Thèse sur le Smicval : la réforme des déchets révèle des inégalités sociales
Smicval : la thèse qui révèle les inégalités derrière la réforme des déchets

Une thèse de sociologie sur la réforme controversée du Smicval

Après cinq années de recherches approfondies, Maxence Mautray, doctorant au centre Émile-Durkheim de l'Université de Bordeaux, finalise sa thèse consacrée à la politique zéro déchet du Syndicat mixte de collecte et de valorisation des déchets du Libournais et de la Haute Gironde (Smicval). Ce travail académique intervient dans un contexte particulièrement tendu, alors que la collectivité fait face à une fronde d'usagers opposés à la suppression de la collecte en porte-à-porte au profit de points d'apport collectifs. Ce conflit pourrait même déboucher sur une procédure devant le tribunal administratif.

Les déchets comme révélateur d'inégalités sociales

Maxence Mautray explique son choix de sujet : « J'ai toujours eu un intérêt pour les questions des gestes, des routines, des choses un petit peu quotidiennes. En sociologie, ce sont des thématiques moins explorées que les moments un peu chauds comme les mouvements sociaux. Avec le Smicval, je me suis demandé comment enclencher un changement de comportement qui mène à la réduction des déchets. »

La première conclusion de sa recherche est sans appel : les déchets constituent un formidable révélateur d'inégalités sociales. « Quand on met en place une politique incitative de réduction des déchets avec une tarification en fonction de la quantité produite, on demande aux gens de modifier leurs pratiques quotidiennes. Cela vient se heurter à des inégalités déjà présentes : le pouvoir d'achat, la mobilité, la répartition genrée des tâches ménagères... » précise le sociologue.

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Il illustre son propos : « Dans un foyer, ce sont plutôt les mères qui ont la responsabilité de l'éducation des enfants. Avec la collecte des déchets, on peut amplifier un petit peu la charge mentale. »

Le sentiment d'injustice et la contestation citoyenne

Le deuxième axe de la thèse concerne l'émergence d'un sentiment d'injustice profond parmi les usagers. Maxence Mautray a observé la formation d'associations de riverains où certains évoquent une « écologie punitive », reprenant ainsi des discours politiques émergents.

« Le discours des opposants remet en question la probité du service public », analyse le chercheur. « On entend des phrases comme : 'On n'a pas voté pour eux, ils ne sont pas légitimes.' Une sorte de distance démocratique est apparue. Certains opposent un contre-récit à celui du Smicval, s'appuyant sur le bon sens de l'expérience personnelle contre ce qu'ils perçoivent comme des discours moralisateurs. »

La polémique sur la tarification « pollueur-payeur »

La question de la tarification constitue un point particulièrement conflictuel. Le Smicval applique le principe du pollueur-payeur, où les ménages paient en fonction du volume de déchets produits. Mais cette approche suscite des interrogations légitimes.

« Les usagers se demandent s'ils paient vraiment à la mesure de leur pollution », explique Maxence Mautray. « Certains estiment que d'autres acteurs, comme les entreprises, contribuent davantage au changement climatique et à la production de déchets. »

Les effets pervers d'une réforme nécessaire

Le doctorant tire un bilan nuancé de la réforme engagée par le Smicval : « Quand on sanctionne ou 'responsabilise' les ménages en les incitant à réduire leur facture, ce qu'on vient sanctionner, c'est plutôt leur mode de vie, leurs conditions de vie à l'échelle globale, alors qu'on veut que ça soit une politique à l'échelle individuelle. Cela génère un sentiment d'injustice vis-à-vis du régime de gouvernance. »

Il souligne également le dilemme institutionnel : « Le Smicval est un peu pris en étau, avec des lois contraignantes pour les collectivités, sans leur donner tous les moyens de s'adapter à leur population, par une tarification sociale par exemple. »

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Malgré ces difficultés, Maxence Mautray reconnaît l'efficacité progressive de la réforme : « Il y a des formes d'effets pervers, mais cette réforme est quand même assez efficace. Petit à petit, les gens se mettent au diapason. La question, c'est toujours celle de l'équilibre entre responsabiliser et inciter, sans qu'il y ait un rejet total de la part de la population. »

Une transformation qui prendra du temps

Pour l'avenir, le sociologue anticipe des évolutions à différentes échelles temporelles : « Concernant le sentiment d'injustice, je dirais que c'est une question d'années. Mais il faudra peut-être des dizaines d'années pour les inégalités, puisqu'il faudra décloisonner les politiques publiques. La question des déchets est liée à bien d'autres aspects de la vie quotidienne : consommation, mobilité, habitat ou encore accès aux services publics. »

Cette thèse universitaire offre ainsi une analyse sociologique précieuse d'une transition écologique concrète, mettant en lumière les tensions entre impératifs environnementaux et réalités sociales, entre politiques publiques et vécus citoyens.