La vendange 2026 dans le Var s'annonce comme la plus précoce jamais enregistrée, avec des débuts dès le 6 août dans le secteur de Cuers-Pierrefeu, et une généralisation des vendanges de nuit pour préserver la fraîcheur du raisin face aux canicules répétées. Les vignerons constatent une récolte abondante, mais aussi des pertes localisées et des défis logistiques inédits.
Une précocité historique et une récolte abondante
Les canicules à répétition depuis fin mai et la sécheresse continue ont déclenché une vendange 2026 historique. « C'est l'année la plus précoce que les vignerons ont connue avec une semaine d'avance par rapport à 2025, qui était déjà une année précoce », assure Nicolas Garcia, directeur du Syndicat des vins Côtes de Provence. Les premiers à vendanger dans le département ont été les vignerons du secteur de Cuers – Pierrefeu, dès le 6 août. « Globalement, entre le 10 et le 17 août, tout le monde s'est mis à l'ouvrage », précise-t-il.
Même les vignerons de la Sainte-Victoire, habituellement les derniers, ont commencé tôt. « On a commencé le 17 août, c'est un truc de fou, n'en revient pas Sylvain Audemard, président de la Chambre d'agriculture du Var et viticulteur à Besse-sur-Issole. D'habitude, on vendange entre le 10 et 15 septembre et l'an dernier on avait déjà commencé une semaine plus tôt, le 8 septembre. Les vendanges sont en avance depuis trente ans, mais cette année, c'est du jamais vu ! »
Grâce à un hiver pluvieux et un printemps chaud, la récolte 2026 est abondante. « L'ensemble des vignerons a bien compris qu'il fallait être réactif, ouvrir les caves et réceptionner les premières grappes le plus tôt possible », se félicite Eric Pastorino, président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP).
La vendange de nuit, un gage de fraîcheur et d'économie
Pour la quasi-totalité des vignerons de l'AOC Côtes de Provence, la vendange s'effectue de nuit, à la lumière des phares des machines à vendanger (90 % de la production). « Il n'y a plus de chantier après 10 heures, ce n'est pas tenable », indique Eric Pastorino. Au-delà de la protection des travailleurs, l'enjeu majeur est de conserver la fraîcheur du raisin.
« Cela fait près de 25 ans que l'on vendange la nuit pour contrer la chaleur qui gomme l'acidité. À 10h, il fait déjà plus de 30 degrés, l'oxydation arrive vite. Le meilleur raisin est celui qui ne voit pas le soleil », avance Sylvain Audemard. « Le fait de commencer tôt permet de conserver la qualité de nos rosés. C'est primordial pour l'extraction de la couleur et des arômes et afin de conserver un bel équilibre en bouche », ajoute Eric Pastorino. « C'est aussi un levier économique. Les raisins étant plus froids, on consomme moins d'énergie pour les maintenir frais », complète Nicolas Garcia.
La vigne souffre mais résiste, avec des disparités
La morsure du soleil a été fatale par endroits. « Avec l'exposition au soleil prolongée, certains ont du mal à conserver la totalité de la récolte », reconnaît Eric Pastorino. Si les pertes sont estimées de 15 à 20 % du côté de Cuers, d'autres secteurs sont en excédent, comme dans le golfe de Saint-Tropez où le château des Marres a doublé sa récolte habituelle de rolle. « Il y a une grande disparité entre ceux qui peuvent irriguer, ceux qui ont eu la chance d'avoir eu un peu de pluie et ceux qui n'ont rien eu », confirme le président du CIVP.
Le grenache, cépage majoritaire de l'AOC Côtes de Provence, montre des limites à la forte chaleur. « On ne peut pas généraliser, ça dépend des coins, tempère Eric Pastorino. C'est le cépage qui donne la typicité de nos vins, il n'est pas raisonnable de le remettre en cause. On est à un grand tournant car depuis deux ans, le réchauffement climatique s'est vraiment accentué, mais je trouve que globalement, la vigne résiste pas trop mal. »
Des stocks et des saisonniers : les défis logistiques
Avec la précocité, certains vignerons manquent de place : la crise économique qui secoue la profession depuis deux ans n'a pas permis d'écouler la cuvée 2025 avant la nouvelle récolte. « On a un peu plus de stock dans nos caves, reconnaît Eric Pastorino. Certains volumes sont vendus mais pas encore retirés et puis on vendange pendant la période touristique. Avant on démarrait en septembre, une fois la saison touristique passée mais là, on vendange au moment où la vente en caveau marche généralement très bien. Tout ça, c'est une charge mentale importante pour les vignerons mais bon, ce sont des gens résilients… »
Dans l'AOC Bandol, où la vendange à la machine est interdite, trouver des saisonniers est un casse-tête. « Heureusement qu'on vendange à la machine, car on aurait bien du mal à trouver des gens disponibles un 6 août », ironise un viticulteur de l'AOC Côtes de Provence. Pascal Coureit, président de l'Organisme de défense et de gestion des vins de Bandol, explique : « Depuis cinq ans, on a deux ou trois précurseurs, mais cette année, la majorité des vignerons travaille la nuit, à partir de 3 heures. Début août, on est encore en pleine période de vacances. Des saisonniers ont du mal à se libérer, d'autant plus quand on leur demande de commencer très tôt, mais heureusement, ce n'est pas la majorité. »
Quant à la qualité du millésime 2026, les avis divergent. Eric Pastorino se dit confiant : « Je suis confiant sur la qualité, mais pour la quantité, on fera les comptes quand tout sera rentré. On a quand même eu une très belle sortie de grappe, et d'après ce que je vois et j'entends, en tenant compte de l'impact de la sécheresse, on serait sur une récolte normale. » Pascal Coureit est plus sceptique : « Le jus est bien présent mais avec les fortes chaleurs, les vignes ne produisent pas assez d'acide malique ce qui va bloquer la maturité des raisins. Ça risque de jouer sur la qualité du millésime. En vendangeant tôt, on aura également moins d'alcool, autour de 12,5 degrés, mais ce n'est pas très grave car cela correspond aux attentes des consommateurs. »



