Records de chaleur : faut-il arrêter de les compter ?
Records de chaleur : faut-il arrêter de les compter ?

Un nouvel épisode de forte chaleur déferle sur la France en cette fin de semaine. Et fin mai, un « dôme de chaleur » s'était déjà installé sur l'Hexagone. En une semaine, Météo-France avait alors comptabilisé plus de 1 100 records de température battus, dont un nouveau record national pour un mois de mai : 37,8 °C. Mais aussi 31,8 °C à Noirmoutiers, 36,4 °C à Angoulême ou 20,9 °C pendant la nuit à Rennes… Un déferlement de chiffres a, comme à chaque épisode caniculaire, envahi journaux télévisés et réseaux sociaux. Mais cette « course » aux records est-elle la meilleure façon de faire comprendre le dérèglement climatique au grand public, ou finit-elle par user ?

Des indicateurs objectifs et factuels

Pour Serge Zaka, agroclimatologue, la réponse ne fait pas débat. « Il y a des critères objectifs pour évoquer le dérèglement climatique : les records, les surfaces touchées, la durée des épisodes », explique-t-il. Ces indicateurs « évitent les dérives, les sentiments » et permettent de « mesurer les canicules entre elles ». « Si soixante-dix ans après le début du suivi des canicules, on bat encore des records, c'est ça qui devrait être inquiétant, insiste-t-il. Ce ne sont pas des superlatifs pour faire peur, c'est factuel. »

Ne pas confondre météo et climat

Karine Durand, journaliste et coauteure du livre Les 100 phénomènes météo les plus extraordinaires, partage cette conviction, tout en reconnaissant que ce n'est « pas le seul angle ». La comparaison avec les moyennes de saison ou les températures de 1950, par exemple, rendent aussi visible l'évolution du climat. En 2025, les records de chaleur ont été dix fois plus nombreux que les records de froid en France, selon le bilan annuel de Météo-France. Et le nombre de jours de vague de chaleur recensés dans le pays a été multiplié par quatre entre la période 1947-1976 et la période 1992-2006.

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L'enjeu est surtout de ne pas confondre météo et climat, dit Christine Peña, journaliste météo à France Info : « Une vague de chaleur, c'est un épisode, c'est ponctuel, et grâce aux records, on le raccorde aux statistiques et au climat. »

L'impact sur la sécurité et la santé mieux traité

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'autres manières de parler du dérèglement climatique. « Ce qui permet de vraiment faire prendre conscience au public de l'impact du dérèglement climatique, selon toutes les études et les sondages, c'est l'angle sur la santé », relève Karine Durand. Elle observe par ailleurs une bascule dans le traitement médiatique du sujet depuis les années 1990-2000, période de la « météo-loisirs » : les présentateurs sont aujourd'hui pour la plupart des météorologues ou des journalistes formés, et le sujet est désormais abordé sous l'angle de la sécurité plutôt que du farniente.

Faut-il changer de registre ?

Reste à savoir s'il faudrait changer de registre. Pour Serge Zaka, remplacer les superlatifs par un autre lexique serait une fausse piste : « Changer de vocabulaire, c'est toujours le même débat stérile. Ce serait une mauvaise idée parce qu'on ne pourrait plus établir factuellement l'importance des canicules. » En bref, ce n'est pas en cachant le thermomètre qu'il fera moins chaud.

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