Crise de l'eau en Sud-Gironde : plus de 10 000 habitants privés d'eau potable après les intempéries
Crise de l'eau en Sud-Gironde : 10 000 habitants touchés

Crise de l'eau en Sud-Gironde : plus de 10 000 habitants privés d'eau potable après les intempéries

Les récentes intempéries qui ont frappé le Sud-Gironde ont laissé des séquelles bien au-delà des inondations et des dégâts matériels. Après les arbres abattus, les routes impraticables, les coupures de courant et les pannes de réseau téléphonique, c'est désormais l'accès à l'eau potable qui préoccupe les autorités et les populations locales. De nombreuses communes sont confrontées à des coupures d'eau ou à une eau déclarée impropre à la consommation, affectant directement plus de 10 000 habitants.

Une contamination bactériologique détectée

Dans un communiqué conjoint publié mardi 17 février, la préfecture de la Gironde et l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine ont tiré la sonnette d'alarme. Les fortes intempéries ont gravement impacté les installations du Syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable de Verdelais. Les analyses des eaux ont révélé des résultats « supérieurs aux limites de référence de qualité », indiquant une turbidité anormale et un risque de contamination, notamment bactériologique.

« L'intrusion dans le réseau d'eau potable d'eau parasite, associée à des valeurs de turbidité non conformes (eau trouble), engendre un risque de contamination, notamment bactériologique, de l'eau distribuée », a précisé l'ARS, mettant en garde contre de possibles troubles digestifs en cas d'ingestion. Cette situation a conduit le préfet de la Gironde à prendre un arrêté limitant strictement les usages de l'eau pour les 6 063 habitants dépendant des trois points de captage du syndicat.

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Des restrictions d'usage étendues

Les habitants des zones concernées sont invités à ne pas consommer l'eau du robinet, que ce soit pour boire, cuisiner, se brosser les dents ou la toilette des nourrissons. La population a été alertée par SMS de la Sogedo, l'exploitant, qui travaille en collaboration avec l'ARS pour rétablir la qualité de l'eau. Cependant, le problème ne se limite pas à Verdelais.

Dans le secteur géré par le Syndicat intercommunal de l'alimentation en eau potable et d'assainissement (Siaepa) de Caudrot, qui concerne 5 867 habitants, des « dépassements historiques de fluorures » ont été enregistrés sur le seul forage encore opérationnel. Une recommandation de non-consommation a été émise pour les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes sensibles.

Les communes touchées par les restrictions se répartissent en deux catégories :

  • Recommandation de non-consommation (pour les publics vulnérables) : Casseuil, Caudrot, Le Pian-sur-Garonne, Saint-André-du-Bois, Saint-Laurent-du-Bois, Saint-Laurent-du-Plan, Saint-Martial, Saint-Martin-de-Sescas, Saint-Pierre-d'Aurillac, Sainte-Foy-la-Longue.
  • Interdiction totale de consommation : Gabarnac, Loupiac, Monprimblanc, Saint-Croix-du-Mont, Saint-Maixant, Semens et Verdelais.

Heureusement, Langon et Saint-Macaire, dont les forages ont également été impactés, ont pu mettre en place des solutions alternatives et ne sont pas soumis à des restrictions d'usage pour le moment, bien que des analyses soient en cours.

Les mairies organisent la distribution d'eau

Face à cette crise, les mairies des villages concernés se sont mobilisées pour organiser des distributions d'eau. À Langon, par exemple, près de 1 000 foyers du centre-ville sont privés d'eau courante depuis lundi 16 février en raison de la rupture d'une canalisation liée aux inondations. À l'arrière de la mairie, des agents municipaux assurent une permanence de distribution.

« 150 foyers ont été fournis depuis hier soir », ont-elles indiqué mardi après-midi, devant des dizaines de packs d'eau empilés, généreusement offerts par l'entreprise U Logistique de Langon. Les habitants défilent pour récupérer cette denrée essentielle, tandis que les élus recensent les personnes dans l'incapacité de se déplacer pour leur livrer l'eau directement.

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Les témoignages des résidents illustrent les difficultés du quotidien. Léa Laffargue, habitante du centre-ville, explique : « Pour me doucher, je vais chez ma mère. C'est pour les toilettes que c'est compliqué. » Ilona Saint-Marc, qui a récupéré un pack pour sa famille, s'interroge : « Pour faire la vaisselle, boire, manger, se laver… On fait comment ? »

Les pompiers livrent l'eau en bateau

La situation est particulièrement critique pour les habitants frappés par la double peine : privés d'eau courante et confrontés aux inondations de la Garonne dans leurs logements. Les sapeurs-pompiers de Langon ont mis en place un système de livraison en bateau pour atteindre les personnes isolées par les eaux.

Debout sur une barque à fond plat, l'adjudant-chef Sébastien Huguet interpelle les habitants depuis les fenêtres du premier étage : « Vous avez besoin d'eau ? » Les secours acheminent directement les packs d'eau à l'étage, s'engouffrant parfois dans l'eau jusqu'à la taille pour passer les portes submergées. « S'il faut faire Uber on le fera », plaisante un pompier, soulignant leur détermination à venir en aide à la population.

Une pénurie d'eau en bouteille dans les commerces

Les annonces d'eau impropre à la consommation dans les communes avoisinantes ont créé un mouvement de panique dans les rayons. Au Carrefour City du centre-ville de Langon, les stocks de packs d'eau ont pratiquement disparu. « On a écoulé deux palettes depuis lundi soir, alors qu'une palette tient la semaine en temps normal », constatent les gérants. Le magasin ne devrait pas être réapprovisionné avant vendredi, aggravant les difficultés d'accès à l'eau potable.

La Ville de Langon, quant à elle, ignorait encore mardi soir quand la situation pourrait être rétablie. L'ARS poursuit ses suivis analytiques sur l'ensemble des secteurs touchés, mais le retour à la normale semble encore incertain. Cette crise met en lumière la vulnérabilité des infrastructures face aux événements climatiques extrêmes et l'importance d'une réponse coordonnée des services publics pour protéger la santé des populations.