Hantavirus Andes : une menace pandémique amplifiée par le désarmement sanitaire américain
Hantavirus Andes : la menace amplifiée par le désarmement US

De l’avis des experts en virologie, le hantavirus Andes est loin de présenter à l’échelle mondiale un danger comparable à celui du SARS-CoV-2, le coronavirus vecteur du Covid-19 — en particulier parce qu’un contact personnel étroit et prolongé est nécessaire à la transmission du virus andin et que des mesures de contrôle ont été prises rapidement.

Trois raisons de rester prudent

Trois bémols cependant à cet optimisme, de nature à inciter à la prudence : la très longue période d’incubation du virus, la sortie des États-Unis en janvier 2026 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui l’a privée d’environ 20 % de ses ressources, ainsi que l’incroyable démantèlement dans ce pays des dispositifs sanitaires destinés à prévenir les pandémies.

Une incubation particulièrement longue

La période d’incubation du hantavirus Andes – de 4 à 42 jours – est particulièrement longue comparée à celle de virus vecteurs d’autres maladies : 12 heures à 3 jours pour le rhume, 1 à 4 jours pour la grippe, 2 à 14 jours pour le Covid, ou encore 8 à 21 jours pour la rougeole. Après l’exposition au hantavirus, la plupart des personnes commencent à développer des symptômes – et sont contaminantes – entre la deuxième et la quatrième semaine, avant une éventuelle hospitalisation. Elles peuvent ainsi se rendre auparavant à l’autre bout du monde, effectuer plusieurs escales et propager potentiellement le virus sans le savoir.

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Un exercice grandeur nature pour les agents pathogènes

Pour Gregg Gonsalves, codirecteur du Partenariat mondial pour la justice en santé et professeur associé d’épidémiologie à l’École de santé publique de Yale (États-Unis) : « Il s’agit d’un exercice grandeur nature pour tout agent pathogène, nouveau ou connu, présentant un potentiel pandémique. » Or, écrit-il dans l’hebdomadaire The Nation, « aujourd’hui, les personnes chargées de gérer une telle pandémie sont les pires qui soient : de Robert F. Kennedy Jr. au ministère de la Santé et des Services sociaux, à Jay Bhattacharya aux Instituts nationaux de la santé […], en passant par Russell Vought à la Maison-Blanche ».

Des responsables controversés

À titre d’exemples, on connaît les penchants vaccinosceptiques de Kennedy et les prises de position de Bhattacharya contre le port du masque et le confinement pendant la pandémie de Covid-19. Pour Gonsalves, le constat est sans appel : ces deux hommes, ainsi que Vought, le pourfendeur des organismes étatiques aux États-Unis, ont ensemble « laissé vacant le Bureau de la politique de préparation et de réponse aux pandémies de la Maison Blanche ».

« Si l’on voulait faire des Américains des proies faciles face à une nouvelle pandémie, ces individus ont coché toutes les cases de la liste des choses à faire pour maximiser notre vulnérabilité collective », écrit cet épidémiologiste qui déplore « la purge des talents, de l’expérience et de l’expertise censés assurer notre sécurité ».

Une liste inquiétante de décisions

Il faut dire que la liste que dresse ce scientifique des décisions pour le moins hasardeuses prises en matière sanitaire par l’administration trumpiste ne manque pas d’inquiéter, aux États-Unis et au-delà. Entre autres :

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  • la fermeture de dix des Centres de recherche sur les maladies infectieuses émergentes, spécialisés dans l’étude des agents pathogènes qui, comme le hantavirus, se transmettent des animaux aux humains ;
  • le démantèlement du projet STOP Spillover, un réseau financé par l’USAID qui surveillait les « virus animaux menaçants dans sept pays » ;
  • la suspension des recherches menées au Centre de recherche intégré de Frederick, dans le Maryland, sur les agents pathogènes à haut risque ;
  • la réduction des recherches sur les vaccins à ARNm, qui représentent l’une des voies thérapeutiques envisagées pour lutter contre le hantavirus ;
  • le licenciement des inspecteurs à plein temps des bateaux de croisière et des agents de santé portuaires, relevant des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ; etc.

Une vulnérabilité inédite

Last but not least, les États-Unis ont quitté l’OMS, se privant d’un outil essentiel de collaboration internationale et de planification coordonnée. « Le hantavirus n’est pas la peste de demain, mais une autre menace nous guettera certainement, écrit Gonsalves. Nous n’avons jamais été aussi exposés et vulnérables qu’aujourd’hui face à ce moment fatidique. »

« Make America great again », aime à scander Donald Trump, jamais à court de rodomontades. Mais si, malgré des succès mitigés, la surpuissance militaire est bien là, la grandeur des États-Unis en matière scientifique et médicale fait les frais des attaques à répétition de l’administration trumpiste – lesquelles se soldent en particulier par un désarmement sanitaire qui ne laisse pas d’inquiéter.