Une empreinte carbone sous-estimée
La consommation de poisson, souvent présentée comme une alternative écologique à la viande, pourrait en réalité avoir un impact climatique bien plus important que ce que l'on pensait. Une étude récente, publiée dans la revue Nature Climate Change, remet en question cette idée reçue en analysant l'ensemble du cycle de vie des produits de la mer.
Les méthodes de pêche en cause
Les chercheurs ont passé au crible les différentes techniques de pêche et leur bilan carbone. La pêche en eaux profondes, qui nécessite des navires consommant de grandes quantités de gazole, est particulièrement pointée du doigt. Le chalutage de fond, qui consiste à traîner de lourds filets sur le plancher océanique, libère également du carbone stocké dans les sédiments, aggravant l'effet de serre. En revanche, la pêche artisanale et la pêche à la ligne ont un impact moindre.
Le transport, un facteur clé
L'étude souligne également le rôle du transport dans l'empreinte carbone du poisson. Une grande partie des produits de la mer consommés en Europe provient de zones de pêche lointaines, comme l'océan Indien ou le Pacifique. Le transport aérien, utilisé pour les poissons frais et les espèces de luxe, multiplie par dix les émissions de gaz à effet de serre par rapport au transport maritime. Les consommateurs sont donc invités à privilégier les poissons locaux et de saison.
L'élevage piscicole en question
L'aquaculture, souvent présentée comme une solution durable, n'est pas exempte de critiques. Si elle réduit la pression sur les stocks sauvages, elle génère des émissions de CO2 liées à la production d'aliments pour poissons, à l'énergie nécessaire au fonctionnement des fermes et au traitement des effluents. De plus, certaines espèces comme le saumon ont un bilan carbone plus élevé que d'autres en raison de leur alimentation à base de farines de poisson.
Des recommandations pour les consommateurs
Face à ces constats, les scientifiques recommandent de diversifier les sources de protéines marines et de privilégier les espèces à faible impact environnemental. Les poissons gras comme le maquereau ou la sardine, pêchés localement, sont à privilégier. Il est également conseillé de réduire sa consommation de poisson, en suivant les recommandations des nutritionnistes qui suggèrent deux portions par semaine.
Un enjeu de politique publique
L'étude appelle les pouvoirs publics à mieux encadrer la pêche et l'aquaculture pour réduire leur empreinte carbone. Cela passe par des quotas plus stricts, des subventions pour les techniques de pêche durable et un étiquetage environnemental obligatoire pour informer les consommateurs. La question de la souveraineté alimentaire est également soulevée, afin de limiter les importations lointaines.



