"C'est loin d'être terminé" : comprendre la formation des crues majeures dans l'ouest de la France
Depuis près d'une semaine, la France fait face à des crues et inondations importantes touchant plusieurs départements de l'ouest du pays. Routes submergées, habitations isolées et paysages aquatiques s'étendent le long de la Garonne et d'autres fleuves ayant largement débordé de leur lit. Mais comment se forme exactement un tel phénomène hydrologique ? Éléments de réponse avec Nicolas Viaud, adjoint au pôle vigilance et prévision hydrométéorologique.
La distinction fondamentale entre crue et inondation
Nicolas Viaud rappelle d'abord l'importance de distinguer crue et inondation. "Quand on parle de crue, on évoque le régime hydrologique de nos cours d'eau, c'est-à-dire les phénomènes naturels qui font qu'un cours d'eau, de manière temporaire, connaît une augmentation de débit et de niveau d'eau", explique-t-il. "L'inondation, quant à elle, correspond à l'augmentation temporaire du niveau d'eau qui provoque la submersion de zones habituellement hors d'eau. C'est donc la conséquence de la crue sur les terres situées à proximité des cours d'eau", poursuit le spécialiste.
Les quatre types de crues observées en France
En France, on recense plusieurs types de crues aux caractéristiques distinctes :
- Les crues fluviales : correspondant à la propagation d'eau dans les cours d'eau, de l'amont vers l'aval, jusqu'à la mer. C'est le type observé actuellement sur la Garonne et la Loire.
- Les crues nivales : formées par la fonte de la neige, souvent accélérée par des précipitations. Elles surviennent généralement au printemps lorsque les débits augmentent aux exutoires des bassins-versants.
- Les crues estuariennes : particulièrement importantes actuellement selon Nicolas Viaud. "Plusieurs effets combinés se produisent : augmentation du niveau d'eau dans les estuaires, surcotes marines, forts coefficients de marée et dépressions qui élèvent temporairement le niveau de la mer, contraignant ainsi l'écoulement des fleuves vers la mer".
- Les crues de nappe : très localisées et souvent liées au régime hydraulique des cours d'eau. "On les rencontre notamment dans le bassin de la Somme, où les nappes phréatiques saturent, montent et persistent plusieurs jours, voire plusieurs semaines".
Le phénomène du ruissellement : une menace distincte
Nicolas Viaud évoque également le phénomène du ruissellement, différent des crues traditionnelles. "Le ruissellement est lié à des précipitations intenses tombant sur des sols imperméabilisés, souvent en dehors des zones de débordement des cours d'eau. C'est typiquement le cas des crues méditerranéennes ou cévenoles, où la pluie se transforme directement en inondation, sans passer par l'étape de crue et de débordement d'un cours d'eau particulier".
Un phénomène exceptionnel par sa généralisation
Les crues actuelles résultent de "phénomènes de propagation de débit impliquant de nombreux affluents". Actuellement, de nombreux cours d'eau sont en vigilance avec des débits importants, même s'ils ne battent pas de records historiques. "Le caractère exceptionnel du phénomène que l'on voit aujourd'hui, c'est la généralisation, le nombre de cours d'eau qui réagissent en même temps sur les mêmes bassins-versants et liés aux nombreuses tempêtes qui se sont succédé", précise Nicolas Viaud, rappelant que pas moins de dix tempêtes se sont enchaînées depuis le début de l'épisode.
Une situation qui reste préoccupante
Alors que Météo France annonce une accalmie pour le week-end et les jours à venir, Nicolas Viaud se montre prudent. "La situation est loin d'être terminée. La sensibilité des cours d'eau liés à la saturation des sols pourrait faire à nouveau réagir l'ensemble de ce système hydraulique si d'éventuelles nouvelles tempêtes ou précipitations venaient à arriver sur ces terrains", conclut l'expert, soulignant la vulnérabilité persistante des zones touchées malgré l'amélioration météorologique annoncée.



