Pluies exceptionnelles rechargent les nappes phréatiques mais inquiètent les agriculteurs
Les records de précipitations enregistrés depuis mi-décembre en région Occitanie ont permis de recharger les nappes phréatiques dans des proportions inespérées, levant ainsi la quasi-totalité des restrictions d'eau qui pesaient sur le territoire. Cependant, cet excès de pluie durable n'est pas sans conséquences pour le secteur agricole, où l'on craint désormais des impacts sur les cultures et la prolifération de maladies.
Une recharge hydrique spectaculaire après des années de sécheresse
Les épisodes pluvieux intenses qui se sont succédé depuis décembre dernier ont transformé la situation hydrologique de l'ancienne région Languedoc-Roussillon. Dans l'Hérault, la préfète a décidé de lever toutes les restrictions relatives aux usages de l'eau sur l'ensemble du département, constatant des cumuls de précipitations trois à cinq fois supérieurs à la normale.
"Avec les fortes précipitations, les niveaux des nappes sont bien remontés par rapport à l'année 2025", explique Perrine Fleury, hydrogéologue au BRGM-Occitanie. "Globalement, nous sommes entre les niveaux haut et très haut, avec des situations favorables et humides."
Les chiffres parlent d'eux-mêmes :
- À Montpellier : 300 mm en décembre, 140 mm en janvier et déjà 40 mm en février
- À Perpignan : 255 mm en décembre et 270 mm en janvier, soit quatre fois plus que la moyenne
- À Narbonne : 105 mm en décembre, 275 mm en janvier et 25 mm en février
Henri Got, hydrogéologue catalan, se montre particulièrement optimiste : "Pour le reste, je dirais que l'on est tranquille pour l'été, la régénérescence est importante. Il fallait un ou deux mois de précipitations, c'est arrivé, on n'avait pas vu ça depuis très longtemps." Il ajoute même : "On était mal barré, on n'aurait pas pu tenir un été de plus dans ces conditions."
Des points noirs persistants malgré l'amélioration générale
Si la situation s'est considérablement améliorée dans la plupart des départements, certaines zones restent préoccupantes. Dans les Pyrénées-Orientales, malgré des précipitations exceptionnelles, tout n'est pas encore rétabli après trois années de sécheresse record.
"Les nappes se sont régénérées dans le département, les superficielles beaucoup plus que les profondes", précise Henri Got. "Mais il reste cette zone en crise du secteur des Aspres, où il n'y a pas de nappe superficielle, il faut que l'eau arrive jusqu'à la nappe profonde."
Dans l'Aude, la préfecture note que seuls deux secteurs, limitrophes de l'Hérault et des Pyrénées-Orientales, restent soumis à des restrictions. Un chiffre illustre l'ampleur des précipitations : plus de la moitié des précipitations annuelles moyennes sont déjà tombées au 9 février dans ce département.
Les agriculteurs face à de nouveaux défis
Si la recharge des nappes phréatiques constitue une excellente nouvelle après des années de sécheresse, l'excès durable de précipitations n'est pas sans risques pour le secteur agricole. Les parcelles gorgées d'eau rendent impossible l'entretien nécessaire des cultures.
"Le plus gros problème actuellement c'est l'impossibilité de rentrer dans des parcelles gorgées d'eau pour effectuer les entretiens", explique Christel Chevrier, cheffe de service production végétale à la chambre d'agriculture d'Occitanie. "Cela risque de retarder les traitements pour les cultures fruitières, la taille ou le paillage pour les asperges."
Les principales inquiétudes des agriculteurs se concentrent sur plusieurs points :
- Le développement de maladies favorisées par l'humidité, particulièrement sur les oliviers et les arbres à noyaux
- La prolifération de ravageurs comme les chenilles mangeuses de bourgeons et les escargots
- Le développement des champignons dans les parcelles saturées d'eau
- Un démarrage précoce de la pousse des végétaux dû à la douceur excessive, avec risque de gel printanier
Pierre Collin, viticulteur et référent climat et végétation à la chambre régionale d'agriculture, confirme : "On observe déjà des montées de sève sur certaines vignes. Si ça devait débourrer tôt, on s'exposerait en effet à un épisode de gel printanier."
Un appel à la responsabilité collective
Malgré cette amélioration spectaculaire de la situation hydrique, les autorités rappellent la nécessité de maintenir des comportements responsables. La préfecture des Pyrénées-Orientales insiste : "Tout le monde est appelé à continuer d'adopter un comportement responsable et économe en matière d'utilisation de l'eau."
Cette période de fortes précipitations, bien que bénéfique pour les réserves en eau, souligne également les défis posés par le dérèglement climatique. Les extrêmes météorologiques - de la sécheresse record à des pluies diluviennes - mettent en lumière la nécessité d'une adaptation constante des pratiques agricoles et d'une gestion raisonnée des ressources en eau.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l'impact réel de ces précipitations exceptionnelles sur l'ensemble de la région, alors que de nouvelles pluies sont annoncées et que les températures devraient baisser en fin de semaine.