Le lac du Salagou, héros méconnu contre les inondations dans l'Hérault
Le lac du Salagou, héros contre les inondations

Le lac du Salagou, rempart vital contre les inondations dans l'Hérault

Alors que des pluies diluviennes se sont abattues sur le département de l'Hérault fin décembre, provoquant des crues exceptionnelles, un acteur méconnu a joué un rôle déterminant dans la protection des populations. Le lac du Salagou, habituellement célèbre pour ses paysages et activités touristiques, a retrouvé sa vocation originelle de régulateur des crues, sauvant potentiellement plusieurs communes de destructions majeures.

Un épisode cévenol d'une intensité exceptionnelle

Entre le 15 et le 23 décembre, le département de l'Hérault a subi un épisode météorologique particulièrement intense. Les précipitations ont atteint des records, avec par exemple 521,60 mm d'eau par mètre carré enregistrés à Lodève, soit cinq fois la normale pour un mois de décembre. Face à cette situation, la préfecture a déclenché une vigilance rouge crue pendant 48 heures sur l'ensemble du département.

Le lac du Salagou, conçu en 1969 précisément pour protéger les populations et servir de réserve d'eau, a parfaitement rempli sa mission. "Sans lui, des communes seraient rayées de la carte", affirme Christophe Morgo, vice-président du Conseil Départemental chargé de l'environnement. Les communes du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault, dont Clermont-l'Hérault, Canet, Saint-André, Ceyras et Brignac, auraient pu être ravagées par les crues de la Lergue et de l'Hérault.

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Des chiffres qui témoignent de l'ampleur du phénomène

Le lac a connu une montée des eaux spectaculaire, augmentant de 2 mètres pour atteindre la côte de 140,20 m NGF, dépassant ainsi sa côte maximale habituelle de 139,10 m NGF. Le volume d'eau retenu a atteint 110,71 millions de mètres cubes, démontrant la capacité impressionnante de cette infrastructure hydraulique.

"Il est tombé plus de 300 mm environ en quelques jours sur le Salagou qui a joué son rôle de stockage à fond", confirme Christophe Morgo. Le Département et la société BRL, gestionnaire du barrage, prévoient désormais des lâchers d'eau progressifs pour ramener le lac à son niveau d'exploitation normal.

Un site aux multiples usages et défis

Situé entre Clermont-l'Hérault et Lodève, le lac du Salagou s'étend sur 780 hectares au cœur du Grand Site Salagou/Cirque de Mourèze. Propriété du Département, il contient normalement plus de 110 millions de m3 d'eau à sa côte maximale. Au-delà de sa fonction de protection contre les crues, il remplit plusieurs rôles essentiels :

  • Réserve d'eau pour l'irrigation agricole (3 à 3,5 millions de m3 par an)
  • Site touristique et de loisirs reconnu
  • Écosystème unique avec ses terres rouges caractéristiques
  • Régulateur du débit des rivières en aval

Cependant, le changement climatique pose des défis croissants. Les périodes de sécheresse s'allongent, couplées à des températures élevées qui provoquent l'évaporation de 8 à 9 millions de m3 d'eau chaque année. Cette situation alimente des débats sur l'utilisation optimale de la ressource en eau.

La question cruciale des retenues d'eau

Face à l'évolution climatique, certains agriculteurs locaux proposent d'augmenter légèrement la côte maximale du lac en hiver pour profiter des épisodes pluvieux importants. Une hausse de 50 cm, sous réserve d'études techniques, permettrait selon eux d'absorber les besoins agricoles actuels et de maintenir un bon niveau d'eau en période estivale.

"On est tranquille pour l'été prochain, c'est l'assurance d'avoir de l'eau pour les différents usages", souligne Christophe Morgo. "D'où l'intérêt d'avoir des retenues hivernales pour freiner et capter. C'est une vraie solution."

L'élu insiste sur la nécessité de développer des retenues plus petites mais stratégiquement placées dans le département. "Des bassins d'1 million, 1,8 million, 1,2 million de m3 bien placés seraient suffisants pour protéger la centaine de communes à risques dans notre département", explique-t-il, évoquant les exemples de Ganges en 2019 et Lodève en 2015.

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Un modèle pour les départements méditerranéens

L'expérience du lac du Salagou démontre l'importance des infrastructures hydrauliques adaptées aux spécificités climatiques méditerranéennes. Alors que les épisodes pluvieux violents alternent avec des périodes de sécheresse prolongées, la gestion de l'eau devient un enjeu stratégique majeur.

Le lac des Olivettes à Vailhan, un autre ouvrage de régulation des eaux de la Peyne, a également montré son utilité lors des dernières intempéries, remontant de 6 mètres pour atteindre 4 millions de m3 d'eau. Ces exemples illustrent l'urgence de développer ce type d'infrastructures dans l'Hérault et dans tous les départements méditerranéens confrontés aux mêmes problématiques.

Les projets de nouvelles retenues se heurtent cependant à des études environnementales longues et complexes, alors que les besoins en protection contre les crues et en gestion de la ressource hydrique s'accentuent avec le changement climatique. Le lac du Salagou, héros méconnu des dernières intempéries, rappelle ainsi l'importance cruciale d'anticiper et d'adapter nos infrastructures aux nouveaux défis climatiques.