La propreté urbaine, symbole de la gouvernance municipale
La gestion complexe des déchets et la propreté des espaces publics alimentent les débats depuis le début du mandat municipal à Bordeaux. Sur ce sujet sensible, presque tous les candidats aux prochaines élections défendent des propositions concrètes. La propreté est-elle devenue le critère ultime pour juger de la tenue d'une ville ?
Maxence Mautray, doctorant en sociologie, expose cette thèse dans un article publié par « Sud Ouest » le 19 février : « Dire qu'une ville est propre ou sale, c'est souvent porter une appréciation globale sur la capacité du maire à gouverner, à faire respecter des règles et à garantir un cadre de vie jugé acceptable. La propreté symbolise le pragmatisme et la proximité. Les réactions immédiates des citoyens et des opposants confirment qu'il s'agit d'une attente prioritaire. »
L'opposition fait de la propreté son angle d'attaque principal
À Bordeaux, l'opposition a érigé la propreté en principal cheval de bataille depuis le début du mandat. « La ville est sale », entend-on régulièrement lors des séances du conseil municipal. Pierre Hurmic, le maire sortant, rétorque : « On nettoie chaque jour 240 kilomètres de rues, c'est comme si on nettoyait tous les jours l'autoroute entre Bordeaux et Toulouse. » Il ajoute que, « en matière de propreté, on n'en fait jamais assez ».
Les services de propreté ramassent quotidiennement 34 tonnes de déchets. Dans ce domaine, tous les candidats présentent des propositions spécifiques pour améliorer la situation.
Les propositions des candidats pour une ville plus propre
Pierre Hurmic : investissements massifs et recycleries mobiles
Le maire sortant met en avant les efforts financiers considérables consentis : « Jamais la Ville n'a autant investi pour la propreté des rues, avec une hausse de 55 % du budget propreté, de 4,4 millions d'euros en 2020 à 6,8 en 2026. On a recruté 12 agents supplémentaires, ils sont 240 aujourd'hui. On a créé une brigade contre les incivilités, les 20 rendez-vous mensuels des centres de recyclage mobiles, les 900 bornes de collecte des biodéchets. »
Son programme électoral prévoit :
- Le renforcement des équipes de propreté
- Le doublement des effectifs de la brigade anti-incivilités
- Des référents propreté dans chaque quartier
- Le développement des recycleries mobiles
Ce dernier dispositif, implanté dans l'hypercentre depuis 2023, propose un centre de recyclage mobile chaque mercredi où les habitants peuvent apporter et prendre gratuitement vêtements, appareils ménagers et objets divers. « Cela rencontre un gros succès, on fera une opération recyclerie mobile par mois dans chacun des 30 quartiers », affirme Pierre Hurmic.
Thomas Cazenave : une force d'intervention rapide et l'intelligence artificielle
Le député Renaissance, à la tête d'une liste de centre droit, annonce la création d'une « force d'intervention rapide » pour traiter sans délai les urgences et les points noirs. Sa colistière Anne Fahmy précise : « On ira beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. »
Thomas Cazenave souhaite également :
- Une équipe propreté par quartier, « connue des habitants »
- Le renforcement de la brigade anti-incivilités, qui passerait à 15 ou 20 agents présents dans tous les quartiers
- Une brigade mixte incluant la police municipale
Anne Fahmy ajoute : « Autre grand axe pour nous, les poubelles dans l'espace public. Elles sont de moins en moins nombreuses, il faut en remettre et y associer de l'intelligence artificielle. » Une poubelle pleine se signalerait ainsi automatiquement aux services. Le candidat propose également d'utiliser la méthode du « nudge », avec par exemple la pose d'un grand miroir dans une zone de dépôt sauvage pour faire prendre conscience du mauvais geste.
Philippe Dessertine : la logique de tolérance zéro
L'économiste libéral, qui conduit une liste citoyenne, veut « retrouver une ville propre et belle, dans une logique de tolérance zéro : on ne doit plus avoir, dans aucun quartier, des poubelles qui restent une semaine dans la rue, des encombrants, etc. »
Son dispositif s'appuierait sur le maire de quartier pour favoriser la proximité. « On va devoir renégocier avec la Métropole pour réaffecter les moyens sur chaque territoire », ajoute-t-il.
Philippe Dessertine défend aussi :
- Une brigade « en lien avec les maires de quartier, qui peut agir très vite »
- Une opération coup de poing par mois avec nettoyage complet d'une rue en associant les habitants
- La lutte contre les tags qui enlaidissent la ville
- L'utilisation d'eau non potable pour le nettoyage des espaces publics
Nordine Raymond : priorité à la gestion publique
Le candidat LFI évoque, comme ses concurrents, une « brigade d'intervention capable d'aller vite sur les points noirs ou les problèmes d'encombrants ». Pour lui, la propreté commence par les déchets : « les poubelles qui débordent dans les rues, les bâtiments collectifs où il n'y a pas assez de locaux poubelles. Nous voulons créer une charte incitant à les créer avec les propriétaires et les syndics. »
Nordine Raymond propose également :
- La réduction des déchets en s'appuyant sur les réseaux de solidarité et les commerces proposant du vrac sans emballage
- Faire de la propreté un sujet central dans les conseils de quartier
- Assurer le service à 100 % en régie publique, alors qu'une partie de la collecte est actuellement confiée à des sociétés privées
Julie Rechagneux : plus de points de collecte et lutte contre les nuisibles
La candidate RN estime que « la situation s'est dégradée partout sous le mandat de Pierre Hurmic ». Elle annonce « un service de propreté efficace, réactif et visible dans tous les quartiers. La lutte contre les nuisibles et les dépôts illégaux sera une priorité clairement assumée. »
Dans le centre ancien, elle propose de créer des points de collecte pour libérer les halls d'immeubles trop étroits. Julie Rechagneux souhaite également transformer les microforêts, qu'elle juge sources de nuisances, en squares. « Lorsqu'elles ont amené la suppression de places de stationnement, on étudiera la possibilité de les remettre. »
Un enjeu qui dépasse la simple gestion technique
La propreté urbaine apparaît ainsi comme un enjeu politique majeur à Bordeaux, dépassant largement la simple question technique de la gestion des déchets. Elle symbolise la capacité des élus à répondre aux attentes des citoyens en matière de cadre de vie et de gouvernance locale. Les propositions des différents candidats reflètent cette dimension symbolique, chacun cherchant à démontrer sa capacité à rendre la ville plus propre et plus agréable à vivre.
Au-delà des chiffres et des dispositifs techniques, c'est la relation entre les habitants et leur environnement urbain qui est en jeu. La propreté devient ainsi un marqueur politique fort, révélateur des priorités et des valeurs défendues par chaque candidat dans cette campagne municipale.



