Alors que la France fait face à de nombreux incendies cet été 2026, la question de la mesure des surfaces brûlées devient cruciale. Les chiffres annoncés en cours de sinistre diffèrent souvent des mesures définitives, avec des écarts pouvant dépasser 50 %. Deux sources principales fournissent des estimations, mais leurs méthodes et leurs objectifs varient.
Deux méthodes d'estimation en cours d'incendie
Le Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis) calcule les surfaces brûlées à partir d'images satellites. Après une détection automatique, une personne vérifie et corrige si nécessaire. Parallèlement, au niveau national, des « estimations opérationnelles [sont] réalisées par les services d'incendie et de secours », explique à l'AFP le ministère de l'Intérieur. Relayées par les autorités, elles désignent la « zone d'intervention des pompiers », selon Benoît Reymond, expert national incendie à l'Office national des forêts (ONF).
Ces estimations opérationnelles sont souvent présentées comme des surfaces brûlées, mais elles correspondent en réalité à des surfaces parcourues par le feu. On y trouve « différents niveaux de dégâts, dont des zones épargnées », précise l'expert. Par exemple, pour l'incendie de Saumos en Gironde en 2026, la préfecture a annoncé 42 000 hectares de « surface brûlée » alors qu'Effis l'estime à 37 500 hectares.
Des mesures précises après l'extinction
Une fois l'incendie éteint, les autorités affinent les chiffres. « Les contours exacts de la zone brûlée sont relevés au GPS, notamment avec l'appui de l'Office national des forêts », indique le ministère. Les experts de l'ONF analysent des images satellites des zones incendiées, avant et après l'événement, précise Benoît Reymond. Dès que la végétation (arbres, arbustes et même herbes) a été endommagée par le feu, la surface est considérée comme brûlée. Si nécessaire, « des agents de terrain vont vérifier ».
Les données définitives sont ensuite intégrées dans la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF). Toutefois, elles ne sont publiées qu'au printemps de l'année suivante. De plus, seuls les feux de forêts sont communiqués, à l'exclusion des feux agricoles ou d'autres types de végétations.
Des écarts fréquents entre estimations et mesures finales
L'estimation initiale dépasse « souvent d'une vingtaine de pourcents » la mesure finale des surfaces brûlées, estime Benoît Reymond. L'écart peut être encore plus grand, comme à Ribaute dans les Corbières en 2025, où il a dépassé 50 % : 11 000 hectares brûlés, alors que le préfet avait annoncé 17 000 hectares parcourus. Deux raisons principales expliquent ces écarts : le feu ne brûle pas tout sur son passage, et les surfaces parcourues « traduisent une réalité opérationnelle du travail des pompiers », avec parfois plusieurs interventions « dans les mêmes zones » en raison de reprises de feu. Ces surfaces peuvent donc être comptées plusieurs fois.
La source européenne Effis, bien que moins précise que la BDIFF, offre l'avantage de fournir des surfaces brûlées quasiment en temps réel. Elle permet aussi les comparaisons entre pays et de suivre les évolutions dans le temps, souligne Benoît Reymond. Cependant, ses totaux annuels incluent des brûlages volontaires et légaux, comme l'écobuage, une méthode de débroussaillement par le feu répandue l'hiver en montagne, encadrée par les préfectures. Certaines années, ces brûlages peuvent représenter des surfaces plus vastes que les autres feux. La BDIFF, elle, ne les comptabilise pas, sauf en cas de débordement.
À l'inverse, les feux ne sont pas détectés par Effis en cas de forte couverture nuageuse ou s'ils se déclenchent et s'éteignent entre deux passages des satellites. De plus, dans ses statistiques annuelles, Effis exclut les feux de moins de 30 hectares. La BDIFF a « aussi ses faiblesses », nuance l'expert de l'ONF : « relativement récente » car lancée en 2006 à l'échelle de la France entière, et liée à un fonctionnement départemental des acteurs. L'historique n'est donc pas parfaitement complet et homogène, bien que des progrès sensibles aient été réalisés depuis 2023.
Comparaisons historiques à manier avec prudence
Benoît Reymond appelle à « faire attention » aux comparaisons avec des feux « plus anciens » mesurés en surfaces parcourues. Ainsi, des photos aériennes ont permis à l'ONF d'estimer la surface brûlée en 1949 par l'incendie de Saucats/Cestas, dans la forêt des Landes de Gascogne, « plutôt à 25 000 ha », bien en deçà des « 40 000 à 50 000 ha » parcourus selon les archives. « En ce sens, le feu de Saumos de cette année pourrait constituer un record absolu de surface brûlée », conclut-il.



