Gironde : Une alliance historique pour un traitement unique des déchets à partir de 2028
Gironde : Alliance historique pour les déchets dès 2028

Une alliance départementale historique pour la gestion des déchets en Gironde

À compter de 2028, les deux usines d'incinération de Cenon et Bègles accueilleront les ordures ménagères de toutes les communes du département de la Gironde au même tarif. Ce système innovant ne pourra toutefois être viable que si les habitants parviennent à réduire significativement leur production de déchets. « Le moment est historique » a déclaré, ce 5 mars, Christine Bost, présidente (PS) de Bordeaux Métropole.

La création d'Alliance Déchets 33 : une réponse à un défi complexe

Pour traiter les déchets non recyclables, l'ensemble des territoires de la Gironde – incluant le Blayais, le Bassin, le Libournais, la Sud-Gironde, l'agglomération de Bordeaux et le Médoc – viennent de fonder une structure unique : Alliance Déchets 33. Cette entité est placée sous la coprésidence de Christine Bost et de Jean-François Auby, président du syndicat intercommunal Semoctom. L'objectif fondamental est d'assurer la continuité du traitement des ordures ménagères des habitants dans un avenir proche.

La stratégie de cette alliance départementale repose sur l'utilisation des deux incinérateurs vieillissants de la métropole bordelaise, désormais accessibles à toutes les communes girondines. Comme le souligne Jean-François Auby : « Juridiquement, politiquement et financièrement, le dossier était complexe. »

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Un prix unique pour l'incinération face à la fin programmée de l'enfouissement

L'enfouissement des déchets perd rapidement du terrain. L'Union européenne a fixé un objectif ambitieux pour 2035 : pas plus de 10 % des déchets municipaux devront être mis en décharge. La taxe générale sur les activités polluantes pour chaque tonne enterrée a plus que doublé et continue d'augmenter au Centre d'enfouissement technique de Lapouyade, situé dans le Libournais. En conséquence, les communes rurales sont contraintes de réorienter leurs déchets ménagers non recyclables vers les incinérateurs.

Les deux incinérateurs girondins, situés à Cenon et Bègles, étaient jusqu'à présent financés par les communes de la métropole de Bordeaux. En 2019, les élus de l'agglomération avaient négocié avec Veolia, l'exploitant des installations, un prix de traitement plus avantageux pour leurs habitants que celui appliqué aux communes rurales. « Ce choix favorisait la Métropole au détriment des autres communes », rappelle Christine Bost, qui a hérité de ce système avec la nouvelle majorité de Bordeaux Métropole en 2020.

À partir de 2028, Alliance Déchets 33 s'engage à instaurer un prix unique par tonne incinérée pour tous ses membres. Cette mesure entraînera une diminution de la facture pour certains territoires et une augmentation pour d'autres, comme le reconnaissent Mme Bost et M. Auby.

Une gouvernance départementale inédite et partagée

La naissance du « groupement d'autorités concédantes » Alliance Déchets 33 introduit un nouveau mode de gouvernance. Il réunit Bordeaux Métropole et la SPL Unitom 33, une société publique locale présidée par Jean-François Auby qui regroupe les 13 structures intercommunales de Gironde (hors agglomération) en charge des déchets sur leurs territoires respectifs.

La création de cette entité a nécessité des discussions prolongées. Christine Bost assure que les prochaines élections locales ne compromettront pas la pérennité de l'Alliance : « Tout est sur les rails, le travail pourra être continué […] Celui qui se risquerait à vouloir revenir en arrière se ferait lapider ».

Des infrastructures coûteuses confiées au secteur privé

Bordeaux Métropole conservera la responsabilité de la contractualisation des délégations de service public pour le traitement des déchets, actuellement assuré par la multinationale Veolia. Ces contrats seront renouvelés en 2028. Bien que Unitom n'apposera pas sa signature sur les contrats, elle « sera partie prenante de toutes les décisions », comme convenu au sein de l'Alliance Déchets 33.

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Les prix facturés aux usagers seront communiqués ultérieurement, mais il est d'ores et déjà certain que des investissements massifs seront nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des incinérateurs. « Les opérations de travaux identifiées sont estimées entre 15 et 34 millions d'euros de 2028 à 2035 », indique la Métropole. Des travaux structurants à plus long terme seront également requis au-delà de 2035-2040, notamment pour le site de Cenon qui atteindra ses 50 ans en 2035, l'âge maximum pour une usine d'incinération.

Les collectivités continueront de faire appel au secteur privé, excluant toute régie publique : « C'est un métier qu'on ne sait pas faire », tranche Christine Bost.

Une capacité de traitement inférieure aux besoins réels

« Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas », rappelle la présidente de Bordeaux Métropole. Sur ce point, les habitants devront impérativement adopter des comportements plus vertueux en matière de production de déchets non recyclables. Le centre d'enfouissement de Lapouyade a accueilli environ 350 000 tonnes de déchets en 2024, tandis que la capacité des incinérateurs était de 375 000 tonnes la même année. À l'échelle départementale, les besoins de traitement des déchets résiduels s'élèvent à environ 525 000 tonnes, nécessitant une gestion rigoureuse du surplus.