Saintes : une habitante dépitée malgré toutes les mesures anti-inondations
Une habitante de Saintes avait adopté toutes les préconisations du programme déployé en Charente et Charente-Maritime pour protéger les bâtiments les plus vulnérables. Face à la crue majeure de février 2026, cela n'a pas suffi. L'épreuve est très douloureuse psychologiquement. « Je suis dépitée », confie Sophie Mouillot.
Une maison pilote submergée
Ce vendredi 13 mars, une odeur de vase stagne au rez-de-chaussée du 4, rue de Taillebourg à Saintes. La propriétaire, Sophie Mouillot, accuse le coup. « Je suis la seule de Saintes à avoir mis en place toutes les préconisations de Charente Alabri. Il y en avait douze, je les ai toutes faites. C'était, d'une certaine façon, une maison pilote. Résultat des courses, il y a presque autant de dégâts que les autres fois. »
Elle a acheté cette belle maison en 2013 dans un quartier plein de charme. « Le notaire m'avait prévenu que c'était en zone inondable mais il avait dit que la ville avait fait des travaux. » En février 2021, la Charente monte à 6,18 mètres au pont Palissy. « Un choc. J'ai eu des engelures et des œdèmes à force de marcher dans l'eau. J'ai été hospitalisée un mois. » En 2023, quand le fleuve grimpe à 6,09 mètres à Saintes, elle est « mieux préparée » mais il y en a encore pour 80 000 euros de dégâts.
Un investissement colossal
Quand le dispositif Charente Alabri se met en place dans le cadre du programme d'actions de prévention des inondations (PAPI), en 2024, elle est la première à faire diagnostiquer sa maison. Entre les réparations des dégâts précédents, l'installation de matériaux résistants à l'eau et les mesures de protection, elle évalue l'investissement total à près de 180 000 euros. Les travaux étaient terminés depuis trois mois quand la crue a repointé son nez rue de Taillebourg, vendredi 13 février 2026.
Les batardeaux n'ont pu empêcher l'infiltration, par capillarité, d'autant que les pompes n'ont pas pu tourner. L'inondation s'est hissée sur 90 centimètres à l'intérieur. Une baie vitrée est restée complètement fissurée par la pression. Dans une autre, l'eau s'est glissée au milieu du double vitrage. Les visseries de la cuisine refaite en inox pour digérer la crue semblent rouillées. Les clapets anti-retour n'ont pas empêché des déjections de remonter dans les canalisations.
L'étage pas épargné
L'humidité a réussi à remonter jusqu'au premier étage. « J'ai dû jeter tous les livres stockés dans mon bureau, ils étaient gondolés », décrit l'illustratrice de 49 ans. Le radiateur porte des traces de rouille. « Les gens pensent qu'à l'étage, ça ne risque rien. Il y a des dégâts qu'on n'imaginerait même pas. »
Le programme Charente Alabri à l'épreuve
« On s'est rendu compte de pas mal de choses que l'on va devoir améliorer », observe Baptiste Sirot, le directeur de l'établissement public territorial de bassin (EPTB) du fleuve Charente. Charente Alabri affrontait son baptême du feu. Ce programme a pour vocation de réduire la « vulnérabilité » des bâtiments les plus touchés en Charente et Charente-Maritime, en finançant des travaux d'adaptation. Il concerne un potentiel de 3 911 habitations, sur cinq intercommunalités.
Depuis 2024, 641 demandes ont été déposées, pour 350 diagnostics réalisés. Trente dossiers ont été validés, pour un montant subventionnable de 386 000 euros au total. Les travaux ont été finalisés dans onze maisons. Premier constat : « résister » à l'eau reste très compliqué, car elle rentre par capillarité. Il faut faire tourner des pompes à plein régime, mais dans plusieurs rues, l'électricité était coupée. « Un habitant de la rue du Pérat a réussi à protéger sa maison mais au prix d'une surveillance constante et de deux groupes électrogènes. Je ne connais pas sa facture d'essence », note Baptiste Sirot.
Le directeur de l'EPTB relève que les batardeaux empêchent au moins des souillures de pénétrer les maisons. Il mise plus sur les aménagements qui « digèrent » mieux la crue : système électrique rehaussé, clapets anti-retour pour éviter les remontées d'eaux souillées, placo hydrofuge… L'objectif étant qu'il y ait moins de dégâts. C'est tout de même le cas chez Sophie Mouillot, souligne-t-il. Il y a aussi plusieurs exemples où le résultat est positif.
Vivre avec les crues
Depuis quarante ans, les études s'empilent. Toutes se heurtent à une réalité topographique. On a construit dans le lit majeur du fleuve, notamment sur la rive droite de Saintes. La Charente y accuse une pente de seulement 3 à 6 centimètres par kilomètre. Saintes voit débouler les pluies cumulées sur un bassin de 7 000 km². Les volumes paraissent impossibles à stocker dans des réserves.
Les pouvoirs publics planchent sur des dispositifs pour mieux les éponger, en optimisant notamment les zones d'expansion des crues. En attendant, la dernière étude, Les Ateliers du territoire, financée par l'État, en est arrivée à cette conclusion : il faut « vivre avec les crues ». Mais les adaptations de Charente Alabri ne résoudront pas tout. Peut-être faudra-t-il, dans certains cas, sacrifier des bâtiments ?
C'est l'espoir de Sophie Mouillot. « Ici, le maximum a été fait. On ne peut pas faire mieux. Je n'attends qu'une chose, qu'on me rachète ma maison. Je suis à bout physiquement et psychologiquement. »



