Dordogne : une usine de tri ultramoderne à la pointe de l'intelligence artificielle
Le Syndicat Mixte Départemental des Déchets de la Dordogne (SMD3) a officiellement remis les clés de sa toute nouvelle usine de tri à l'entreprise Paprec, située à Coulounieix-Chamiers. Ce site flambant neuf, décrit comme un « site vitrine » de ce qui se fait de mieux en France, est destiné à traiter l'ensemble des déchets recyclables du département. Sa capacité annuelle, considérablement augmentée grâce à une automatisation poussée, pourra atteindre 45 000 tonnes.
Un investissement de 50 millions d'euros pour une révolution du tri
La construction de cette usine de près de 6 800 m² a débuté en 2024 et les délais ont été tenus, malgré un dépassement budgétaire de 2 millions d'euros, portant l'investissement total à 50 millions. Ce projet, financé par un prêt de 40 millions de la Banque des Territoires et les fonds propres du syndicat, remplace deux anciens centres : celui voisin, trois fois moins rapide, et celui de Marcillac-Saint-Quentin, fermé en janvier.
« D'ici quelques jours, ça va tourner à fond. On va traiter 45 000 tonnes de déchets par an ici », se félicite Pascal Protano, président du SMD3. Ignacio Arroyo, directeur régional de Paprec, l'entreprise qui a remporté ce marché public de 50 millions sur cinq ans, renchérit : « C'est un site vitrine, ce qui se fait de mieux en France. » Les deux partenaires visent une vitesse de croisière de 15 tonnes à l'heure.
L'intelligence artificielle au cœur du processus automatisé
L'usine représente une avancée technologique majeure. Les déchets, environ 800 tonnes arrivant chaque semaine de toute la Dordogne, sont d'abord déposés dans quatre grandes alvéoles de béton d'une capacité de 200 tonnes chacune. Le processus de tri est ensuite hautement automatisé.
Damien Palem, directeur des installations techniques au SMD3, détaille : « On sépare d'abord les déchets de plus et de moins de 30 cm. Puis le cribleur balistique trie les corps creux et les corps plats. » Quatorze trieurs optiques, pilotés par intelligence artificielle, prennent le relais. Ils identifient la matière et la couleur des objets avant de les expulser vers la bonne goulotte, avec une performance équivalente à 700 gestes humains par minute.
Ce système permet un classement de plus en plus fin en quatre familles :
- Carton-papier
- Plastique
- Fer
- Aluminium
Une nouveauté : les capsules de café en aluminium peuvent désormais être jetées dans le bac jaune, à condition que les déchets soient présentés en vrac, vidés mais non lavés, et surtout ni emboîtés ni compactés.
Amélioration radicale des conditions de travail pour les agents
En bout de chaîne, dans une cabine où le volume sonore est réduit, seize « agents valoristes » parachèvent le travail en éliminant manuellement les indésirables. « Il y a beaucoup moins de gestes de tri », insiste Ignacio Arroyo. Pascal Protano ajoute : « Les conditions de travail ont totalement changé, en mieux. »
Dirigé par Alexandre Badoc, le site emploie au total une soixantaine de personnes, avec deux équipes s'activant de 4 heures à 20 heures. Les matières triées et valorisables sont compressées en balles pour être revendues à des opérateurs privés, tandis que les rebuts non valorisables sont envoyés pour incinération en Corrèze.
Un financement assuré par la redevance incitative
Pascal Protano a tenu à rappeler, face à certains collectifs d'opposants, que le financement de cette infrastructure repose entièrement sur la redevance incitative payée par les usagers. « On n'a pas d'autre recette que la redevance incitative. Les usagers sont persuadés qu'elle ne paye que le sac noir, mais elle paye tout, le sac jaune, la déchetterie… Elle paye ce qu'on a construit ici », a-t-il martelé.
Dans un département où chaque habitant produit environ 104 kg de déchets recyclables par an, et où 75 000 tonnes finissent encore à l'enfouissement, cette nouvelle usine représente un pas significatif vers une gestion plus performante et durable des déchets. Le SMD3 envisage même des échanges avec les départements voisins comme le Lot-et-Garonne pour y traiter une partie de leurs déchets.



