Landes : la fin du compostage contraint les syndicats à l'incinération massive dès 2026
Landes : fin du compostage, incinération massive dès 2026

Une révolution dans la gestion des déchets landais

Une page se tourne dans la gestion des déchets des Landes. L'évolution des règles d'épandage du compost, issue de la loi sur la Transition écologique de 2015 et de la loi Agec de 2020, contraint les syndicats de collecte à revoir complètement leurs stratégies. Dès le 1er novembre 2026, le Sictom du Marsan devra envoyer toutes ses ordures ménagères à l'incinérateur de Pontenx-les-Forges, marquant la fin d'une époque de valorisation organique.

La fin programmée du compostage traditionnel

« Le décret est en suspens, mais on sait que notre compost ne pourra plus revenir au sol à partir du 1er janvier 2027 », déplore amèrement Jean-Paul Alyre, président du Sictom du Marsan. Cette évolution réglementaire, elle-même héritée de directives européennes, rend obsolète le système de traitement actuel qui sépare les matières fermentescibles du reste des déchets.

L'usine de Saint-Perdon, lancée en 2013 et qui traite les ordures de 88 000 usagers, ne répondra plus aux normes devenues « inaccessibles » selon Julie Morant, sa directrice. Le contrat d'exploitation avec Paprec prenant fin le 31 octobre 2026, la décision a été prise de fermer cette installation tout juste amortie et de rediriger tous les déchets vers l'incinérateur du Sivom du Born à Pontenx-les-Forges.

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Des conséquences logistiques et financières majeures

Le changement de méthode aura des impacts considérables :

  • Le Sictom du Marsan passera de 7 200 tonnes de compost et 8 000 tonnes de refus de tri en 2025 à 17 000 tonnes d'ordures ménagères annuelles à incinérer
  • Trois camions par jour prendront la direction du Nord des Landes, contre six tours hebdomadaires actuellement
  • Les coûts de traitement explosent, avec des contrats renouvelés à des tarifs parfois doublés

Éric Soulès, président du Sivom du Born, relativise cependant : « Géographiquement, que les déchets du département soient traités dans le département, c'est cohérent. De plus, cela va nous permettre d'optimiser la combustion de notre four ».

Une situation similaire pour le Sietom de Chalosse

Plus au sud, le Sietom de Chalosse subit les mêmes difficultés, mais avec un délai supplémentaire. « On a toujours notre centre d'enfouissement à Caupenne qui n'est pas plein et une autorisation d'exploiter jusqu'à fin 2030 », explique Étienne Davaud, directeur général des services. Cependant, le mur du changement se rapproche : « dans trois ou quatre ans, et dans le monde du déchet, c'est très peu ».

À terme, les déchets du Sietom pourraient également être redirigés vers l'incinérateur du Sitcom Côte sud des Landes à Bénesse-Maremne. Thomas Vachey, son directeur, confirme cette piste : « On a la place dans notre unité de valorisation énergétique et l'envie de s'entraider entre Landais ».

L'impératif de réduction des tonnages

Face à cette situation, tous les syndicats s'accordent sur la nécessité de réduire les tonnages d'ordures ménagères par un meilleur tri. « Avec un bon tri, on aurait moitié moins d'ordures ménagères », constate Jean-Paul Alyre, soulignant la présence excessive d'emballages, biodéchets, verre et textile dans les poubelles noires.

Le Sietom de Chalosse mise notamment sur la tarification incitative pour réduire sa production à moins de 12 000 tonnes d'ici trois ans, devenant ainsi le seul syndicat du département à emprunter cette voie pour l'instant.

L'explosion des coûts et des contraintes réglementaires

La facture pour les usagers s'alourdit considérablement, avec plusieurs mécanismes à l'œuvre :

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  1. Les coûts d'exploitation augmentent avec les charges et mises aux normes
  2. Les contrats sont renouvelés à des tarifs parfois doublés (de 85 à 161 euros HT la tonne au Sivom du Born)
  3. Les taxes environnementales pèsent de plus en plus lourd

Thomas Vachey résume la situation : « Les réglementations évoluent, c'est une bonne chose, notamment sur nos impacts environnementaux. Mais cette excellence a un prix, et il faut être capable de l'assumer ». Les syndicats doivent également composer avec des facteurs exogènes comme la possible application de la taxe carbone sur les rejets atmosphériques ou la hausse programmée de la taxe générale sur les activités polluantes.

Cette dernière pourrait coûter près de 500 000 euros supplémentaires au Sitcom Côte sud pour le traitement de ses 91 000 tonnes annuelles. Pour l'enfouissement, la taxe passera de 65 euros la tonne en 2025 à 85 euros en 2030.

La recherche de synergies entre structures publiques

Face à ces défis, la coopération entre syndicats landais apparaît comme une nécessité. « C'est tout l'enjeu et la difficulté de la gestion des déchets, d'où l'intérêt des synergies entre structures publiques », insiste Thomas Vachey. Cette mutualisation des moyens et des infrastructures pourrait permettre de maintenir une certaine autonomie départementale dans la gestion des déchets, face à des opérateurs privés pour qui ces évolutions représentent une manne financière.

La transition vers de nouveaux modes de traitement s'annonce donc complexe, coûteuse et nécessitant une adaptation rapide de tous les acteurs, des collectivités aux usagers, dans un contexte réglementaire de plus en plus exigeant.