Venise face à la submersion : une étude alarmante pour la cité des Doges
« Aucun coin de la terre n’a donné lieu, plus que Venise, à cette conspiration de l’enthousiasme. » Cette citation de Maupassant, datant de 1890, conserve une vérité implacable près d’un siècle et demi plus tard. La ville, victime de son propre succès, semble aujourd’hui condamnée à disparaître sous les eaux. Une nouvelle étude publiée dans la prestigieuse revue Scientific Reports expose plusieurs scénarios pour tenter de contrer la submersion inéluctable qui menace la Sérénissime à plus ou moins long terme.
Une menace imminente et chiffrée
La combinaison de la montée du niveau de la mer et de l’enfoncement des sols, aggravé par le poids des 22 millions de touristes annuels, pourrait entraîner la disparition de la cité lagunaire telle que nous la connaissons. Selon cette analyse récente, d’ici 2100, soit l’équivalent d’une vie humaine, 70 % de la ville pourrait se retrouver quotidiennement inondée. Les 15 experts à l’origine du rapport, incluant climatologues, géographes, économistes et ingénieurs, estiment que le système Moïse, ces barrières mobiles conçues pour contrer l’acqua alta, pourrait devenir obsolète d’ici quelques décennies, un siècle au plus tard.
Des solutions radicales et coûteuses
Les auteurs de l’étude ont exploré différentes options, toutes impliquant des renoncements douloureux sur les merveilles de Venise. Les décideurs politiques devront trancher entre préserver le tourisme et ses revenus annuels de 2 à 3 milliards d’euros, protéger la nature ou sauvegarder le patrimoine historique. Deux principales stratégies émergent :
- Isoler le centre-ville et les îles habitées avec des digues pour les protéger des marées, tout en maintenant l’écosystème lagunaire.
- Transformer la lagune en lac pour la soustraire à l’influence océanique et préserver les bâtiments emblématiques.
Dans les deux cas, les coûts des travaux d’ingénierie seraient astronomiques, variant entre 4 et 30 milliards d’euros selon l’option retenue. À titre de comparaison, le système Moïse actuel a nécessité près de cinquante ans de réflexion et de construction, pour un coût déjà avoisinant les 6 milliards d’euros.
Un dilemme symbolique de l’anthropocène
Venise incarne parfaitement les dilemmes de l’anthropocène, cette ère où l’humain est devenu la principale force de changement sur Terre. À l’origine du réchauffement climatique, l’humanité doit désormais trouver les moyens de résoudre le désordre planétaire qu’elle a contribué à provoquer, afin de préserver les merveilles qu’elle a elle-même créées. Les responsables politiques sont contraints d’accélérer leurs réflexions face à l’urgence des choix à venir, entre sauvegarde économique, écologique et culturelle.



