Canicule : les tours de La Défense bientôt sans clim
Canicule : les tours de La Défense bientôt sans clim

Le quartier d'affaires de La Défense, à l'ouest de Paris, pourrait bientôt ne plus pouvoir climatiser ses tours comme avant lors des épisodes de canicule. En cause : le réseau de froid urbain, qui alimente une cinquantaine d'immeubles, arrive à saturation lors des pics de chaleur. Selon la Société d'exploitation du réseau de froid de La Défense (SERF), la capacité de production est insuffisante pour répondre à la demande croissante.

Un réseau de froid sous tension

Le réseau de froid de La Défense, l'un des plus grands d'Europe, utilise des centrales de production d'eau glacée pour climatiser les tours. En période de canicule, la demande explose : les besoins en refroidissement peuvent augmenter de 30 % par rapport à un été normal. Or, les installations actuelles, vieillissantes, ne parviennent plus à suivre. "Nous atteignons régulièrement 95 % de la capacité maximale lors des fortes chaleurs", explique un porte-parole de la SERF.

Pour éviter une panne généralisée, la SERF a déjà dû restreindre l'alimentation de certains bâtiments lors des canicules de 2023 et 2024. Les tours les plus hautes, comme la Tour First ou la Tour Majunga, sont les premières concernées. Les températures intérieures pourraient alors dépasser les 26 °C, seuil de confort recommandé, voire atteindre 28 °C dans les étages supérieurs.

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Des solutions coûteuses et lentes

Plusieurs pistes sont envisagées pour moderniser le réseau. La SERF prévoit d'investir 50 millions d'euros d'ici 2028 pour augmenter la capacité de production de 20 %. Mais ces travaux sont longs et ne résoudront pas le problème immédiat. "Nous devons aussi inciter les occupants à réduire leur consommation", ajoute le porte-parole.

Parallèlement, la loi de transition énergétique impose une réduction de la consommation énergétique des bâtiments tertiaires. Les tours de La Défense, très énergivores, doivent s'adapter. Certaines envisagent d'installer des systèmes de climatisation individuels, mais cela augmenterait la consommation électrique et les émissions de gaz à effet de serre.

Un enjeu de santé publique

Au-delà du confort, la canicule pose un risque sanitaire pour les milliers de salariés travaillant dans le quartier. En 2023, lors d'un épisode de forte chaleur, plusieurs entreprises ont dû fermer leurs bureaux en raison de températures intérieures excessives. Selon une étude de l'INRS, au-delà de 30 °C, la productivité chute de 10 % et les risques d'accidents augmentent.

"Nous ne pouvons pas continuer à climatiser sans limite. Il faut repenser l'architecture des tours et leur isolation", estime un urbaniste spécialisé. Certains projets de rénovation intègrent déjà des façades végétalisées ou des systèmes de ventilation naturelle. Mais ces solutions sont encore marginales.

Un phénomène amené à s'aggraver

Avec le réchauffement climatique, les canicules deviendront plus fréquentes et plus intenses. Selon Météo-France, le nombre de jours de canicule en Île-de-France pourrait tripler d'ici 2050. La Défense, avec ses tours de verre et d'acier, est particulièrement vulnérable à l'effet d'îlot de chaleur urbain. Sans adaptation, les conditions de travail pourraient devenir insupportables en été.

La SERF appelle à une concertation entre les propriétaires des tours, les entreprises locataires et les pouvoirs publics pour trouver des solutions durables. "Nous devons agir vite, car les prochains étés risquent d'être encore plus chauds", conclut le porte-parole.

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