Le 19 juillet 2025, alors qu'il célèbre ses vingt ans de règne sur la place du Palais princier, le prince Albert II interrompt son discours. Il serre dans ses bras son épouse, la princesse Charlène, et ses enfants, le prince héréditaire Jacques et la princesse Gabriella, et ne peut retenir ses larmes. Quelques secondes auparavant, le Souverain a réaffirmé son engagement envers les Monégasques, contre vents et marées : « Tout ce que je fais chaque jour, je le fais pour vous ».
Un dévouement hérité de ses parents
Ce dévouement, il le tient de ses parents, le prince Rainier III et la princesse Grace, qui incarnent encore aujourd'hui en Principauté la générosité, la simplicité et la prospérité. Un couple iconique dont les trois enfants, la princesse Caroline, le prince Albert II et la princesse Stéphanie perpétuent l'œuvre : respecter les traditions d'une dynastie ancrée dans son territoire depuis 1297 et définitivement ouverte au monde depuis le « mariage du siècle » en 1956.
« Je pense souvent à mes parents, confie le prince Albert II à Monaco-Matin. Je suis leurs conseils dans la vie de tous les jours, notamment d'être toujours à l'écoute, de chercher à confronter les points de vue. » Ce même partage d'opinions qui faisait la force du couple Rainier-Grace. « Mon mari m'appelle son gouvernement, et moi je l'appelle mon leader. Lorsqu'on lui pose une question nous concernant tous les deux, il dit : “Je dois consulter mon gouvernement…” », plaisantait la Princesse lors d'une interview accordée à la version US du magazine Vogue, en 1971.
Un nouveau souffle pour la Principauté
Princesse dont l'époux résumait l'héritage au micro de Frédéric Mitterrand, en 1997. « Elle a représenté beaucoup pour la Principauté. Il n'y avait pas eu une présence féminine active depuis longtemps dans la famille avant sa venue. Elle a incarné un nouveau souffle et de nouvelles aspirations avec une épreuve de courage, parce qu'elle a dû maîtriser la barrière de la langue. Elle s'est donnée pleinement dans les domaines culturel, artistique, de charité, d'assistance, la Principauté était devenue sa chose. »
Épaulé par Grace, Rainier propulse Monaco dans un nouveau paradigme. « Son règne a conduit à la modernisation de notre pays en faisant de Monaco un État prospère et dynamique, ouvert sur le monde et actif au sein du concert des nations », retrace le prince Albert II. « Ma priorité fut de détruire les légendes sur la Principauté : celle du paradis fiscal, celle d'une économie uniquement bâtie sur les jeux, confiait Rainier. J'ai voulu qu'on nous prenne au sérieux comme un petit pays concerné par son évolution et fier de sa position internationale. »
Le « Prince bâtisseur »
Co-commissaire de l'une des expositions organisée à l'occasion du centenaire de la naissance du prince Rainier, en 2023, le journaliste Stéphane Bern analysait ainsi le sens profond de la politique du « Prince bâtisseur » : « Rainier a été le premier prince qui exalte la fierté des Monégasques, revivifie les traditions et se soucie avant tout du bien-être de chacun. Cette prospérité qu'il a entièrement créée, il voulait qu'elle bénéficie au plus grand nombre et notamment aux plus faibles ».
Une attention portée à tout un chacun qui a perduré dans les esprits. En 2019, à l'occasion du 90e anniversaire de la princesse Grace, le prince Albert II évoquait son empreinte indélébile dans Monaco-Matin. « Je constate que beaucoup de jeunes l'admirent et me disent qu'elle les a marqués. Elle a su toucher toutes les générations, aujourd'hui encore. C'est très émouvant et réconfortant. Ma mère occupe encore une très grande place dans l'imaginaire collectif de la Principauté, et même au-delà. »
Un amour inaltérable
Fille du colonel Jean Ardant, qui a été un des témoins de mariage du prince Rainier et à son service de 1958 à 1976, l'actrice Fanny Ardant a grandi sur le Rocher. Monégasque de cœur, elle était en 2023 la narratrice du film Rainier III par lui-même réalisé par Yann-Antony Noghès. Elle témoignait alors dans Monaco-Matin de son inaltérable amour pour le couple princier : « Dans mon cœur à moi, ils étaient intouchables. Je les ai aimés, ils ont fait partie de ma vie et je les aimerai toujours. Leur époque était magique. Il y a toujours une mélancolie pour quelque chose qui a disparu, comme la beauté de la Côte d'Azur par exemple. »
Décédée subitement en 1982, la princesse Grace n'aurait-elle pas livré la meilleure définition de la postérité après la mort de John Fitzgerald Kennedy ? « Je ne peux croire qu'un homme de sa stature ait vécu ou soit mort en vain. L'histoire montre que certaines tragédies finissent par magnifier l'héritage d'un homme et inspirer ceux qui lui succèdent. »



