Une semaine après le passage de la violente tornade qui a dévasté deux tiers du village de Pomas (Aude), lundi 24 août, l'intensité exacte du phénomène n'est toujours pas officiellement déterminée. Selon les premières estimations préliminaires de Keraunos, l'Observatoire français des tornades et orages violents, la tornade serait classée EF2 ou EF3, soit une tornade modérée à forte. Le climatologue et spécialiste des tornades Flavio Pons, chercheur associé au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, détaille auprès de Midi Libre les étapes de cette classification complexe.
Les échelles de classification : de Fujita à l'International Fujita
Pour estimer la vitesse du vent à l'intérieur d'une tornade, les scientifiques utilisent des échelles basées sur les dégâts observés. La première, l'échelle Fujita, a été créée aux États-Unis dans les années 1970. Elle comporte six niveaux, de F0 à F5, et se fonde sur des indicateurs tels que les dégâts aux bâtiments, aux arbres ou encore l'excavation du sol.
En 2007, l'échelle Enhanced Fujita (EF) lui succède, avec le même principe mais des vitesses associées à chaque niveau revues à la baisse. Les scientifiques ont en effet compris que certains dégâts pouvaient être générés à des vitesses inférieures à celles estimées dans les années 1970. Cependant, cette échelle restait trop liée aux bâtiments d'Amérique du Nord.
En 2018, l'European Severe Storms Laboratory (ESSL) a introduit une échelle appelée International Fujita. Aujourd'hui, cette dernière comporte 9 niveaux et est plus nuancée : une tornade peut être classifiée avec une intensité située entre deux niveaux.
Pourquoi la classification prend-elle du temps ?
L'assignation définitive de l'intensité demande un vrai travail de recherche, d'analyse et de collecte. Il faut réviser les photos aériennes, se rendre sur place, et examiner les dégâts en détail. Dans de rares cas, l'intensité est évidente et l'estimation immédiate, comme lorsqu'une tornade ne fait presque pas de dégâts, ce qui permet de la classer facilement en F0. Mais la plupart du temps, l'enquête n'est pas si automatique.
De plus, l'Europe n'a pas le réseau américain : ce sont les météorologues de chaque pays qui effectuent ce travail quand ils le peuvent. Dans le cas de l'Aude, il est donc normal de ne pas avoir d'intensité définitive une semaine après les faits, explique Flavio Pons.
Des tornades violentes possibles en France
Interrogé sur la possibilité de tornades de type EF4 ou EF5 en France, le spécialiste répond qu'une tornade comme celle qui a frappé l'Aude est rare dans l'Hexagone, mais pas du tout impossible. Selon les relevés, le pays a connu depuis la fin du XVIIe siècle deux EF5 et une quinzaine d'EF4. Ces tornades de très forte intensité ont été enregistrées soit dans l'Aude et l'Hérault, soit dans le Jura, soit dans le Nord-Pas-de-Calais.
Les zones de l'Hérault et de l'Aude sont particulièrement propices aux tornades violentes en raison de la mer Méditerranée, qui peut être très chaude en fin d'été et en automne. Elle apporte beaucoup d'énergie à l'atmosphère, ce qui cause des orages très forts avec un potentiel de tornade. La proximité des Pyrénées influence aussi la dynamique du vent et rend la circulation locale favorable.
Impact du dérèglement climatique sur le risque de tornades
Sous l'effet du dérèglement climatique, la Méditerranée a atteint des températures record cet été. Les orages extrêmes observés à cette saison dans le sud de la France sont fortement liés aux températures élevées de la mer. Des climatologues alertent depuis les années 1990 sur ce phénomène dit de "tropicalisation de la Méditerranée". Ils certifient que si la mer atteignait les 30 °C, le littoral aurait des phénomènes météorologiques comparables à ceux du Golfe du Mexique.
Cependant, il est difficile de lier directement un épisode précis au changement climatique. Il faut des statistiques et du recul, or les observations systématiques sur les orages et les phénomènes extrêmes sont relativement récentes. Il est néanmoins attendu que la fréquence et l'intensité des tornades sur le sol européen augmentent, car les conditions seront plus fréquemment favorables, conclut Flavio Pons.



