cause la politique climatique européenne et réclame une suspension du marché carbone

Le gouvernement italien, dirigé par la Première ministre Giorgia Meloni, a lancé une nouvelle offensive contre la politique de transition écologique de l'Union européenne. Rome exige la suspension temporaire du système d'échange de quotas d'émission (ETS), un mécanisme clé qui oblige les grands pollueurs à acheter des permis pour leurs émissions de carbone.

Une demande officielle pour alléger les factures d'électricité

« L'Italie souhaite proposer la suspension du système ETS en cette période de risque de flambée des prix de l'énergie », a déclaré Giorgia Meloni lors d'une intervention publique. La cheffe du gouvernement, qui dirige le parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, a fait référence aux répercussions économiques de la guerre en Iran pour justifier cette demande radicale.

Rome « exigera avec force (sa) suspension » lors de la prochaine réunion du Conseil européen prévue dans deux semaines, a-t-elle ajouté fermement. Cette initiative représente la dernière tentative en date du gouvernement italien pour remodeler l'agenda écologique européen, particulièrement dans le domaine énergétique où les industries nationales font face à des coûts prohibitifs.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un conflit idéologique sur la transition verte

Giorgia Meloni dénonce depuis longtemps ce qu'elle qualifie de « folies écologiques » imposées par Bruxelles aux États membres. L'Italie avait déjà obtenu des concessions significatives, notamment en contribuant au report de l'interdiction historique des voitures neuves à essence et diesel initialement prévue pour 2035.

La proposition actuelle vise spécifiquement à réduire les factures énergétiques des consommateurs italiens en transférant le coût des permis d'émission de carbone des centrales électriques au gaz vers les usagers finaux. Selon le gouvernement, cette mesure permettrait de diminuer significativement les coûts, car le prix de l'électricité produite par différentes formes d'énergie, y compris les renouvelables, reste indexé sur la source la plus chère, généralement le gaz.

Des conséquences potentiellement néfastes pour les énergies vertes

De nombreux experts et analystes expriment cependant de sérieuses réserves quant aux effets réels de cette proposition. Davide Panzeri, responsable des politiques Italie-UE au sein du groupe de réflexion sur le climat ECCO, met en garde contre les « effets dissuasifs potentiels sur les investissements dans les énergies renouvelables et le stockage d'énergie en Italie ».

Les critiques soulignent que cette mesure pourrait paradoxalement récompenser les producteurs d'énergie polluante tout en réduisant les revenus des entreprises spécialisées dans les énergies vertes. Beatrice Petrovich, analyste chez Ember, explique clairement : « Une électricité abordable pour les consommateurs passe par l'accélération des technologies les moins chères, et non par des subventions aux plus coûteuses pour les rendre légèrement moins chères. »

Un contexte énergétique italien particulier

La situation énergétique de l'Italie présente des caractéristiques uniques qui éclairent cette controverse. Selon les données du groupe de recherche Ember, le gaz représentait 47% de la production d'électricité italienne en 2025, soit la part la plus élevée dans l'Union européenne après l'Irlande et Malte.

Le pays ne dispose plus d'énergie nucléaire depuis 1990, bien que le gouvernement Meloni travaille actuellement à son éventuel retour. Parallèlement, malgré les obstacles bureaucratiques persistants, le secteur des énergies renouvelables continue sa progression : en 2025, 49% de l'électricité italienne provenait de sources renouvelables, contre seulement 39% en 2015.

Une réforme européenne en préparation

Bruxelles prépare actuellement des propositions visant à réformer le marché des émissions de CO2, un système vieux de vingt ans qui nécessite des ajustements. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a cependant défendu cet outil essentiel, affirmant que seules des réductions drastiques de la consommation de combustibles fossiles permettraient d'atténuer durablement la hausse des prix de l'énergie.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le projet italien « est en contradiction avec la directive ETS et les règles du marché unique, ce qui rendra complexe toute collaboration avec la Commission à ce sujet », analyse Davide Panzeri. Il estime également que cette approche pourrait aggraver les difficultés concurrentielles de l'Italie en encourageant une dépendance accrue au gaz, principalement importé depuis l'Algérie, l'Azerbaïdjan ou les États-Unis.

Les acteurs du secteur énergétique divisés

Patrizio Donati, directeur du producteur d'électricité Terrawatt, estime quant à lui que le projet de loi pénalise clairement les énergies renouvelables. Il souligne avec conviction que la seule façon de « réduire systématiquement les prix de l'énergie » consiste à s'éloigner progressivement des combustibles fossiles plutôt qu'à subventionner leur utilisation.

Beatrice Petrovich ajoute que la proposition italienne d'indemniser les exploitants de centrales à gaz pour les permis ETS modifie dangereusement « les règles en cours de route », ce qui risque de « ralentir les investissements dans les capacités renouvelables » déjà insuffisants dans le pays.

Cette confrontation entre Rome et Bruxelles illustre les tensions croissantes au sein de l'Union européenne concernant le rythme et les modalités de la transition écologique, alors que les préoccupations économiques immédiates entrent en conflit avec les objectifs climatiques à long terme.