Deux ans après l'incendie du 18 août 2024 qui a détruit 310 hectares dans le massif de la Gardiole, les stigmates du feu sont encore visibles, mais la nature reprend ses droits. Selon l'Office national des forêts (ONF), la régénération naturelle est en cours, et la politique forestière a changé : elle est désormais beaucoup moins interventionniste, avec seulement trois hectares de reboisement test prévus.
Le bilan des incendies dans la Gardiole
L'incendie du 18 août 2024, parti d'une friche du secteur d'Issanka sur la commune de Gigean, aux abords de l'autoroute A9, a détruit 310 hectares, dont 102 hectares de forêts publiques. Il reste le plus important incendie recensé en France cette année-là, et le plus grave sur ce massif depuis 1998. Ce dernier, provoqué par une voiture incendiée volontairement, avait détruit 252 hectares, dont 95 hectares de forêts publiques.
Un an plus tard, le 5 juillet 2025, un nouveau feu s'est déclaré au col de la Tortue, sur la commune de Fabrègues, avant de progresser vers Mireval, détruisant 272 hectares, dont 97 hectares de forêts publiques. Au total, ces deux incendies ont parcouru près de 10 % de la surface du massif, qui couvre 6 000 hectares.
Une régénération naturelle qui s'observe
Deux ans après le sinistre de 2024, les traces du passage des flammes demeurent par endroits : troncs calcinés, couloirs sans arbres, garrigue basse là où s'élevait la forêt. Mais de jeunes pousses de pin pignon, chêne vert, chêne kermès, pistachier lentisque et olivier percent le sol brûlé. Certaines espèces, comme le pin pignon, repartent depuis des graines libérées par le feu, d'autres depuis leurs souches.
« Les squelettes d'arbres calcinés, témoins du passage du feu, disparaissent peu à peu avec les rejets de souches, voire totalement, comme on le voit avec l'incendie de 1998, dont il ne reste plus aucune trace visible. La régénération naturelle fait son œuvre : la nature n'a pas besoin de nous », résume Fabien Brochiero, responsable du pôle Défense des forêts contre les incendies (DFCI) pour le Gard, l'Hérault et la Lozère, à l'ONF.
Une politique forestière moins interventionniste
En 1998, les arbres brûlés avaient été abattus et broyés, avant une reconstitution paysagère et forestière mêlant érable de Montpellier, sorbier domestique, micocoulier, pin pignon, pin d'Alep, chêne blanc, cèdre, cyprès méditerranéen… Après les incendies de 2024 et 2025, le choix inverse a été fait : laisser la nature reprendre seule sa place, l'unique intervention consistant en 2025 à couper à la souche les chênes verts brûlés pour favoriser leur redémarrage au printemps suivant.
« Notre rôle est aujourd'hui d'accompagner la forêt pour la rendre plus résistante en zone méditerranéenne et de valoriser le bois qui peut l'être. Nous sommes dans une logique beaucoup moins interventionniste, car reboiser coûte cher et, avec le changement climatique et la répétition des sécheresses, c'est souvent voué à l'échec », explique Fabien Brochiero.
Les derniers essais de reboisement menés en 2014 n'avaient pas porté leurs fruits. Seuls trois des 310 hectares partis en fumée dans l'incendie de 2024 vont faire l'objet d'un reboisement test, dans une zone aux sols profonds capables de retenir l'eau, avec des espèces ciblées : caroubier, pin des Canaries, arganier et chêne zeen.
Quel avenir pour la forêt méditerranéenne ?
La reconstitution naturelle de la forêt reste l'axe majeur de la politique forestière actuelle. Mais cette résilience dépend étroitement de la fréquence et de l'intensité des futurs incendies, ainsi que des conditions météorologiques des hivers et des printemps qui suivent le passage des incendies. Sécheresses et canicules à répétition accélèrent, elles, le dépérissement des massifs.
« La forêt ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais ses conditions d'existence deviennent de plus en plus difficiles. À terme, elle finira par se cantonner aux sols les plus profonds, là où subsiste encore de la ressource en eau », prévient le responsable DFCI. Bonne nouvelle : aucun départ de feu n'a été déploré dans ce massif cet été, pour le moment.



