Un réveil difficile pour les Écologistes après les municipales
Les Écologistes se réveillent avec une gueule de bois particulièrement sévère. Après la « vague verte » de 2020, le parti de Marine Tondelier a essuyé dimanche soir des revers significatifs lors du second tour des élections municipales. Si la formation au tournesol conserve des villes comme Lyon, Tours ou Grenoble, la liste des maires sortants battus est sans appel : Strasbourg, Poitiers, Bordeaux, Besançon, et plusieurs autres bastions historiques.
« Un échec de l’écologie politique dans ses bastions municipaux », résume le politologue Jean-Yves Dormagen. Un résultat qui laisse à Yannick Jadot le « sentiment d’un immense gâchis ». Alors que se tient ce lundi soir un bureau politique des Écologistes, l’ex-candidat à la présidentielle critique vertement l’orientation prise par Marine Tondelier.
La ligne stratégique remise en cause
« La ligne stratégique portée par la direction nationale des Écologistes depuis deux ans nous a éloignés de nos électeurs », assène le sénateur, fustigeant ce qu’il appelle la « paresse de l’unionisme antifasciste ». L’ancien député européen appelle les socialistes comme les écologistes à « s’affranchir » définitivement de Jean-Luc Mélenchon.
Dans un entretien au Point, Yannick Jadot développe son analyse : « J’ai le sentiment d’un immense gâchis. Les maires battus hier soir avaient un bilan très positif. Bien sûr, chaque cas est différent, la situation de Strasbourg ou de Bordeaux diffère de celle de Poitiers ou de Besançon. Mais il est évident que ces municipales marquent un énorme recul par rapport à 2020. »
Une image dégradée et une ligne devenue illisible
Le sénateur écologiste explique ces défaites par plusieurs facteurs : « Le débat public est désormais marqué par un climat de déni sur les enjeux de climat ou de santé et d’hostilité à l’égard des écologistes. Mais au-delà, en 2020, l’écologie politique apparaissait ouverte, pragmatique, capable d’attirer et d’apporter des solutions concrètes et faire des compromis à l’échelle locale. Or, depuis 2024, notre image s’est dégradée. »
« La ligne des Écologistes est devenue illisible pour les électeurs », insiste-t-il, « focalisée non plus sur un projet porteur de solutions, mais s’obsédant sur une union des gauches aussi illusoire que complaisante. À Bordeaux, Pierre Hurmic, clair dans son rejet de LFI, a pâti de cette orientation nationale. »
La question des alliances avec LFI
Yannick Jadot estime que ces élections renforcent sa conviction qu’il faut sortir des « tambouilles de personnes et de partis » qui ont marqué ces dernières années. « En 2027, si elle veut gagner, la gauche écologiste devra s’affranchir de Jean-Luc Mélenchon », affirme-t-il catégoriquement.
Il nuance cependant son propos en reconnaissant des spécificités locales : « À Paris, Marseille ou Rennes, la gauche l’emporte sans LFI. Mais on ne peut pas nier non plus qu’à Lyon et Nantes, les accords techniques passés avec les insoumis ont permis de gagner. Le leadership insoumis est un échec patent à Toulouse ou Limoges. »
Une analyse nuancée des résultats de LFI
Concernant les succès de La France Insoumise à Roubaix, Creil, Vaulx-en-Velin ou Saint-Denis, Jadot relativise : « Il n’y a pas de percée de LFI. Ces élections nous sortent simplement de l’anomalie de 2020. Jusqu’alors, LFI et le RN ne s’occupaient guère des élections municipales. »
Il ajoute : « Si l’on regarde de près les résultats d’hier, LFI performe moins qu’aux européennes et ne s’en sort pas si bien dans les quartiers populaires. Même à Roubaix, où David Guiraud l’emporte, le taux d’abstention demeure l’un des plus élevés de France. »
Les propositions pour l’avenir
Yannick Jadot s’oppose à l’idée d’une primaire soutenue par Marine Tondelier, François Ruffin ou Olivier Faure. « La primaire n’est pas l’outil magique qui résout les problèmes politiques », estime-t-il. « Il faut d’abord un projet commun construit avec les forces vives de la société, porté par une équipe identifiée qui, plus tard, débouchera sur une candidature commune. »
Il propose une approche concrète : « Je propose que nous réfléchissions au sein de la gauche non-mélenchoniste à une équipe gouvernementale, une sorte de « shadow cabinet » qui crédibilise le projet et la méthode de gouvernement du pays. Puis, à la fin de l’été 2026, nous verrons quelle est la candidature la plus efficace électoralement pour porter cet espace politique. »
Le sénateur conclut sur une note déterminée : « Nous devons proposer un récit positif, mobilisateur, alternatif à celui du nationalisme xénophobe de l’extrême droite, et sortir de la paresse de l’unionisme antifasciste. Pour battre l’extrême droite, il faut une candidature non-mélenchoniste qui concilie social, écologie, République et Europe. Nous pouvons, nous devons gagner. »



