Alors que Paris se prépare à accueillir les Jeux olympiques de 2024, la promesse de rendre la Seine baignable suscite un scepticisme croissant à l'étranger. Plusieurs médias internationaux qualifient cette ambition de « bluff » écologique et politique, pointant les défis techniques et financiers colossaux.
Une promesse jugée irréaliste
Le New York Times a récemment publié un article titré « Le grand bluff de la baignade dans la Seine », estimant que le projet est « irréaliste » et « trop coûteux ». Selon le quotidien américain, les travaux de dépollution, estimés à 1,4 milliard d'euros, n'ont pas encore permis d'atteindre les normes de qualité de l'eau requises. « Même avec des investissements massifs, il est peu probable que la Seine soit propre à la baignade d'ici 2024 », affirme le journal.
De son côté, le Guardian britannique souligne que les tests effectués en 2023 ont révélé des niveaux de bactéries E. coli et d'entérocoques bien supérieurs aux seuils autorisés. « Les Parisiens devront attendre encore longtemps avant de pouvoir nager dans leur fleuve », ironise le média.
Un enjeu politique et écologique
La maire de Paris, Anne Hidalgo, a fait de la baignade dans la Seine un symbole de sa politique écologique. « C'est un engagement fort pour la qualité de l'eau et la reconquête des espaces naturels en ville », a-t-elle déclaré en 2022. Cependant, la presse internationale voit dans ce projet une opération de communication destinée à redorer l'image de la capitale avant les JO.
Le Süddeutsche Zeitung allemand évoque un « écoblanchiment » (greenwashing) et critique le manque de transparence sur les données de pollution. « Le gouvernement parisien devrait se concentrer sur des solutions réalistes plutôt que sur des promesses électorales », écrit le journal.
Les défis techniques persistent
Les obstacles sont nombreux : réseaux d'assainissement vétustes, rejets d'eaux usées par temps de pluie, et pollution aux microplastiques. Selon un rapport de la Cour des comptes française, seulement 30 % des travaux nécessaires ont été réalisés à ce jour. « Il faudra des années pour atteindre les objectifs, même avec un budget colossal », conclut le rapport.
La presse internationale rappelle également que les JO de Londres en 2012 avaient déjà promis une baignade dans la Tamise, sans succès. « Paris risque de répéter les mêmes erreurs », prévient le Telegraph.
Une réaction mitigée des autorités
Face à ces critiques, la mairie de Paris se veut rassurante. « Nous avançons étape par étape, et les résultats sont visibles », a déclaré un porte-parole. Des tests de baignade sont prévus pour l'été 2024, mais les experts restent prudents. « Il y a un risque sanitaire réel si l'eau n'est pas suffisamment traitée », alerte un hydrologue interrogé par Le Monde.
En attendant, les Parisiens devront se contenter des piscines municipales, tandis que la Seine continue de charrier ses eaux troubles, symbole d'une ambition peut-être trop grande.



