Urgence à Soulac : une entreprise girondine mène un réensablement d'urgence face à la houle
C'est une véritable course contre la montre qui se joue sur la plage sud de Soulac-sur-Mer, dans le Médoc. Entre le camping des Sables d'Argent et le quartier de l'Amélie, les engins de chantier s'activent frénétiquement pour épaissir en urgence le cordon dunaire avant l'arrivée imminente d'une forte houle conjuguée à de gros coefficients de marée prévus pour les 18 et 19 février. Des vagues de plus de cinq mètres sont attendues sur cette zone littorale particulièrement vulnérable.
Un chantier au rythme des marées
L'entreprise Rollin, basée à Cestas en Gironde, a été mandatée par la Communauté de communes Médoc Atlantique pour mener cette opération de renforcement d'urgence. Depuis plusieurs jours, ses équipes travaillent sans relâche entre la dune et l'océan, suivant scrupuleusement le rythme des marées, de jour comme de nuit.
« On s'adapte en permanence. La semaine dernière, on a eu vent, pluie et tempête. On a fini à 23h30 pour reprendre à 4 heures à la marée suivante », raconte Olivier Rollin, PDG de l'entreprise. Sur ces opérations délicates, les créneaux d'intervention se réduisent au gré des conditions météorologiques et imposent une réactivité exceptionnelle. Les engins de chantier n'ont qu'un seul chronomètre à respecter : celui de la marée !
Un ballet logistique bien réglé
Sur la plage, la logistique forme un ballet parfaitement orchestré. À marée basse, une pelle mécanique de 45 tonnes prélève le sable au nord de la station, au niveau de l'épi Barriquand, un ouvrage qui retient naturellement les sédiments. Le sable est ensuite chargé dans des camions qui enchaînent les rotations sur près de trois kilomètres vers le sud.
Sur place, un bulldozer réceptionne les apports et les étale méticuleusement pour reprofiler et renforcer la dune. Une dizaine de salariés de l'entreprise Rollin sont mobilisés sur ce chantier d'urgence. La production peut atteindre jusqu'à 2 500 m³ par marée ou par jour lorsque les conditions le permettent.
La première semaine, les efforts se sont concentrés sur 250 à 300 mètres de linéaire, là où l'urgence est maximale, précise Olivier Rollin. L'enjeu consiste à protéger un flanc particulièrement fragilisé, sa lisière boisée et, juste derrière, le boulevard de l'Amélie, voie stratégique reliant le centre de la station au quartier balnéaire sud.
Une spécialisation face à l'érosion accélérée
Pour l'entreprise girondine, ces chantiers de réensablement sont devenus réguliers. « Chaque année, on intervient sur le littoral, à Soulac mais aussi à Montalivet, Carcans ou au Cap Ferret. La lutte contre l'érosion s'est vraiment accélérée depuis l'hiver 2013-2014 », explique le chef d'entreprise.
Historiquement positionnée sur les grands terrassements, les travaux forestiers ou viticoles, la société a fait du réensablement une spécialité saisonnière liée aux aléas hivernaux. Pourtant, le phénomène d'érosion reste difficile à anticiper avec précision.
« Il faut la conjonction houle, vent et gros coefficients. S'il manque un paramètre, ça va. Quand les trois sont réunis, ça peut devenir catastrophique », analyse Olivier Rollin. Certaines années calmes permettent à la plage de se reconstituer naturellement, mais d'autres concentrent les assauts répétés de l'océan.
Une adaptation permanente nécessaire
Olivier Rollin parle également en tant qu'habitant de la station, puisqu'il possède lui-même une maison à Soulac et observe régulièrement l'évolution du trait de côte. Si les travaux actuels répondent à l'urgence immédiate, il se montre lucide sur le long terme.
« Personne n'a la solution miracle. À un endroit ça s'arrange, à un autre ça recule. Il faudra s'adapter en permanence », constate-t-il avec réalisme. En toile de fond se profile une perspective de plus en plus évoquée sur le littoral aquitain : le repli stratégique de certaines zones de première ligne.
« Quand on achète en bord d'océan aujourd'hui, on le fait en connaissance de cause », souligne le PDG, conscient des risques inhérents à ces zones côtières vulnérables.
En attendant, les camions poursuivent leurs rotations incessantes. Avant l'arrivée de la houle annoncée, la dune sud de Soulac devra tenir son rôle de rempart face à ce nouveau coup de mer. La course contre la montre continue, au rythme implacable des marées et des éléments déchaînés.



