Crue historique de la Garonne : le débat sur l'entretien des fleuves et digues refait surface
Crue historique de la Garonne : débat sur l'entretien des fleuves

Une crue historique qui dure depuis six jours

La Garonne traverse actuellement un épisode de crue qualifié d'historique dans certains secteurs, avec un débordement sur plusieurs centaines de mètres de large entre le nord d'Agen et le sud de Bordeaux. Ce mardi marque le sixième jour consécutif d'alerte maximale pour le fleuve du Sud-Ouest.

« Il y a une descente actuellement qui se met en place », a déclaré Lucie Chadourne-Facon, directrice du service Vigicrues. Cependant, la prudence reste de mise car « le niveau de l'eau pourrait encore grimper dans les prochaines 24 heures dans la mesure où les rivières qui sont ses affluents ont reçu des pluies cette nuit et cette eau va devoir se propager, s'écouler vers le fleuve Garonne ».

L'entretien des fleuves en question

Face à cette situation exceptionnelle, certaines voix s'élèvent pour dénoncer un mauvais entretien du fleuve qui aurait aggravé les inondations. Mais cette idée est-elle fondée ou s'agit-il d'une simple idée reçue ?

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Emma Haziza, hydrologue et présidente du Mayane Resilience Center, rappelle que « il existe des syndicats de rivière qui travaillent à maintenir et à gérer les lits des cours d'eau, les berges... En France, en général, tous les cours d'eau sont plutôt bien sécurisés et analysés, même si la question revient beaucoup dans des moments de crise ».

La spécialiste insiste : « Il n'y a pas de crue parce que le cours d'eau n'est pas entretenu. Même si, localement, le manque d'entretien peut aggraver une situation, principalement sur des petits cours d'eau ». Pour un fleuve comme la Garonne, long de 529 kilomètres, les conditions sont différentes et le risque d'embâcle « n'a pas un impact majeur dans un grand bassin à la cinétique aussi lente ».

Une idée reçue persistante

Emma Haziza réfute cette idée reçue qui refait surface à chaque épisode d'inondation. « Le fait de curer, d'enlever la végétation, cela peut avoir un effet contreproductif et accélérer les écoulements. Si on enlève tout, on déstabilise le lit et les berges, sans compter la dégradation des habitats naturels de la biodiversité ».

L'hydrologue pointe plutôt de nombreux autres facteurs pouvant expliquer ces crues de grande ampleur :

  • L'intensité exceptionnelle des pluies
  • Les sols saturés en eau
  • L'urbanisation croissante
  • L'imperméabilisation des sols

« On a aménagé trop largement sur des lits majeurs de cours d'eau. L'eau reprend son lit sauf qu'elle le fait à son ampleur maximum », poursuit-elle.

Le problème crucial des digues

Dans cette situation de crise, certains élus locaux dénoncent également le mauvais entretien des digues, censées protéger les habitations. Cédric Gerbeau, maire de Saint-Macaire en Gironde, a multiplié les « coups de gueule » sur les réseaux sociaux.

La commune « résiste parce qu'elle entretient sa digue depuis deux ans à ses frais », martèle-t-il dans une vidéo, dénonçant le désengagement de l'État.

Depuis 2018, la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI) relève de l'intercommunalité. Mais ces dernières dénoncent une « insoutenabilité financière ».

David Lartigau, maire de Semens et vice-président de la Communauté des communes Sud Gironde, explique : « Remettre en état un kilomètre de digue, c'est un million d'euros. Avant, elles étaient entretenues par des Associations Syndicales Autorisées (ASA), sous la tutelle de l'État. Certaines ont entretenu leur portion de casier, d'autres ne l'ont pas fait depuis plusieurs années ».

Un désengagement financier de l'État

La communauté de communes du Sud Gironde, dont dépend Saint-Macaire, a décidé de ne pas reconnaître la compétence de l'entretien des digues face à des coûts trop importants.

« Ça aurait été insupportable financièrement de prendre cette compétence sans l'aide de l'État, qui nous a clairement dit que vu l'enjeu et le peu d'habitations par rapport à d'autres territoires, il y aurait un désengagement financier », déplore David Lartigau.

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Pourtant, lors d'un déplacement à Cadillac-sur-Garonne lundi, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a renvoyé la responsabilité aux élus locaux. « Les collectivités ont maintenant cette charge. Mais dans le même temps on les a autorisés à lever une taxe pour pouvoir la financer. Elle est de 40 euros par habitant et par an », a-t-elle rappelé.

Et d'ajouter : « Ce que l'on sait, c'est qu'aujourd'hui beaucoup de collectivités n'utilisent pas au maximum cette ressource-là ».

De son côté, David Lartigau préfère « ne pas polémiquer ». « On est là pour faire notre devoir d'élu, pour soutenir la population. L'État doit faire son travail et doit assumer », tranche-t-il alors que sa commune continue de distribuer des packs d'eau aux habitants touchés par ces intempéries exceptionnelles.