Alors que l'Union européenne s'apprête à réviser sa régulation climatique du transport aérien, la France pousse pour un maintien du statu quo, selon des sources diplomatiques. Cette position, défendue par le gouvernement français, vise à préserver la compétitivité des compagnies aériennes nationales et à éviter des distorsions de concurrence avec les transporteurs non européens.
Les enjeux de la révision
La Commission européenne propose d'étendre le système d'échange de quotas d'émission (ETS) à tous les vols au départ de l'UE, y compris les vols long-courriers. Actuellement, seuls les vols intra-européens sont soumis à ce mécanisme. L'objectif est d'accélérer la décarbonation du secteur aérien, qui représente environ 3% des émissions de CO2 de l'UE.
Cependant, cette extension suscite des craintes chez les compagnies aériennes européennes, qui redoutent une perte de compétitivité face à leurs concurrents du Golfe ou d'Asie. Elles estiment que les compagnies non européennes pourraient contourner les règles en faisant escale dans des hubs hors UE.
La position française
La France, par la voix de son ministre des Transports, a exprimé des réserves sur cette proposition. Paris préfère une approche progressive, avec un maintien du statu quo jusqu'à ce qu'un accord mondial sur la régulation du transport aérien soit trouvé au sein de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
Cette position est soutenue par le principal syndicat du secteur aérien français, qui craint des pertes d'emplois et une hausse des prix des billets. En revanche, les associations environnementales dénoncent un recul face à l'urgence climatique.
Les réactions des autres États membres
L'Allemagne et les Pays-Bas sont favorables à une extension rapide de l'ETS, tandis que les pays du Sud de l'Europe, comme l'Espagne et l'Italie, sont plus réservés. Les discussions s'annoncent tendues au sein du Conseil de l'UE, où la France cherche à rallier une majorité de blocage.
Le Parlement européen, quant à lui, a adopté une position plus ambitieuse, incluant une taxation du kérosène, ce que la France rejette également. Le gouvernement français argue qu'une telle mesure serait prématurée et risquerait de fragiliser le secteur.
Un compromis en vue ?
Pour sortir de l'impasse, la France propose un compromis : étendre l'ETS uniquement aux vols long-courriers au départ de l'UE, mais avec des exemptions pour les compagnies qui utilisent des carburants durables. Cette proposition pourrait servir de base de négociation lors du prochain Conseil des ministres des Transports de l'UE.
En attendant, la position française est critiquée par les ONG, qui l'accusent de freiner l'action climatique. Le gouvernement rétorque qu'il faut agir sans pénaliser l'économie. Le débat est loin d'être clos, et la décision finale est attendue pour la fin de l'année.



